Yentl is back – Épisode 11 – Un feuilleton littéraire de Sonia Sarah Lipsyc

Comment les Marx Brothers déboulèrent dans la cabane de Yentl durant la fête juive de Souccot [3]?

Nous venions de sortir indemnes des « jours redoutables » comme l’on nomme cette période de dix jours entre les fêtes du nouvel an, Roch Hachana, et le jour de Kippour durant lesquels nos actes de l’année passée sont pesés et soupesés. De la petite boulette à l’arnaque, des mensonges blancs à ceux cousus de fil noir… Il suffit de jeter un coup d’œil sur l’inventaire des travers humains dans un livre de prière… pour se tenir à carreau le temps du son du chofar. Cette corne de bélier vous prend aux tripes… Et le livre de l’année à venir est ouvert…

Qui sera en bonne santé ? Et on trempe son quartier de pomme dans le miel.

De quel côté penchera la balance ? La vie ? La mort ? L’entre deux…

« Qu’il te soit agréable Dieu, notre Dieu, Dieu de nos Pères (et les Mères ?!) de déchirer les mauvais décrets de notre jugement » et on peut ajouter « oui déchirés en mille morceaux et jetés au vent » avant de poursuivre : «  et que soient évoqués devant toi nos mérites. ». Et là, pas de chichi, tout compte… le sourire à cette inconnue croisée en traversant la rue, juste pour le fun ou la place qu’on a cédée à plus vieux que soi dans l’autobus ! Que nos mérites soient aussi nombreux que ces graines rouges du fruit de la grenade dégoupillée sur la table de fête.

Et mon Dieu « que soient retranchés Tes ennemis ceux qui Te déteste et tout ceux qui souhaitent notre malheur ». Vous avez remarqué on s’est glissé subrepticement aux côtés du Créateur… En tout cas, après avoir goûté à la tête du poisson ou de mouton pour être en tête et pas à la traîne, on attaque enfin le repas de fête !

On prie, on mange, on prie, on mange, on prie, on mange, on prie, on mange, on prie (j’ai fait le calcul sur deux jours du nouvel an ca fait déjà quatre repas plus trois prières trois fois par jour soit six offices et deux petit-déjeuners). On prie donc pour soi, sa famille, sa ville, son pays, Israël – car sinon qui le ferait ? – l’humanité et ses petites affaires ! On demande pardon aussi, enfin on essaye et on se retrouve le jour de jeûne de Kippour habillé de blanc avec des baskets parce que les chaussures en cuir c’est parait-il le signe d’orgueil. Moi je casse le jeûne avec une tranche de pain trempée dans de l’huile d’olive. Et vous ?

Et puis, vient « zeman simehaténou », le temps de notre joie. Certains s’activent à mettre quelques planches de bois sur leur balcon – c’est Souccot – la fête des cabanes ! Et même si plus aucun sage ne jongle avec des torches dans le Temple de Jérusalem ou sur le chemin de la source comme autrefois… nous nous réjouissons, heureux d’être encore là de passage…

Vraiment ? Rabbi Simon ben Gamliel jetait en l’air huit torches allumées qu’il rattrapait sans qu’aucune torche jamais ne touche une autre. Impressionnant ! Il faudra que je pose la question à Yentl, elle qui musarde dans le temps comme vous, vous tournez les pages de votre magazine…

Bref. Après toutes ses émotions, j’étais assise tranquillement en train de siroter un thé à la menthe et de manger des raisins secs et des amandes pour satisfaire ma double ascendance ashkénaze et séfarade, lorsque Yentl sans crier gare, comme à son habitude, est venue me rendre visite.  Et sans que je puisse vous décrire comment, – je ne garde aucun souvenir de cette métamorphose de décor – je me suis retrouvée dans sa soucca, sa cabane, entre les deux mondes.

J’entendis une réplique qu’aussitôt je reconnue.

« Si on vous trouve, vous êtes perdus dit une femme ».
C’était dans le film « La soupe aux Canard » !
« Comment voulez-vous qu’on soit perdus si on nous trouve ? » répondit Chico.
Ah, c’était donc les Marx Brothers que Yentl avait choisi de convier parmi ma liste d’invités !
« Pas seulement » dit Yentl en souriant… Et elle ajouta, « bienvenue dans ma soucca mon porte-plume et « moadim lesimeha »– que « ces temps soient pour la joie » !
Comment vous décrire ce que je vis, entendis, ressentis ? Tous mes sens étaient au rendez-vous !

Consonne, voyelle…

Je vis d’abord accrochés, sur les murs en planches de la soucca, des pancartes avec la liste de tous les films des Marx Brothers accompagnés de leurs dates de sortie comme « Noix de Coco », 1929, « Monnaie de singe », 1931. Mais les tableaux étaient mouvants et les titres vagabondaient comme s’ils se rendaient visite d’une année à l’autre. Ainsi « La soupe au canard », 1933, fuguait vers « Une nuit à l’Opéra », 1935 ou « L’explorateur en folie », 1930 prenait ses pénates dans « L’histoire de l’humanité », 1957.

Bientôt, je ne distinguais plus que les consonnes de ces titres alors que leurs voyelles s’étaient toutes données rendez vous dans un coin de la soucca, et dansaient…Oui a, o, i, u, ou, é, è, o dansaient…

Démuni de ses voyelles en cavale, le titre « L’eXPLoRaTeuR eN FoLie » se dépouilla alors en LXPLRTRNFL.

