Yentl is back – Épisode 10 – Un feuilleton littéraire de Sonia Sarah Lipsyc

Comment les Marx Brothers déboulèrent dans la cabane de Yentl durant la fête juive de Souccot [2]?

Résumé de l’épisode
Yentl décline le mode d’emploi d’une construction d’un
soucca alors que, pour la première fois, son porte-plume semble entendre par elle-même les répliques du personnage du dibbouk lui aussi échappé de son texte… Elles discutent une fois de plus de loi juive et même de kabbale. Yentl nous apprend qu’elle a construit une soucca entre les deux mondes et demande à son porte-plume quels seraient les invités, personnages ou défunts, de ce monde ci ou de l’autre, qu’elle aimerait convier …

–       « Comment l’arche sainte est ouverte ? Qui est venu l’ouvrir ? Pour qui s’est-elle ouverte ainsi au milieu de la nuit ? Les rouleaux de la Torah… Blottis les uns contre les autres, immobiles ; silencieux, apparemment si calmes. Mais ils recèlent, cachés entre leurs lettres, tous les mystères et toutes les énigmes, depuis les six jours de la Création jusqu’à la fin des siècles ».

Le ton de Yentl était devenu différent, je compris qu’elle me rapportait un propos qu’elle venait d’entendre mais que mon ouïe de porte-plume ne me permettait pas encore de percevoir. Mais espérai-je que ce fusse le cas un jour… pire une nuit ? Supporterai-je de voir ces présences invisibles ou d’être sensible à des sons extra lucides ? J’en tremble rien que d’y penser. Croiser ou entendre tout ce monde, à l’improviste ou en permanence, dans mon salon, ma cuisine ou ma salle de bain. Non merci ! Rien à voir avec un personnage échappé de son texte, ça, c’est un honneur surtout lorsque l’on devient son porte-plume. Et puis, je connais son histoire à …Yentl ; j’ai fait sa connaissance par la lecture de la nouvelle de Singer, et plus d’une fois dans ma vie, avant de la fréquenter dans mon bureau. C’est pas pareil, quoi !
–       Celui qui parle, c’est Hanan avant qu’il ne devienne le dibbouk dans la pièce de théâtre d’Anski. Tu l’as reconnu ?

Le reconnaître ? Je n’avais jamais entendu sa voix. Quelles sont celles que l’on entend lorsque l’on lit un texte ? Et puis je n’avais pas eu cette chance de voir le théâtre hébraïque de la Habima interpréter la pièce avec dans le rôle de Léa, la grande Hana Rovina, qui l’incarnera pendant 40 ans, de sa trentaine à soixante-dix ans, de sa création en 1922 à Moscou en passant par Berlin, Paris ou Tel Aviv ! Mais qui jouait Hanan tout le long de ces décades ?

Yentl se racla la gorge et précisa d’un ton solennel.
–       Hanan, le jeune et pauvre étudiant de l’école talmudique, qui, mort, s’est emparé comme un dibbouk, une entité, de celle avec qui il aurait voulu s’unir de son vivant. Léa…

Rien que de l’écouter rappeler cette intrigue majeure, j’étais saisie. Être habité par une autre âme… à en perdre la sienne !
–       Mais il fut chassé, comme tu le sais, du corps de sa bien-aimée, et est devenue une âme … errante. Tiens, d’ailleurs, depuis le début de la fête de Souccot, il traine d’une soucca, d’une cabane, à l’autre. Bien évidemment accompagné de ses répliques avec lesquelles il s’est échappé de son texte. Il est même venu dans la mienne avec !
–       Yentl tu t’es fait une soucca ?
–       Bien sûr !
–       Mais où ? A quelle place de l’entre deux mondes ?!

