Texte et textile: la vérité est tailleur

Shmattes de papier L’édito du rabbin Delphine Horvilleur En anglais, l’intrigue d’une histoire se dit plot, c’est-à-dire « pelote de laine ». En français, le récit est parfois « cousu de fil blanc ». En hébreu, chaque traité du Talmud se nomme massekha, un mot qui désigne à l’origine un « métier à tisser ». Dans chaque langue ou presque, le texte et le textile partagent un même univers sémantique. Il s’agit toujours de raconter l’entrecroisement de fils et la façon dont toute histoire est le produit d’un tissage. Marcel Proust l’énonçait magnifiquement dans Le Temps Retrouvé, quand il affirmait vouloir bâtir son oeuvre « comme une robe ». L’écriture est toujours une forme de couture. Le judaïsme semble en posséder une expérience particulière : celle du shmattes. Cette expression yiddish, qui…