« Oy a broch ! » s’exclama Minnie, la mère des Marx Brothers, « qu’est-ce qui nous attend ?! ». Ses craintes étaient-elles justifiées ? En effet, les consonnes n’étaient pas toujours disciplinées à l’instar des LSPCNRD de « La SouPe au CaNaRD » qui se présentaient dans un autre ordre DRCNLSP.

« Cail’nère vahiste nicht veimène der chir qvetchte » s’exclama Frenchy le père des Marx Brothers.

Vous croyez que ce sont d’autres consonnes échevelées ayant pris dans leurs filets des voyelles ? Pas du tout, c’est du yiddish, que je retranscris ici pour le moment en lettres latines, – oui je sais ça fait bizarre mais je suis si pressée de vous raconter cette expédition que je saisis les lettres les plus rapidement disponibles sur mon clavier.

Et vous savez quoi ?  Je comprenais intégralement ce que j’entendais en yiddish ! D’ailleurs je vous le traduis : « Personne ne sait à qui les chaussures font mal ». La sagesse incarnée… si les consonnes d’un mot LSPCNRD ressentaient le désir de changer de position DRCNLSP  – qui pouvait les juger ?!

Mais combien de temps des consonnes peuvent-elles survivre sans voyelles ? Je vous pose la question vous qui me lisez alors que j’assistais à ces sarabandes de lettres ? Et les voyelles peuvent-elles se passer de leurs comparses ?

D’ailleurs, je voyais déjà quelques-unes s’échapper de leurs cercles et rejoindre des consonnes. Certaines restaient fidèles à leurs titres initiaux, d’autres s’essayaient à de nouvelles amours. Je surpris même Groucho Marx, qui ne s’en cachait pas du reste, jouer à l’entremetteur entre deux bouffées de cigare. Il tentait de convaincre un o de retrouver un p ou un è de s’accommoder d’un r.

« Der shahtreun firte tsinof a vante mythe a vante, yne zougte dernou’h : «  chlougte aï’h cope in vante  » » s’exclama Frenchy en agitant sa main droite en l’air. « Le marieur rapproche deux murs et puis il dit : cassez-vous la tête contre » (je traduis encore). Et il ajouta, «c’est ainsi de tous les couples », Minny approuva en faisant le même geste de la main gauche !

Et Harpo soudain présent, de pincer quelques cordes de sa harpe !

Mais Groucho était plus hardi encore… il tentait de convaincre un e et un a de s’accoupler avec un x. Un couple à trois. Le a accepta à condition d’être la première quant au e, il se contenta, une fois de plus, de fermer la marche.

Ainsi rejointes par leurs belles, LXPLRTRNFL de « L’eXPLoRaTeuR en FoLie » s’essayèrent à… L’aXe PoLaiRe TRèFLe et le N ? En balade, je suppose, courtisant une voyelle. Na !

La martingale en désordre DRCNLSP de « La SouPe au CaNaRD » ne tarda pas non plus à former une autre phrase, grâce aussi, il faut le reconnaitre, à d’autres consonnes venues à la rescousse …. « De Rien Coupons Net Le Sifflement Pinailleur ».

Parfois, c’était seulement les premières consonnes de chaque mot d’un titre qui s’avançaient. Ainsi PDC de « PLuMeS De CHeVaL », 1932, se détachaient. Pas De Chance semblaient-elles dire à leurs consœurs ! Mais les finales SL de PlumeS de ChevaL ne se laissèrent faire, ni à l’endroit, SaperLipopette, ni à l’envers Lux SitQue la lumière soit….Elles eurent même pitié des autres consonnes médianes du titre LMHV qu’elles avaient tant de fois côtoyées sur le générique d’un écran de cinéma. Et elles leur proposèrent d’autres combinaisons que je perdis de vue.

Et CPCBN de « CoPaCaBaNa », 1947, réclama Groucho ? CPCBN insista-t-il ? On les laisse livrées à elles-mêmes sous prétexte que j’étais seul à jouer dans ce film ?!

Et Harpo de frapper des cymbales.

C’était sans compter sur Chico.
– 1947 ! Voyons quelles sont les lettres qui leur correspondent… 1 … quelle est la première lettre de l’alphabet ? Un « A ». La 9ème, un « I »? La 4ème un « D », et la 7ème un « H ». AIDH. Attends, ce n’est pas fini, si j’additionne tous les chiffres de cette année 1947 nous obtenons le nombre 21. Soit un « U », 21ème lettre de l’alphabet! Attends, attends, je continue… 21 qui donne 3 – soit un C. Donc, si nous récapitulons, nous avons 3 voyelles AIU et trois consonnes DHC. Et là nous avons plusieurs choix…. Option 1 : on fourgue le tout dans le titre ce qui donne CPCBN +aiu +DHC. Pas évident de faire des mots avec huit consonnes et seulement trois voyelles ! Option 2 : on échange des consonnes contre des voyelles… Voyons qui est prêt à sacrifier une voyelle de son prénom ? Minnie ? Frenchy ? Groucho ? Harpo ?

À peine eut-il dit ça que ce dernier sortit de son manteau deux A, trois E, un é, un O, et un I !

Groucho et Chico le regardèrent épatés. AAEEEéOI !
– Mais d’où viennent-elles ?! s’exclama Groucho.