Ay, Oye, Ouille, ça se compliquait… Résumons… L’épisode précédent au cas où vous l’auriez manqué… Une femme n’est pas soumise aux commandements d’injonction positive – tu feras – à réaliser dans un temps déterminé mais elle peut prendre sur elle de les accomplir. Soit. Donc Yentl, une femme, peut se construire une soucca pour les huit jours de la fête de Souccot. De plus, selon l’avis de certains savants de la Loi juive, elle peut et même doit dire les bénédictions qui accompagnent leur réalisation. Ainsi Yentl ne prononcerait pas le nom de Dieu en vain lorsqu’elle dira : « Béni Soit-Tu l’Eternel, notre Dieu, Roi du monde, qui nous a sanctifié par ses commandements et nous a ordonné de nous asseoir dans la soucca ». Yentl qui, même travestie en Anshel, prénom masculin, est toujours une femme, peut faire tout ça. Soit. Cependant la question se pose toujours de savoir si on peut accomplir une un commandement, en transgressant un autre puisque Yentl contrevient à l’interdiction de se travestir en homme et de surcroît trompe son monde. Mais qui est parfait ? Soit. Cependant, était-elle-même juive alors qu’elle était née de la plume d’un homme et que la judéité est transmise par la mère ? Si tel n’était pas le cas, elle n’était point tenue aux commandements de la Torah, ni comme homme, ni comme femme, ni comme femme travestie en homme. La réponse était restée en suspens car à moins d’un plagiat, une Yentl qui eut vraiment existée mais qui sait… Singer était bien son géniteur voire son … père porteur. Et même si on résolvait cette question, ce qui était possible au regard d’une filiation d’identité qui pouvait selon certains passer par le père, il restait encore une autre question en suspens : les personnages étaient-ils soumis aux commandements de la Torah surtout lorsqu’ils s’échappaient de leur narration toute tracée ?

Je pressentis soudain une autre interrogation … Et s’il avait pris à Yentl en plus des personnages musardant en dehors de leurs textes, d’inviter des personnes qui n’étaient plus de ce monde ?! Ca ne m’étonnerait pas…. Etaient-elles tenues d’accomplir les commandements? De bénir ? De boire et manger ? De faire bombance ? D’étudier le Talmud ? Puis de dormir dans la soucca ?!

« Mort, à quoi te servirai-je ? A Toi ou aux autres ? » avait argué David, le roi, guerrier et poète, … je cite : « Ce ne sont point les morts qui te loueront Dieu ni aucun de ceux qui sont descendus dans l’empire du silence (…). Que gagnes-tu à ce que je descende au tombeau (…) la poussière te rend-t-elle hommage ? ». C’était bien tenté quoi que … à terme … sans effet ! David mourut comme tous les autres.
–       On raconte poursuivit Yentl qui lisait derrière mon épaule (elle avait cette manie surtout lorsque j’étais en roue libre car là je transcrivais toute cette scène de mon point de vue. Vous avez remarqué ? ). On raconte – répéta Yentl qui haussa les épaules concédant apparemment, pour cette fois ci, que je ne sois pas uniquement son porte- plume -. On raconte donc reprit Yentl pour la troisième fois (« oui, précise-le » me dit-elle un zeste excédée) que « lorsque Rabbi Judah le Prince tomba malade, Rabbi Hiya vint lui rendre visite et le trouva en pleurs. Rabbi pourquoi pleures-tu ? lui demanda-t-il ? ».

J’étais toujours étonnée par la facilité avec laquelle Yentl pouvait, en pleine conversation, convoquer n’importe quel rabbin ou rabbi, maître de l’Antiquité, pour plaider sa cause ou corroborer l’une de ses pensées ! Elle dégainait ces citations plus vite que son ombre. D’ailleurs Yentl avait-elle une ombre ?

–       «  Je pleure en pensant à la Torah et aux commandements que je vais quitter ».
C’est ce que Rabbi Judah le Prince lui répondit. Mais en vérité, mon porte-plume, que crois-tu que font ceux qui trainent dans l’entre- deux ? Ce qu’ils ont toujours fait leur vie durant !
–       Vraiment ils n’essayent pas d’explorer d’autres horizons ?
–       Comme quoi ?
–       Le Tai-chi, le Chi-Kong, le Hata-Yoga, par exemple. Je suis sûre qu’on doit être plus souple avec son corps éthéré ou subtil ! Plus aucune contorsion ne doit avoir de secrets.

J’imaginais aussi avec envie tous les pas de danse, tango, salsa, qu’il était possible d’exécuter dans les airs. Et j’eus la nostalgie d’un ailleurs qu’heureusement, toutefois, je ne connaissais pas encore !
–       Le jour où je verrais un Juif bien de chez nous, papillotes en l’air, en train de faire de la lévitation dans ce monde-ci ou dans l’entre-deux… je te ferai signe ! me dit Yentl.
–       Ou l’inverse un moine zen s’arracher les cheveux… en se cassant la tête sur une page de Talmud, aussi, je te prie…

Et là, j’ai cru entendre une voix étouffée et devinez quoi, je n’ai pas eu peur. En fait, en tendant l’oreille, je pouvais presque entendre distinctement.
–       « Tu es belle, ô mon amie ! Oui, tu es belle ! »

Je restais coite.
–       « À travers ton voile, tes yeux brillent, pareils à ceux d’une colombe ».

