Édito – La tradition du changement

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Une célèbre histoire hassidique raconte comment après la mort du Rebbe, le chef spirituel de la communauté, son fils lui succéda. Interrogé par sa communauté sur tel ou tel point de loi juive, le fils donnait systématiquement des réponses très différentes de celles du père. Troublés par ces bouleversements, les fidèles décidèrent d’interroger le nouveau rabbin sur ce point : « Comment se fait-il que tu sois si différent de notre maître ? ». Il leur répondit : « Au contraire, je lui ressemble en tout point : mon père n’imitait personne et moi non plus ». Cette anecdote pourrait bien résumer le rapport ambigu que nous entretenons avec l’idée de changement. Nous vivons dans une société qui le chérit et l’encense, y voyant souvent une garantie de progrès et de renouveau…

Peuple de révolutions

AmirWeinberg

Les juifs sont-ils des partisans de la révolution ou au contraire des conservateurs sceptiques ? L’un et l’autre se disent ; l’une et l’autre de ces postures ont inspiré des prises de position et des oeuvres importantes. À droite, le scepticisme déjà machiavélien d’un Juda Abravanel, à l’ultime crépuscule de l’Espagne musulmane, et plus près de nous, le conservatisme sceptique et souriant d’un Karl Popper à Vienne puis à Londres, d’un Raymond Aron, plus pugnace, à Paris. Tout récemment, la naissance, à partir pourtant d’un rameau de la gauche démocrate américaine d’un courant de pensée de « néoconservateurs » a pu donner le sentiment, au moins aux États- Unis, que la pensée juive était devenue fondamentalement à droite dans son pessimisme actif. Côté gauche, les témoignages sont évidemment infiniment plus nombreux de…

TRIBUNE. « La Torah n’appartient pas à une sensibilité ou à une autre »

© David Kassman

L’HÉRITAGE JUIF RÉINVESTIT LA KNESSET Extraits du discours de Ruth Calderon à la Knesset le 13 février 2013. « […] J’ai grandi dans un foyer juif et sioniste, dans un milieu à la fois sécularisé, traditionaliste et religieux, qui combinait un héritage ashkénaze et séfarade, la sensibilité du Betar et celle de l’Hashomer Hatzair, à l’image du main stream israélien des années soixante et soixante-dix. J’ai reçu la même éducation que bien des gens de mon âge – dans le système éducatif public où fleurissaient à la fois l’esprit du Palmah et celui du Tanakh (les récits des combats sionistes et ceux du narratif biblique). Je n’étais familière ni de la Mishna, ni du Talmud, ni de la Kabbale ni du Hassidisme. À l’adolescence, je percevais déjà que quelque chose me manquait…

ATELIER – Compter l’Omer et voir le monde

© Élie Papiernik

Dans chaque numéro de Tenou’a, le rabbin Delphine Horvilleur et le designer Élie Papiernik se réunissent autour d’un invité pour concrétiser en objet physique un objet intellectuel ou un concept biblique. Pour cet exercice, nous nous inspirons à la fois de la havrouta – ce mode d’étude à plusieurs traditionnel du judaïsme, de la technique du pilpoul – gymnastique contradictoire des intellects qui permet d’élargir au maximum les champs de la réflexion talmudique, et de la méthode du brainstorming, en vertu de laquelle il n’y a pas de mauvaises idées a priori, et la créativité est encouragée par l’étude intéressée de toutes les pistes, aussi impertinentes soient-elles. Compter l’Omer et voir le monde