ÉDITO – L’art du “kvetch”

Aronvitz

Trois mères juives discutent assises sur un banc. L’une soupire Oy ! et l’autre répond Oy Vey ! La troisième fustige alors les deux premières : « On avait dit qu’on ne parlait pas des enfants ! ». Nombreuses sont les blagues juives qui évoquent l’inquiétude, l’appréhension ou la souffrance. Le yiddish appelle cela l’art du kvetch (« la plainte ») et possède un vocabulaire intensément riche en expressions qui disent la peine ou l’inconfort, le mal-être physique ou mental, le souci pour soi et pour l’autre. Faut-il y voir la trace sémantique laissée par une histoire juive douloureuse ? Est-ce le signe d’une culture hypersensible à la souffrance du monde? ou s’agitil d’un réflexe superstitieux, une façon de conjurer le sort dans une litanie plaintive et d’affirmer que, non, tout ne…

La douleur de l’Autre

© Dina Bova - "Eyes wide shut"

Débutons par un célèbre extrait de la Bible où un personnage est confronté à la douleur. Au début du livre de l’Exode, Moïse, qui est encore élevé dans le palais de Pharaon, est témoin d’une scène particulière. Un jour, il voit un Égyptien frapper un des esclaves hébreux et, face à la souffrance de cet homme, il va intervenir pour que cela cesse. Selon la tradition juive, c’est parce que Moïse ne supporte pas d’être témoin passif de la douleur d’un autre qu’il aurait été choisi, à ce moment précis, pour mener sa mission. Est-ce que certaines personnes, à l’image de Moïse, sont plus réactives que d’autres à la douleur d’un tiers ? En réalité, nous sommes tous réactifs face à la douleur d’un tiers. La vision d’une douleur exprimée par un…

TRIBUNE – « Je n’ai aucun grand rabbin »

© Jossef Krispel, Untitled (Elvis), oil and acrylic on canvas, 100x120 cm, 2007, Courtesy of Noga Gallery, Tel Aviv

Les deux nouveaux Grands rabbins d’Israël, David Lau et Yitzhak Yosef, ont promis qu’ils seraient les représentants spirituels de tous les Israéliens juifs. Je ne peux pas me prononcer pour mes concitoyens juifs, mais je peux fermement dire à ces deux honorables rabbins : « Vous ne me représentez pas. Je n’ai aucun Grand rabbin ». Marqué depuis plusieurs années par des manoeuvres politiciennes éhontées, des scandales financiers et par le fondamentalisme religieux, le Grand rabbinat est devenu un hiloul haShem, une « profanation du nom de Dieu », tout comme du nom du Judaïsme et de celui de l’État d’Israël. À peine élu Grand rabbin ashkénaze, Lau a commis son premier hiloul haShem, en se prêtant à l’injure raciste. Et cette absurdité, qui consiste à voir des rabbins haredim xénophobes représenter…

ATELIER – Dessine-moi une Soucca

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Dans chaque numéro de Tenou’a, le rabbin Delphine Horvilleur et le designer Élie Papiernik se réunissent autour d’un invité pour concrétiser en objet physique un objet intellectuel ou un concept biblique. Pour cet exercice, nous nous inspirons à la fois de la havrouta – ce mode d’étude à plusieurs traditionnel du judaïsme, de la technique du pilpoul – gymnastique contradictoire des intellects qui permet d’élargir au maximum les champs de la réflexion talmudique, et de la méthode du brainstorming, en vertu de laquelle il n’y a pas de mauvaises idées a priori, et la créativité est encouragée par l’étude intéressée de toutes les pistes, aussi impertinentes soient-elles. Dessine-moi une Soucca