J’inclinais mon visage à droite et puis à gauche. D’où est-ce que ça venait ?
–       « Tes lèvres ressemblent à un ruban écarlate ».

Ah ça, c’était des vers du Cantique des Cantiques ! Bingo ! Cependant qui les scandait ? Le Roi Salomon qui était supposé les avoir composés ?  Une bat kol,  vous savez une voix du ciel qui les aurait empruntés et pour qui ?! Ou était-ce … Hanan pour sa dulcinée ?

Mais Yentl ne prêtait pas attention. J’entendais pour la première fois un autre personnage qu’elle ! J’étais stupéfaite, surprise et intriguée, en même temps qu’étonnée que ces sentiments supplantent tout effroi.
–       Construire sa soucca correspond à des normes bien précises selon le Talmud, dit Yentl d’un ton docte. L’espace, les matériaux, les dimensions, le toit. Ce n’est pas n’importe quelle cabane.
–       « Il m’est plus dur de prendre de la nourriture le septième jour que de jeûner toute la semaine », dit encore Hanan, car je crois bien que c’était lui … Sa voix était lointaine, rauque mais douce.

Je l’entendais, vous imaginez !!! Et Yentl poursuivait !
–       Le lieu où va s’élever la soucca, que ce soit dans une cour, la rue ou un balcon, doit être à découvert et ne peut être protégé par un toit ou un arbre.
–       « J’ai perdu le goût de manger », concéda Hanan.
–       Les murs de la soucca, d’une hauteur minimale de 80 cm, doivent pouvoir résister au vent et ne peuvent s’élever à plus de 9,6 m. En longueur et largeur, il faut un minimum de 57 cm, de quoi contenir une petite table et pouvoir s’asseoir. Il n’y a pas de limite quant à la grandeur d’une

Je ne savais plus où donner de la tête. Aux instructions de construction d’une soucca conforme à la loi juive rappelée par un personnage échappé de son texte, Yentl, ou à Hanan devenu un dibbouk qui lui aussi avait quitté l’œuvre où il était né. Oui, je me souvenais… Il avait jeûné et tenté par la prière mais aussi d’autres moyens occultes d’empêcher que sa promise ne fut mariée à quelqu’un d’autre. Car elle était bien sa promise, n’est ce pas ? « Et je n’ai même pas deux vases pleins de dinars d’or pour les offrir à un homme qui n’est sensible qu’aux dinars », lâcha-t-il en faisant allusion à Sender, le père de Léa.

Il était là, je l’entendais me récitant toutes ses répliques que d’autres cherchaient à reconstituer de mémoire puisqu’aucun aucun manuscrit, livre, vidéo, films, enregistrements ne les contenait. Cette étrange histoire avait fait les manchettes des journaux et médias. Un dibbouk avait disparu. Pas seulement du corps qu’il avait possédé mais aussi de la pièce qui racontait toutes ses pérégrinations… Comment Hanan, mort après toutes ces incantations kabbalistes, avait squatté l’âme de Léa, résisté aux injonctions de Rabbi de Miropol qui lui ordonnait de sortir et finalement quitter le corps de la jeune femme. Il s’était rendu mais pas tout à fait. Tout avait été effacé du texte et même de la mémoire des acteurs, des spectateurs, des lecteurs… Et tout me revenait… Mais que devient un dibbouk lorsqu’il est en dehors du corps qu’il a habité ?
–       « Je voudrais posséder un diamant limpide et étincelant, et le faire fondre en une larme que j’absorberai dans mon âme. » s’écria-t-il

Oui, je reconnaissais cette réplique du temps où il était Hanan, en vie, à la recherche de la formule kabbaliste qui lui permettrait de vaincre tous les obstacles. Je devrai noter ces phrases ca pourrait être utile aux enquêteurs, ceux qui tentaient de reconstituer le texte original. D’ailleurs c’est ce que je faisais.
–       Le toit, sekhakh, est tout aussi important.

Quoi Yentl poursuivrait vraiment comme si de rien n’était ?! Mais à quoi jouait-elle ? Pourquoi me laissait-elle seule avec le dibbouk ?!
–       Le toit ne peut être composé que de végétaux, coupés de leur source, comme des tiges de bambou, des branchages de conifères, des roseaux, des tiges de maïs, tout métal est interdit ainsi qu’une plante grimpante ou des branches encore rattachées au tronc de l’arbre. Enfin, il faut qu’il y ait plus d’ombre que de soleil mais le toit de la soucca doit toutefois laisser entrevoir les étoiles lorsqu’il fait nuit.
–       « Je veux atteindre aux rayons lumineux du troisième palais céleste, de la troisième sphère, Tiféret, la magnificence… » avoua le Hanan en faisant référence aux sphères et palais qui composeraient, selon la tradition ésotérique juive, les mondes invisibles de notre univers.