Et Harpo de répondre par un large sourire…
– Attends, attends répliqua Chico AAEEEéOIE – je sais !

Et une bulle avec une ampoule apparut au dessus de sa tête. Oui exactement, je ne peux que témoigner de ce que j’ai vu. D’ailleurs eux me voyaient-ils ? Je ne sais et je n’ai pas osé m’immiscer dans la conversation… D’autant plus que les deux autres frères jusque-là absents s’en mêlèrent… Zeppo et Gummo…

– Il y a aussi l’option 3 dit le premier.
– Exactement répliqua le second.

– Convaincre OAAAA de revenir à leur domicile rappela le premier.
– cOpAcAbAnA reprit le second en insistant sur les voyelles.
– Oui, il faut leur faire miroiter leur importance, leur complémentarité… Leur rôle essentiel aux côtés des consonnes. O madame C, A épouse de P, exposa Zeppo
– C’est vrai, il y a toujours une voyelle derrière la réussite d’une consonne rappela Gummo.

Mais Gummo et Zeppo n’eurent pas le loisir de développer leur théorie un peu ringarde, il faut le dire – si je puis me permettre… Car Chico avait repris la main.
– AAEEEéOI ou pour les mettre dans l’ordre AAEEéOIE… Ce sont les voyelles du « cAbArEt dEs étOIlEs », oui « CaBaReT DeS éToiLes », 1943 ! L’un des films dans lequel Harpo a joué sans nous !
– Je me disais bien qu’elles m’étaient familières ces voyelles dit Groucho…
– Et on fait quoi avec tout ça répliqua Gummo sur un ton un peu sceptique ?
– On joue dit Chico….

Aussitôt dit, aussitôt fait. Il confectionna à la hâte des cartes avec des consonnes et des voyelles, les brassa, et les distribua aux cinq frères.

«  La raison est une tortue »

Et pendant que toute cette fratrie s’échangeait des consonnes et des voyelles… Les parents continuaient à converser en yiddish ou devrai-je dire à ferrailler dans cette langue en usant d’une armée de proverbes. Ils jouaient. Il semblait même que c’était là leur game favori.
– « Gott vête helfeune ! … vi helfte nor Gott bise Gott vête helfeune » commença Frenchy.

Incroyable… C’est mon préféré !  C’est vrai, l’un des dix dictons que j’emporterais avec moi sur une ile déserte : « Dieu va aider ! Si seulement Il pouvait aider jusqu’à ce qu’Il commence à aider ». Pas vous ?

Comment allait répliquer Minnie après une telle entame ?
– « In chissol caine nicht zaïne mer vie in tope».

Oui pas mal : « Il ne peut y avoir plus dans l’assiette que dans la casserole ».

Mais encore ? Frenchy et moi ne semblions pas convaincus.
– « Ase der mennche ise gaisine-te hotte er a sa’h dâguesse, ase er verte cranque hotte er nor aîne dâguè».

Ah là, nous étions d’accord… C’était un classique. « L’homme en bonne santé a beaucoup de soucis. Lorsqu’il tombe malade, il n’en a plus qu’un ».

Qu’allait lui répondre Frenchy?
– « Der sai’lhoule ise a cri’heur ».
– Oh non pas celui-là dit Minnie on ne le comprend jamais !

C’est vrai ça veut dire quoi ? «  La raison est une tortue ». Je n’eus pas le temps de m’attarder car Minnie et Frenchy enchainaient très vite… Au point que je ne savais plus qui disait quoi !

« Ase me este of dème baïgel, vie blay’bte douce lo’h ? » … « Une fois qu’on a dévoré le bagel, où est passé le trou ? (…) » …« Ase me fari’hte nicht a claillene lo’h, verte a groïsse lo’hh »… « A ne pas réparer un petit trou on se retrouve avec un grand » …«  Ase mène caine nicht bailcène, zol mène di tsaïne nicht vaillezzène »…. « Quand on n’est pas capable de mordre, il ne faut pas montrer les dents » … « Tse borchtch darf mène nicht cailne tsaïne »… « Pour le bortsch on n’a pas besoin de dents ».

Ils firent une pause comme pour recharger leurs batteries et la deuxième salve fut encore plus rapide que la première. J’arrivais à peine à suivre jusqu’à ce que Frenchy dise « Iédeur bargarof hotte saïne bargaroupe »… « Chaque montée a sa descente » et vice versa s’exclama Minnie qui ajouta :
– La lettre est ma maison.
Frenchy la regarda.
– D’où ca vient ça ? interrogea-t-il ?
– Aucune idée ….c’est venu spontanément dans ma bouche.

Ils se tournèrent à droite et à gauche en haut et en bas et commencèrent à esquiver quelques pas de danse. C’est vrai qu’avant de se connaitre, Frenchy était professeur de danse alors que Minnie confectionnait des chapeaux de pailles.
– Si tu m’avais dit la musique, le théâtre, le chant sont ma maison dit l’un ou la danse est ma maison dit l’autre… J’aurais compris dirent-ils en même temps tout en exécutant une figure de tango.

