C’est l’histoire d’un petit garçon qui vient trouver sa mère et lui demande : « Maman, comment suis-je venu au monde ? ».
Sa mère lui répond : « C’est simple : Dieu a placé Adam et Ève au jardin d’Éden. Ils ont eu des enfants qui ont eu des enfants et ainsi de suite, jusqu’à toi, mon amour ».
L’enfant n’est pas pleinement satisfait et va trouver son père : « Papa, comment suis-je venu au monde ? », lui demande-t-il.
Son père lui explique : « C’est simple : il y a eu des macaques, des gorilles et des orangs-outangs, puis l’espèce a évolué. L’humanité a eu des enfants qui ont eu des enfants, jusqu’à toi, mon amour ».
Cette fois, l’enfant, déboussolé, retourne voir sa mère et lui dit : « Mais enfin, quand je demande d’où je viens, tu me parles d’Adam et Ève, et Papa me parle de gorilles et de macaques… ».
« C’est simple, répond sa mère, je te parle de ma famille et ton père de la sienne ! »

Cette blague raconte bien à mon sens la complexité des récits sur nos origines. Il existe tant de façons de nous raconter et aucun narratif ne dit tout de la vérité de nos histoires. Nous grandissons tous, comme cet enfant, à l’ombre de récits contradictoires, d’histoires incompatibles qui disent chacune à leur manière quelque chose des mondes qui nous ont donné naissance.

Et ces mondes sont toujours pluriels, même si nous faisons parfois semblant d’être les « purs produits » d’un seul univers : d’une famille, d’une nation, d’une tradition religieuse. Le fantasme de pureté originelle hante bien des discours aujourd’hui, qu’ils soient religieux ou politiques. Il est à l’oeuvre chez tous ceux qui veulent se raconter ainsi leur tradition : à l’origine nous n’avions pas été contaminés par le monde extérieur, les autres, les étrangers, les idolâtres, la modernité etc…

Pourtant, d’autres voix parlent, au sein même de nos traditions, pour qui veut tendre l’oreille. Et celles-là disent : souviens-toi de ce que tu dois aux rencontres que tu as faites, aux influences que tu as subies, à l’impureté qui fonde aussi ton identité. Et le judaïsme le raconte en maintes occasions : souviens-toi de tes origines chaldéennes, souviens-toi de la matrice égyptienne, souviens-toi de ta rencontre avec les mondes perses, grecs, romains, chrétiens, musulmans… et observe ce que ces échanges ont produit en toi de si original.

Ce numéro de Tenou’a est un exercice d’imagerie intérieure, une échographie de nos origines plurielles. Il explore par la voix de rabbins, de chercheurs, d’artistes… les différentes façons de répondre à la question naïve et subtile de celui qui demande : « Comment suis-je venu au monde? ».

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L'auteur

Delphine Horvilleur,
rabbin,
directrice de la rédaction de Tenou’a