Que de lumières se bousculaient… Celle du premier jour mise cependant en réserve par le Créateur pour les Justes dans les temps futurs. Elle nous aveuglerait sinon… Les luminaires du 4ème jour qui décident de nos jours et de nos nuits tels que nous les connaissons et maintenant celle-ci ! Pour ma part, je me contentais de ma lampe de bureau ; elle que j’allumais au moment d’accueillir les conversations ou les dires de tous ces « convives », Yentl et maintenant le dibbouk.

Pourquoi ne se répondaient-ils pas ? Ils s’entendaient pourtant. Enfin, je crois. Je suis sûre même. Mais alors que l’une dévidait les instructions de la loi juive pour la construction d’un habitacle provisoire…sur cette terre ou entre les deux mondes. L’autre rappelait qu’il avait tenté de force mais en vain d’attirer la lumière d’une sphère dans une autre.

Yentl me fit signe de m’éloigner de ma chaise et de s’approcher d’elle pour me dire en aparté.
–       Tiféret, la magnificience, la gloire, l’harmonie, la beauté n’est pas la troisième des dix sphères par lesquelles le monde fut créé. J’ai beau compter et recompter : Keter, Hochma, Bina, Hessed, Gevoura, Tiferet, c’est la sixième. …Il y a une erreur !

Je traduis : Couronne, Sagesse, Compréhension, Bonté, Rigueur et beauté.
–       À moins de compter à partir du bas, me fit remarquer Yentl. Malkhout, Yessod, Hod, Netzah’, Tiferet, c’est la cinquième. Ah non là aussi, il y a une erreur.

Je traduis encore : Royauté, Fondation, Splendeur, Gloire et beauté.

Mais pourquoi Yentl ne s’adressait-elle pas directement… A qui ? Au personnage de Hanan? En quoi était-il responsable ? On lui avait mis ses mots dans la bouche ! Encore qu’avec le temps et en dehors de son texte, il aurait pu s’en rendre compte… À l’auteur Anski ? Où était-il ? Aux cabalistes, eux aussi il fallait les dénicher !

Que sais-je… En tout cas, moi j’étais au milieu.
–       Et puis, il y a la décoration, les images de Jérusalem, les fruits ou légumes attachés par les enfants, et aussi les dessins des ouchpazim, les invités…continua mine de rien Yentl.
–       Lesquels as-tu mis toi ? lui demandais-je. Me détournant, lasse d’être prise entre deux feux, et me saisissant de ma curiosité comme d’une porte de sortie.
–       Dans ma soucca, ils viennent me rendre visite en direct et je les vois !

Je restais bouche bée. Me faisait-elle marcher ? Elle n’avait pas l’air. Ainsi les sept bergers comme on les nomme, Abraham, Isaac, Jacob, Moise, Aron son frère, Joseph et David se pointaient dans sa soucca, chacun selon le jour de fête qui lui était traditionnellement assigné?! Étaient-ils, par hasard (je souligne) accompagnés des sept prophétesses d’Israël ? Sarah, Myriam, Déborah, Houlda, Hannah, Abigail et Esther ?
–       Yentl, emmène-moi dans ta cabane ?
–       Et qui inviterais-tu ?
–       La liste est longue et un peu dans le désordre, je dirai … Rosa, Emma, Bertha, Régina… Miléna,
–       Ah…
–       Ou…André Lou.

Mais est ce que Yentl savait de qui je parlais ? Et vous ? Allez, je vous donne quelques fragments de vie ou des noms de famille …et à vous de les mettre dans l’ordre. D’accord ?

On commence. Pour l’une d’entre elles, je dirai qu’il s’agissait de l’une des amoureuses de Kafka, – qui nonobstant sa timidité a eu quand même quelques fiancées ! – Jasenka, au sujet de qui, Margarete Buber-Neumann écrivit… « Je remercie le sort de m’avoir conduite à Ravensbrück car j’y ai rencontré M. ». Que dire de plus ? Pappenheim, la féministe qui lutta contre la traite des femmes à l’intérieur des communautés juives. Ces juives polonaises, russes ou roumaines que des malfrats, des coreligionnaires, attiraient en Argentine ou ailleurs leur promettant monts et vermeils avant de se retrouver dans des bordels. Pappenheim et ses amies les attendaient sur les quais des gares en Allemagne ou Autriche par où transitaient ces jeunes filles de la campagne afin de les mettre en garde et leur offrir gite et couvert. Respect !