J’eus un doute soudain, « la lettre est ma maison » est une phrase que j’aurais pu dire ? Comment s’était-elle échappée ? Elle aussi… Pourtant, je ne retranscrivais que ce que je voyais. Je vous assure. Je n’inventais rien. Et Yentl qui n’était toujours pas là…
Heureusement, ils ne s’attardèrent pas à cette anomalie, étrangeté, incongruité, bizarrerie cocasserie, fantaisie, extravagance, excentricité, ex éco !  Je ne comprenais pas cette bousculade de mots, rivalité qui parfois m’envahissaient… et sans l’aide de la fonction « synonymes » de Word – s’il vous plait !
– Si je ne ris pas de moi qui suis-je ? dit Frenchy
– Et si je ne ris qu’avec moi que suis-je ? enchaina Minnie

Et chœur, ils ajoutèrent : « Et si ce n’est pas maintenant, quand ? ».

Et je compris que c’était ainsi qu’ils concluaient toujours ce jeu.

Je n’en revenais pas de saisir le yiddish sans entraves.

J’avais envie de questionner Yentl autant sur ces épousailles avec cette langue que sur la valse des lettres à laquelle j’assistais. Mais où diantre était-elle passée ? Yentl ?

Comprenait-on toutes les langues dans l’au-delà ?

Tous ces mots arrivés à terme grâce à leur union avec des voyelles ?

Toutes ces langues parlées par nos aïeux ?

Le moins que l’on puisse dire est que j’en avais un avant-goût dans cette cabane entre les deux mondes, entourée par une ribambelle de consonnes et de voyelles qui s’entremêlait et formait d’autres mots. Les familles se constituaient en phrases, les tribus en chapitres, les nations en roman alors que les virgules et points, nomades voire apatrides, naviguaient d’un alphabet à l’autre.

De quoi avoir le vertige, non ?!

Enfin j’aperçus Yentl qui, au-delà de ces continents de lettres, me répondait.

Et là aussi, je fus surprise, je ne l’entendais absolument pas mais j’arrivais très distinctement à la comprendre en lisant sur ses lèvres. Encore un autre talent entre les deux mondes !

« Dans l’au-delà on comprend certainement toutes les langues et dialectes de la planète mais ici dans cette soucca on ne saisit que les langues de ses aïeux ou de ses réincarnations ». Yentl articulait bien. « Je tiens encore à vous dire, Mesdames et Messieurs, combien vous comprenez  plus de yiddish que vous ne le croyez » n’est-ce pas ce qu’avait affirmé sans ambages Kafka ? Tiens d’ailleurs était-il là ? J’avais toujours eu ce sentiment avec le yiddish, cette langue à la fois si familière et enfouie dans ma vie actuelle. Mes réincarnations ?! Yentl qui venait d’y faire allusion les connaissait-elle ? La coquine… elle m’avait ainsi choisie comme porte-plume pas seulement pour cette vie-ci mais pour toutes celles que je portais ?!!!
– « Pourquoi la psychanalyse n’a-t-elle pas été créée par l’un de tous ces hommes pieux, pourquoi a-t-on attendu que ce fût un Juif tout à fait athée ? » s’exclamait Freud.

Je n’eus pas le temps de spéculer davantage sur mes transmigrations car là assis à la table en train de boire un thé dont je n’arrivais à distinguer ni l’origine ni l’odeur, je voyais Sigmund Shlomo Freud. Vous vous rendez compte ? Freud en train de converser… Avec qui ? Un homme en lévite noire… Le prophète Elie ? Encore lui ? Que voulez-vous, c’était un habitué des voyages dans le temps… Il était attendu, comme vous le savez … ou pas, à chaque circoncision… un fauteuil vide lui était réservé et aussi à chaque sortie d’Egypte… une coupe de vin pleine lui était versée à la table du premier soir de la fête de Pâque. Alors pourquoi pas ici ? Je ne suis pas sure toutefois qu’il porterait une lévite noire. Un jean peut-être et une chemise à fleurs ? Je ne crois pas, je confondais avec la mode de mon adolescence maintenant les hommes portaient des pantalons sobres et des pulls à col v qui leur collaient distinctement à la peau. Mais sait-on jamais…

Et Freud ajouta, « qui me succèdera dans cette aventure de l’inconscient ? Anna ma plus jeune fille ? Et ensuite ? ».

L’homme à ses côtés dodelina de la tête en se balançant légèrement.
– Anna n’a point eu d’enfants mais elle a élevé aussi les quatre enfants de sa compagne Dorothy Burlingham. Serait-ce eux ? Pourquoi pas finalement ? Dans les dynasties hassidiques, c’est parfois le … gendre qui prend la suite, n’est-ce pas dit-il de façon appuyée à l’homme à ses côtés. Alors là pourquoi pas la descendance de la bru ?

Je n’arrivais pas à distinguer la réaction de l’homme, je m’aperçu juste qu’il réajustait, un peu troublé, sa calotte sur sa tête.
– Que deviendront mes autres enfants et petits-enfants ?

