Une nouvelle fois, un cimetière juif a été profané en Alsace. Après Quatzenheim en février, ce sont 107 sépultures qui ont été profanées début décembre à Westhoffen. Ces noms viennent s’ajouter à ceux de Herrlisheim, Cronenbourg et Sarre-Union notamment. “La majorité des cimetières juifs d’Alsace a été profanée à un moment ou un autre, d’une façon ou d’une autre” expliquait le sociologue Freddy Raphaël en 2017 à France Bleu Alsace. Dans cette région où les Juifs vécurent dans presque tous les villages, on trouve un grand nombre de cimetières et de lieux de culte ruraux, le plus souvent aujourd’hui désaffectés, vestige visibles et cibles faciles.

Fin 2014, dans le numéro 158, Tenou’a mettait à l’honneur le travail de Claire Audhuy, Baptiste Cogitore et Pascal Koenig autour de ces traces du judaïsme rural alsacien. L’exposition et le livre Les Gardiens des lieux sont produits par le collectif Rodéo d’âme. Nous vous proposons de redécouvrir ici ce portfolio.


 

Sur les quelque 200 synagogues qui jalonnent l’Alsace, une quarantaine d’édifices est aujourd’hui affectée à de multiples usages. Le plus souvent simples remises de fermes ou maisons d’habitation, ces anciens lieux de culte servent aussi de casernes, de cinéma, d’ateliers d’artistes ou de salles communales. Sous la forme de portraits des lieux et de ceux qui les habitent ou qui y travaillent, les images de Baptiste Cogitore et Pascal Koenig interrogent la notion de lieu de mémoire. Elles présentent aussi des initiatives qui tentent de redonner une vie – et parfois un sens – à des lieux désertés.

 

Mommenheim

Depuis le début des années 2000, la mairie de Mommenheim (Bas-Rhin) loue l’ancienne synagogue au consistoire israélite du Bas-Rhin et l’utilise comme salle de sport. En contrepartie, la commune s’est engagée à entretenir l’ancien cimetière juif du village. Quand on y fait du sport, on tire le rideau pour masquer le vitrail de l’« oeil-de-boeuf »: une manière de rompre symboliquement avec le passé du bâtiment.

Fabienne Coraïni a commencé le jiujitsu il y a une dizaine d’années dans « La Synagogue », le nom officiel du gymnase de Mommenheim. Elle s’entraîne régulièrement avec son mari et ses enfants et se prépare à obtenir la ceinture noire. Son professeur, Hubert Nave, affirme qu’après la récente rénovation de la salle, « le lieu a perdu l’odeur de religion qui y flottait au début. On a mis un peu de temps à s’habituer au lieu pour passer de la prière au sport de combat ».

 

Westhoffen

L’ancienne synagogue de Westhoffen (Bas-Rhin) attend une nouvelle jeunesse. L’extérieur a été rénové il y a quelques années par la commune. La transformation de l’intérieur fait débat. Chaque année, la synagogue ouvre ses portes pour la journée européenne de la culture juive et les journées du patrimoine. On y donne aussi de temps à autre quelque récital. L’acoustique y est en effet excellente.

Roger Cahn est né en 1930. Il se souvient de l’exode dans le Jura après l’arrivée des nazis dans son village. Aujourd’hui, il est le dernier juif de Westhoffen et fait visiter l’ancienne synagogue aux gens de passage. Il se rend presque quotidiennement à Strasbourg pour aller prier à la Grande Synagogue du Parc des Contades.

 

Habsheim

Cédée en 1922 par la communauté juive à la commune de Habsheim (Haut-Rhin), la synagogue fut vendue à un particulier en 1926, qui la transmit à son fils en 1942. Le bâtiment servit de fenil jusqu’en 1991 : les propriétaires actuels utilisent le bâtiment comme garage et comme établi. En septembre 2012, ils en ont ouvert les portes pour la première fois au public: selon eux, avant la manifestation, neuf personnes sur dix dans le village ne connaissaient pas l’existence de cette ancienne synagogue.