On continue ? Goldman et Luxembourg pour avoir voulu réparer le monde – cette antienne séculaire de la foi juive – en ayant cru à la révolution, anarchiste pour la première, et quoi pour la seconde ? Jonas, parce qu’elle fut la première femme ordonnée rabbin dans l’histoire de l’humanité mais en catimini car même au sein du mouvement réformé, « ça ne le faisait pas trop encore » – avant d’être déportée, elle aussi, dans les camps nazis. Salomé, oui c’est le nom de famille d’une autre choisie pour l’écoute. Et pourquoi pas aussi, puisqu’on y est,
pour le plaisir de leur conversation… Arendt et Zontag – je vous laisse trouver les prénoms cette fois-ci ! Ah attendez, j’ajouterai le révolutionnaire et sioniste socialiste Ber Borochov, j’étais amoureuse de lui mais on ne vivait pas au même moment dans notre siècle. Il est mort en 1917. T’en ai-je pas déjà parlé Yentl ? Non je n’ai pas encore eu le temps. Qui d’autres ? Car j’imagine qu’il y a de la place dans ta cabane entre deux mondes… Les Marx’s Brother,-on ne les présente pas, même si Laurel et Hardy m’ont donné les plus grands fous rires de mon enfance au cinéma. Salomon Zaingwill Rappoport alias Anski, l’auteur du Dibbouk justement, Freud parce que l’on ne peut pas s’en passer. Et puis mon grand-père Avraham mort à Auschwitz, tous mes aïeux et aïeules du côté séfarade et ashkénaze, mes parents, bien sûr, Aaron Joseph et Hanina… Et Nadja de Breton ? Ah au fait a-t-on le droit d’inviter aussi des personnages ? J’adorerai alors inviter Cyrano de Bergerac, ne serait-ce mais pas seulement pour ses dernières répliques comme une devise de vie. « Je l’attendrai debout. Et l’épée à la main (….) Cette Camarde (….) N’importe, je me bats, je me bats ! Il y a (…) quelque chose que j’emporte, et ce soir, quand j’entrerai chez Dieu, mon salut balaiera largement le seuil bleu, quelque chose que sans un pli, sans une tache, j’emporte malgré vous et c’est (…) mon panache ».

Et là, que vous me croyez ou non – je me suis retrouvée de façon accélérée dans la soucca de Yentl … Et voici les bribes de dialogues que j’ai entendues de mes oreilles tout ouïe … dans cette cabane de l’entre deux mondes.

À suivre… 

Sonia Sarah Lipsyc


Les sources
-       Les répliques du Dibbouk d’Anski sont principalement extraites de la traduction de Batia Baum (manuscrit), avec son aimable autorisation – qu’elle en soit ici remerciée.
–       Casting des personnes citées par ordre d’apparition : Hanna Rovina (1888-1980), Rabbi Juda le Prince (135-217) et Rabbi Hiya (2ème siècle) ; Margarete Buber-Neumann (1901-1989), Bertha Papenheim (1859-1936), Emma Goldman (1869-1940), Rosa Luxembourg (1871-1919), Régina Jonas (1902-1944), André-Lou Salomé (1861-1837), Hanna Harendt (1906-1975), Susan Sontag (1933-2004), Ber Bochorov (1181-1917).
–       Sources bibliques et talmudiques respectivement mentionnées toujours par ordre d’apparition : Psaume 115 ; 17 et Psaume 30 ; 10. Cantiques des Cantiques 4 ; 1 et 3. Genèse 1 ; 14. Traités Ketouvot 103b, Meguila 14b et Hagiga 12a du Talmud de Babylone.
–       Les citations sont extraites de Margarete Buber-Neumann, Milena, traduit de l’allemand par Alain Brossat, Éditions du Seuil, 1986 et Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand.
–       Les normes pour construire une soucca s’inspirent de l’article suivant : Rabbin Shraga Simmons,  « Construire sa soucca ? » sur le site Aish.fr.
–       Bat kol ? Une voix du ciel… Je vous laisse explorer par vous-même mais nous la retrouverons dans d’autres épisodes. Patience…
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© Yossi Veissid

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