Moi je sais… Mathilde a tenu une boutique de mode, Martin, un kiosque à tabac et à journaux, Olivier travailla dans une compagnie de transport, Olivier fut architecte, Sophie, enceinte, mourut du vivant de Freud, de la grippe. Ses petits enfants ? Il en eut huit et hormis Eva et Heinz qui disparurent jeunes, Lucian deviendra un peintre célèbre et l’une de ses filles Esther, une romancière, son frère Sir Clement, fut homme politique, humoriste et journaliste, Stephen quincailler, et Anton chassera les anciens criminels nazis. Des psys parmi eux ? Oui. Sophie, psycho-sociologue très critique à l’encontre de son grand père et de la psychanalyse. « Sans grand-père, les nazis auraient fait des abats jours avec ta peau », lui fit remarquer son frère Anton. Et Ernest W. qui adopta le nom de Freud, son grand père maternel, fut psychanalyste… en Allemagne. Après on se perd dans la généalogie.
– Et resteront-ils Juifs ?
Vraiment ? Freud s’en inquiétait ?
– Comme tu peux le voir me dit Yentl, soudainement et miraculeusement à côté de moi, les enfants c’est toujours un sujet de conversation même entre les deux mondes.

Et toutes les deux, on soupira et pourtant ni elle ni moi n’avions mis au monde des enfants.
– Je ne sais ce que deviendront les enfants de Freud et s’ils resteront Juifs me dit Yentl. Je n’ai pas eu le loisir de vérifier et visiblement lui non plus. Mais je sais qu’il reste toujours une étincelle, dans une âme juive, prête à s’allumer, quelques soient les chemins de traverse…
– Exact lui chuchotais-je à l’oreille, j’ai vu une fois, lors d’une excursion, à Hébron, dans une soucca, ça me revient, le petit-fils de Trotski, portant des tsitsit, des franges rituelles et une large kippa sur la tête. Il était venu étudier dans l’antique cité des patriarches et … des matriarches.

Mais pourquoi chuchoter ? Je ne voulais pas déranger tout ce monde alors même qu’il ne m’entendait ni me voyait.

Dans un coin de la soucca, j’aperçus Régina converser avec Bertha. Hanna les écoutait et se taisait. Etonnant. Que se disent-elles ? Il eut fallu que nous nous approchions… Mais une réplique nous barra le chemin.
– « Grâce à vous une robe a passé dans ma vie. »

Ah je la reconnaissais c’était une autre de mes préférées, celle que Cyrano adresse, à l’article de la mort, comme une consolation, à Roxane. Elle qui, attristée et coupable, – « J’ai fait votre malheur, moi moi ! ». – vient enfin de comprendre, au bout de tant d’années, que c’était lui l’auteur de ces lettres d’amour qui avait tant touché son âme.
– Mais Yentl, j’ai une question. Si tout ce beau monde est là c’est qu’il n’est pas dans l’autre monde. N’est-ce pas triste pour eux ou pour elles… S’attarder dans l’entre deux mondes au lieu du jouir du repos éternel…

J’étais soulagée de n’avoir croisé aucun membre de ma famille.

Mais…

Y avait-il des allers et retours possibles entre les mondes ? A moins que toutes ces personnes n’avaient pas fait leur choix ? Etaient-elles des fantômes ? Et que dire des ouchpizim, ces invités traditionnels de la soucca auxquels se seraient peut-être mêlées, d’autres femmes, des prophétesses d’Israël, Avraham et Sarah, Moise et Myriam, Salomon et Abigail, David et Hanna, Joseph et Esther, Aaron et Déborah, Jacob et Houlda . Je ne les avais pas croisés mais Yentl ne m’avait pas démenti lorsque j’en avais caressé l’hypothèse. Alors ? Yentl ?
– Rabbi Nahman de Braslav disait « je suis une rivière qui nettoie toutes les tâches », et il priait souvent pour ramener les âmes en errance ou même qui étaient déjà passées de l’autre côté. Il allait les chercher au guehinam, jusqu’en enfer me répondit Yentl.
– Mais alors pourquoi Rabbi Nahman ne s’occupe-t-il pas du dibbouk afin de le ramener à sa pièce de théâtre initiale ? m’exclamais-je. Ne le mérite-t-il pas ?
– N’est-ce pas là le rôle des écrivains me répondit Yentl. N’est-il pas venu chez toi afin que tu enquêtes sur sa disparition ? N’as-tu pas commencé un roman, « Meurtre d’un dibbouk, enquête sur un crime littéraire » que tu n’as pour l’instant pas achevé ?
– Oui mais entre temps tu es venue… Un livre n’en chasse-t-il pas un autre ?

 Il restait ma question…

Je me tus, je ne savais quoi ajouter de plus si ce n’est que j’étais assaillie par ces textes en souffrance qui réclamaient ma plume – du moins le croyais-je ! A hue et à dia, écartelée entre eux qui se disputaient mon attention et les impératifs de ma parnassah, ma subsistance. Il fallait bien croûter et Yentl ne m’avait pas encore transmis le secret de la fortune ! Peut-être considérait-elle, comme moi d’ailleurs, que j’étais suffisamment comblée ainsi. Quoi, en plus de me voir tu voudrais être à l’abri des aléas du quotidien semblait dire son sourire en coin?! Il est vrai que je n’avais pas choisi d’être factrice et de terminer ma journée tôt dans l’après midi.
– A quoi cela t’aurait servi toi qui écris tôt le matin ? me dit Yentl en haussant les épaules.

Il restait ma question… si tous ces personnages étaient là, c’est qu’ils n’étaient pas dans l’autre monde ?

