Nouveau numéro : Juifs et Chrétiens, face à face

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Cet hiver, Tenou’a interroge la relation entre Juifs et Chrétiens aujourd’hui, dans l’Histoire et dans le texte. S’ouvrant par les voeux croisés du Grand rabbin de France Haïm Korsia et de l’Archevêque de Paris André Vingt-Trois pour les fêtes de Hanoukka et de Noël, ce numéro vous propose d’explorer cette relation dans les textes et dans l’Histoire ancienne et moderne. Vous pouvez consulter le sommaire de ce numéro en cliquant ici et le commander ou vous abonner en cliquant là. חג חנוכה שמח

Hanoukka, ombre et lumière

© Arik LEVY Fractal Giant - 2016

Le commentaire de David Isaac Haziza C’est une idée communément admise, aussi bien par les antisémites que par nombre de Juifs, que notre peuple serait aveugle à la beauté. Parfois, notamment si l’on est religieux, ce jugement devient même maxime de vie : il faudrait avoir cette insensibilité pour être meilleur juif. De grands esprits l’ont malheureusement cru ; Levinas lui-même, pour ne citer qu’un exemple, n’était pas loin de tenir un tel discours. Ah ! Le spleen du petit Juif devant Notre-Dame… Quand on a grandi dans l’une de ces familles laïques et néanmoins maladivement juives qui font Noël en prétendant que c’est là chose normale mais qui n’en pensent évidemment pas moins (plus facile d’agir ainsi en France, où la fête de la Nativité est largement vidée de son sens originel, qu’aux États-Unis…

Parasha Vayétsé : Et moi, je ne savais pas…

© Loui Jover

Drasha (sermon) du rabbin Delphine Horvilleur Les Shabbatot s’enchaînent et ne se ressemblent pas toujours… et parfois ne se ressemblent pas du tout. Il y a sept jours exactement, Shabbat dernier, j’étais en visite à Hong Kong, invitée à y donner une série de conférences. J’ai décidé ce soir, non pas de vous raconter Hong Kong, mais de poursuivre le Dvar Torah, le commentaire de la Parasha que j’ai débuté là-bas, la semaine dernière à la synagogue libérale. Ce soir, je vais donc reprendre à l’endroit où je me trouvais la semaine dernière; et si cela ne vous paraît pas clair… et bien il fallait être là ! La semaine dernière, rappelez-vous, en commentant la Parasha Toledot, j’ai donc parlé de Jacob, ce patriarche qui n’est encore qu’un enfant et qui déjà…

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?

© Katharina Gaenssler and Barbara Gross Galerie, München Photo: Bernd Kuchenbeiser, München - www.katharinagaenssler.de

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné, loin de mon salut et des paroles de mon rugissement ? Mon Dieu, j’appelle au jour et Tu ne réponds pas, à la nuit : nul repos pour moi.[1]” Il n’est pas innocent que ces paroles du Psalmiste soient aussi les dernières prononcées par Jésus sur la croix : ce qui nous relie à nos frères chrétiens n’est pas une certitude mais un doute. “Depuis la sixième heure il y eut des ténèbres sur la terre jusqu’à la neuvième heure. Vers la neuvième heure Jésus clama à grande voix : […] Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?[2]” Ce n’est pas seulement le pieux qui doute ici : c’est Dieu. L’incarnation l’exigeait : le doute, c’est l’homme et si Dieu s’incarne, il lui faut…

Vayishlah – Esaü et Jacob: pourquoi tant de haine?

© Adi Nes, Jacob & Esau

Le commentaire de la parasha par David Isaac Haziza Qui est Esaü ? Le frère de Jacob, son jumeau, fils d’Isaac et de Rebecca, qui a vendu son droit d’aînesse et perdu la bénédiction paternelle ? L’ancêtre des Edomites comme le dit la Bible, de ces habitants antiques de l’actuelle Jordanie, peuple qui disparut il y a plus de deux millénaires ? Ou plutôt, comme le suggère le Talmud, l’ancêtre des Romains païens et de cet Antonin dont on nous raconte l’amitié pour Rabbi ? Ou alors, comme on l’a cru au Moyen Âge et par la suite, l’ancêtre de la Rome chrétienne ? Mais dans ce cas il faut choisir, les chrétiens ne pouvant être à la fois appelés « Esav » et « minim », ce dernier terme impliquant qu’ils sont des juifs hérétiques, le premier faisant référence à…