Nous nous regardâmes un moment et Yentl me dit tout simplement :
– Tu parles comme si les doublures n’existaient pas !
– Tu veux dire….
– Oui des entités peuvent s’approprier des identités, bien s’informer et jouer à …
– Une arnaque alors ?
– Qui suis-je moi pour trier le grain de l’ivraie ? Entre les justes qui s’aventurent jusqu’ici pour rattraper des âmes au collet et celles ou ceux qui trainent encore pour des raisons diverses ? Jugement en attente, en appel… Entre les âmes qui attendent de se réincarner et les entités aux identités volages ? Qui suis-je moi ? Tu l’as même dit ? Je ne suis pas même pas sure d’être juive !

Et là, sentant son immense tristesse, je dis : « Moi je te reconnais comme juive, ton géniteur aussi et tous tes lecteurs et lectrices alors si ça ne vaut pas un tribunal rabbinique ! … »
– « Tu aurais pu te marier avec moi » dit Avigdor.

Tiens, il était là lui aussi, le haver, l’ami de Yentl pardon de Anchel comme elle se faisait appeler dans son versant masculin et c’est ce qu’il lui dit lorsqu’il apprit que Anchel était, pardon, Yentl.

Et je répondrai encore dit cette dernière : « Je voulais étudier la guemara et les commentaires avec toi, pas repriser tes chaussettes ! ».
– La guemara, c’est le Talmud. Je ne le dis pas pour toi Yentl, BIEN SÛR, mais pour nos lecteurs…trices.

Mais je n’eus pas le loisir de poursuivre mes explications… car toute sorte de voix se mêlait à notre conversation.
– « Dieu aide toujours, si seulement… Grâce à vous une robe … Et resteront-ils Juifs ?

ont … ? L’aXe PoLaiRe TRèFLe . Na. Et si ce n’est pas maintenant quand ? Mort à quoi ……« Ase me fari’hte nicht a claillene lo’h, (…) on se retrouve avec un grand  Comment l’arche sainte est ouverte ?.. Mort, à quoi te servirai-je ? … « Tes lèvres ressemblent à un ruban écarlate »..  Tiféret, la magnificence…des branchages de conifères, des roseaux, des tiges de maïs… Construire sa soucca correspond à des normes bien précises.. A-t-on le droit de transgresser une mitsva pour… les personnages échappés de leurs textes sont-ils soumis aux commandements de la Torah ? ».

Des voix d’ici et de là bas…toutes se retrouvaient dans cette soucca, véritable arche entre les cieux.

« De la façon dont on casse le bois, volent les éclats » dit le Messager, cet étrange personnage de la pièce du Dibbouk, qui va et vient. C’est drôle, je ne me souvenais pas de cette réplique dans la pièce. Serait-elle nouvelle ? S’était-elle égarée dans les traductions ? Les personnages avalent-ils parfois leurs mots ? Un auteur est-il à leur merci ? Je ne sais pas. Mais même s’il semblait dire des choses vraies, ce personnage du messager m’effrayait, la posture hiératique et l’air de tout savoir. Comme si rien, jamais ne pouvait changer. Or il existait bien un interstice dans lequel l’être pouvait se glisser, le transformer en voie royale et changer le cours du monde ?! Hic et Nunc. « C’est vrai les âmes reviennent dans ce monde » dit-il encore et là, il répétait, cette réplique était bel et bien dans la pièce.

Ici, une petite fille. Qui est-elle ? Je ne sais. Je vois tant de visages dans le sien. Que fait-elle ? Elle réunit les lettres en errance sur les planches de la soucca. Un rassemblement de consonnes et de voyelles exilées. Je m’approchais. Et je lisais ces nouvelles bribes… Ou devrai-je dire que je les entendais ? Oui, je les entendais. Que disaient-elles ces voix… de femmes ?
– Aucun homme pour me prendre dans ses bras. J’attends mon guet, divorce religieux, depuis tant d’années. Mon mari vit avec une autre femme, il a même des enfants avec elle ; moi je serai adultérine si je m’abandonnais à un autre et mes enfants illégitimes, interdits de mariage avec d’autres Juifs à moins qu’ils ne soient, elles ou eux aussi des mamzerim ! Il se complait dans son refus, il me le jette à la figure et à la face des juges. Eux ne disent rien, ils baissent l’échine devant la loi. Pourtant n’est-il pas écrit à son sujet : « Elle n’est plus au ciel mais proche de toi dans ta bouche et ton cœur pour agir ». Alors qu’attendent-ils ?! Et nous ?
– Moi aussi, je veux dire le kaddich pour ma mère «Yitgadal »…et pour mon père disparus « veyitkadach». J’ai tellement de peine. « alénou veal kol Israël, veimerou». Pourquoi ce silence lorsque j’ai terminé. Qui répondra « Amen »?!
– Porter les rouleaux de la Torah entre mes seins dit l’une, du fond de mon ventre, sonner la corne de bélier, le chofar pour inviter au repentir, dit l’autre. Déployer les rouleaux de la Torah en chaire et porter à mes lèvres le chant de leurs lettres… Etre la dixième pour compléter le mynian, ce quorum … Ne plus se tenir derrière la barrière de séparation au risque de souffrir d’un strabisme prononcé à force de vouloir voir ce qui se passe près de l’arche sainte… Je suis une femme et je souhaite que mon témoignage soit pleinement acceptée par le tribunal et avoir aussi le droit de me tenir de l’autre côté de la barre et juger comme Déborah sous le palmier.

Toutes ces bribes se rassemblent derrière moi. J’aimerais prendre la petite fille dans mes bras.

Yentl, nos paroles seront nos témoins. Yentl, nous les clamerons jusqu’à transpercer les oreilles des moqueurs. Même si ce n’est plus la peine de se travestir en homme pour étudier le Talmud, tu es notre revanche, notre honneur, notre pionnière.

Et toutes nos voix se mêleront à « la voix du ciel qui chaque jour sort du Mont Horeb » et nous la renverrons, à l’Expéditeur, oui nous la renverrons, au Mont Horeb plus connu sous le nom du mont Sinaï. Nous la renverrons pour proclamer : « Nous sommes toutes et tous des Yentl ». Tu entends ?! Yentl…

Sonia Sarah Lipsyc

P.S
- Woah, je ne m’attendais pas à cette fin…
– Moi non plus Yentl !
– Tu la laisses comme ça ?
– C’est ainsi que je l’ai vécue. On verra quelles sont les réactions.
– Les lecteurs t’écrivent ? Les lectrices ?
– Les deux, bien sûr, souvent et je leur réponds. Tu verras, un jour, je ferai un florilège du courrier de ces femmes et de ces hommes, de leurs questions ou commentaires.
– Et avec tout ça, tu ne trouves pas d’éditeur ?
– Je n’en cherche pas vraiment… Je suis bien à Tenoua, j’attends qu’un éditeur ou une éditrice me lise et me fasse signe.

 

Et Yentl ne me parut pas contente… Non seulement, j’étais son porte-plume mais en plus elle voulait que je sois son impresario ! Peut-on danser à deux mariages à la fois ? Tiens comment le dit-on en yiddish ?


Sources

Rituel juif
  • Les demandes ou supplications auprès de l’Eternel, présentes dans ce texte, sont extraites du rituel sépharade avant les repas de fête de Roch Hachana ; on se « goinfre » de différentes salades en émettant des vœux divers de protection, de prospérité et d’anéantissement de nos ennemis. La pomme, le miel et la grenade sont communes aux traditions ashkénaze et sépharades. Et vous savez quoi ? Pas besoin d’être natif du pourtour de la méditerranée ou du bord de la Vistule pour goûter de tout ça ! Et bonne année !
  • Moadim lesimeha – que ces temps soient pour la joie, expression de salutation durant la fête des cabanes ou de Souccot nommée zeman simehaténou – le temps de notre joie dans les livres de prière.
Personnages de la tradition juive
  • Les oushpezim ou invités traditionnels de la soucca sont Abraham, Isaac, Jacob, Moise, Aaron, Joseph et David, pour chacun des jours de Souccot. Ils sont ici et dans cette soucca de Yentl, et selon le porte-plume, probablement accompagnés, de sept prophétesses dont le casting (oups) est mentionné dans le traité Meguila 14b du T.B.
  • Rabbi Nahman de Braslav (1772-1810), ce n’est pas la première fois que ce rabbin hassidique, petit fils du fondateur de ce mouvement, le Baal Shem Tov, apparait d’une manière ou d’une autre dans ce feuilleton littéraire.
Références bibliques et talmudiques par ordre d’apparition dans cet épisode
  • Rabbi Simon ben Gamliel est du1er siècle et ses exploits apparaissent dans le traité Souca 53a du Talmud de Babylone (T.B) au moment de la fête du puisage d’eau de la source Siloé au Temple de Jérusalem pendant l’un des jours de la fête de Souccot. Les assoiffés peuvent avoir plus de détails à ce sujet dans le traité Soucca 4 ; 9 du T.B.
  • L’échange final entre Minnie et Frenchy s’inspire du traité talmudique des Principes engendreurs connu plus communément sous le nom de Maximes des Pères 1 ; 14 : « Si je ne suis pas pour moi, qui le sera? Et si je ne suis que pour moi, que suis-je ? Et si pas maintenant, quand? ».
  • La citation biblique au sujet de la proximité de la Torah provient de Deutéronome 30 ; 12 et 14.
  • L’indication sur le trajet de la voix du ciel est tiré pour l’aller du Mont Horev, autre nom du Mont Sinai, des Maximes des Pères 6 ; 2 et pour le retour de… « Comment les Marx Brothers déboulèrent dans la cabane de Yentl entre deux mondes durant la fête de Souccot (3)? »
Herméneutique ludique (ça rime)
  • Tout air de ressemblance entre les déclinaisons ludiques sur les consonnes et les voyelles et l’usage de certaines règles herméneutiques de la tradition juive, ici appliquées à une langue latine, n’est pas fortuit. Nous avons ainsi appliqué certaines modalités du Notarikon ou « bris des mots » telles que… ne prendre que les consonnes d’un mot ou d’un groupe de mots dans l’ordre initial de celui-ci ou dans le désordre et les voyelliser différemment. L’exercice peut s’effectuer avec juste les premières, les dernières ou les lettres médianes d’un groupe de mots. D’autres sens apparaissent…Cette créativité est facilitée par le fait que l’hébreu, comme toute langue sémite qui se respecte, ne s’appuie que sur les consonnes. Mais vous voyez ça marche aussi avec le français ! La guematriya ou l’équivalence numérique pour chaque consonne est une autre de ces techniques de lectures déconstruites. Clin d’œil pour cet art de l’interprétation à Marc Alain Ouaknine et l’un des passages, de son désormais classique Livre brulé, édition Point/Sagesse, Paris, p 122-126.
Du yiddish
  • « Oy a broch» intraduisible. J’attends vos propositions.
  • Les proverbes yiddish ont été trouvés dans l’ouvrage que j’apprécie de Bella Laurence, Sail’houle. Sagesse yiddish dans la tradition juive, Pierre Bordas et Fils, Paris, 1986, aux pages suivantes et toujours par ordre d’apparition : p 225 n° 91, p 299 n°484, p 449 n° 1273, p 449 n° 1278, p 447 n°1257, p 335 n° 662. Et le proverbe de répondre « dans la poche » à la question « Une fois qu’on a dévoré le baïgel, où est passé le trou ? ». Mais sans doute que ce détail important s’est perdu dans le brouhaha du véloce échange entre Minnie et Frenchy, p 21 n°40, p 387 n° 935, p 397 n° 990 (remarquez la différence de transcription de la soupe selon qu’elle se dise en yiddish « borchtch » et en français « bortsch » et je suis sure que la betterave a encore d’autres potentialités….), p 373 n° 858 (c’est curieux je ne reconnais dans cette phrase en yiddish aucun mot de l’original en hébreu : « yerida le tsorekh ‘alya » que mon amie Nina Gourfinkel (que sa mémoire soit bénie) traduisait magistralement par « La chute porte en elle l’élan de sa remontée » – c’est en exergue de sa traduction du … Dibbouk, de Anski, édition de l’Arche, Paris, 1957 p 7. Ca vous étonne ? Ce chef d’œuvre colle à mes semelles de vent.
Freud
  • La question de Freudfigure dans Correspondance de Sigmund Freud avec le pasteur Pfister, 1909-1939 Paris, Gallimard, 1966, (Lettre 9.10.1918), 105.
  • Mais qui est cet homme à qui s’adresse Freud dans la soucca ? Vous le saurez lors d’un prochain épisode…
  • Les informations sur Freud et sa famille sont essentiellement prises de Elisabeth Roudinesco, Sigmund Freud en sont temps et dans le nôtre, éd du Seuil, Paris, 2014
De l’hébreu et de la tradition juive
  • Lehaim ! A la vie ! Exclamation lorsque l’on trinque y compris avec le prophète Elie !
  • Sur les enfants dit illégitimes ou mamzerim, je renvoie à l’article « Illégitimité » dans Dictionnaire Encyclopédique du Judaïsme, sous la direction de Geoffrey Wigoder, De du Cerf/laffont, Paris 1996, p 491-492.
  • Le passage d’un homme refusant de donner le divorce religieux (guet) à son épouse tout en vivant avec une autre femme avec qui il a d’autres enfants, s’inspire d’une scène du documentaire « Condamnées au mariage », 2004 de la réalisatrice israélienne d’Anat Zuria dans lequel l’avocat de l’époux dit à la Cour rabbinique que son client ne répondra même pas à cette convocation pour octroyer ou non le guet à sa femme puisqu’il vient d’être papa…
  • Mynian, quorum de dix hommes obligatoire, dans le rite juif orthodoxe, pour certaines prières dont le kaddich.
  • Kaddich, prière de sanctification dit notamment en la mémoire des défunts
  • «Yitgadal »…Que soit exalté, « veyitkadach» et sanctifié, « alénou veal kol Israël veimerou » sur nous et sur tout Israël et ils diront (…).
  • Qui répondra « Amen » à mon kaddich, dit par une femme ? Cette question anxieuse est extraite d’un billet, sous forme de pancarte, mis en ligne sur un tumblelog (site ouvert) initié par le forum des féministes juives orthodoxe Jofa. Voir Sonia Sarah Lipsyc, « Qui a besoin…d’un féminisme juif ? D’un féminisme orthodoxe ? » (1) sur Judaismes et Questions de société, 01.12.2012
  • Dans la loi juive orthodoxe, sauf dans des cas exceptionnels, les femmes ne peuvent pas (encore) témoigner devant un Tribunal rabbinique… ay ay ay !
  • On le sait Déborah prophétesse, cheffe des armées et juge, siégeait sous un palmier, voir dans la Bible, Juges 4 ; 5.
Divers
  • Régina, Bertha. Hanna qui sont-elles ? Pour le savoir…il faut se référer à l’épisode 2 de cette trilogie sur la visite des Marx Brothers dans la soucca de Yentl.
Sources des répliques ou des citations nomades
  • Franz Kafka, « Discours sur la langue yiddish » dans Préparatifs de noce à la campagne, L’imaginaire/Gallimard, Paris, 1985, p 478
  • Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, of course.
  • La réplique de Rabbi Nahman de Braslav est tirée de Le Pont étroit, Institut Breslev, p 406.
  • L’échange entre Avigdor et Yentl ainsi que la réplique sur les âmes du personnage du Messager proviennent respectivement de la nouvelle « Yentl » d’Isaac Bashevis Singer, Yentl et autres nouvelles, Stock, 1994 et de Anski, Le dibouk, Edition de l’Arche, 1957.
  • « De la façon dont on casse le bois, volent les éclats », le porte-plume a raison, la réplique ne figure pas dans la pièce du Dibbouk d’Anski mais c’est un proverbe yiddish un verbe tiré du livre de Bella Laurence, précédemment cité.

 

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Image en tête de cette page : © Nechama Golan, « Sefer Nashim, » 2001