À l’heure où une conception tragique du religieux, du sacré ou du divin prétend venger dans le sang ce qui lui est blasphème, à l’heure où penser le rire de Dieu – tout comme se rire de Dieu voire rire avec Dieu – semble à certains plus criminel que le meurtre, Tenou’a a demandé à des acteurs et des penseurs du religieux de répondre en quelques lignes à cette question : « Dieu a-t-Il le sens de l’humour? ».

 

ALAIN GRANAT, FONDATEUR ET DIRECTEUR DE JEWPOP

La Bible, film réalisé par John Huston en 1966, est l’un des films les plus (involontairement) hilarants qu’il m’ait été donné de voir. Nanar ahurissant doté d’un casting international (Peter O’Toole, Ava Gardner, Stephen Boyd, Richard Harris…), ce long-métrage réussit l’exploit de provoquer des crises de fou-rires devant les épisodes les plus tragiques de la Genèse. Alors oui, pour avoir pu inspirer un tel script, Dieu a forcément de l’humour. Mais il ne va pas se nicher là où on pourrait l’attendre.

 

GÉRARD HADDAD, PSYCHANALYSTE ET ÉCRIVAIN

En bon maïmonidien, je ne peux rien connaître de l’essence de Dieu. Je ne peux que percevoir Sa trace dans Sa Création. Or l’humour en fait partie comme propriété intrinsèque du langage et de l’inconscient. Donc Dieu créa l’humour. Un joli syllogisme, isn’t it ?

 

OLIVIER ABEL, PHILOSOPHE

Il y a une ironie de Dieu, trop grand pour être compris dans les cérémonies et religions humaines. Mais il y a aussi un humour de Dieu, trop petit pour être par elles reconnu. Quand Dieu, au livre de la Genèse, dit qu’ »il n’est pas bon pour l’homme d’être seul », cela signifie aussi qu’il n’est pas bon pour Dieu d’être seul : qu’Il a besoin d’une libre conversation. Or la conversation conjugale c’est aussi la dispute et, pour soutenir une bonne dispute, la faire bien tourner, il faut un peu d’humour. Sinon, c’est la solitude infinie. Nietzsche écrivait : « Les dieux sont morts, oui, ils sont morts de rire en entendant l’un d’eux dire qu’il était le seul ».

 

PHILIPPE HADDAD, RABBIN À L’ULIF-COPERNIC

Dieu a-t-Il de l’humour ? Hum! (Est-ce une question piège du bon Dieu ? Re-hum!) J’ai dû lire dans un livre de kabbale cette mitsva divine : « faites l’humour pas la guerre ». Je crois qu’il s’agit du Sefer HaBahir, Le Livre de l’éclat… de rire. Depuis je suis devenu un vrai coureur… de bons mots. Ah! ah! ah-men ; -)

 

D.ieu n’est pas le plus grand humoriste mais Il a un sacré sens de la formule ! 

ARIEL GOLDMANN, PRÉSIDENT DU FSJU, DE L’AUJF ET DE LA FONDATION DU JUDAÏSME FRANÇAIS

Je suis certain que si l’humour est héréditaire, pour être le père de l’humanité et du peuple juif, Il ne doit forcément pas en manquer ! Je me dis que la scène de Caïn et Abel démontre un certain humour dans un moment grave et c’est le contraste qui est la marque d’un humour percutant : « Où est ton frère Abel ? », demande-t-Il à Caïn alors qu’il vient de le tuer. Plus que de l’humour c’est d’esprit dont Il ne manque pas, mais on n’en attend pas moins de D.ieu… En résumé, D.ieu n’est pas le plus grand humoriste mais Il a un sacré sens de la formule !

 

MARC-ALAIN OUAKNIN, RABBIN

Il me semble que Dieu est celui qui a le plus d’humour. Pourquoi ? Parce que si Dieu existe, c’est l’homme qui L’a fabriqué, et si l’homme a de l’humour, alors Dieu en a. Les hommes qui ont de l’humour ont un Dieu qui a de l’humour. Les hommes qui n’ont pas d’humour ont un Dieu qui n’a pas d’humour. En fait, les hommes ont le Dieu qu’ils méritent.

 

ROGER CUKIERMAN, PRÉSIDENT DU CRIF

La question est surprenante. En bon juif, je demande pourquoi une telle question? Et s’il faut répondre, je dirai que quelques jours après le 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz, en pensant à nos six millions de morts dont 1,5 million d’enfants, non, je ne Lui trouve aucun humour.

 

Abraham devient juif en riant

ARMAND ABÉCASSIS, PHILOSOPHE

Bien sûr, Dieu a de l’humour puisqu’Il rit. Il rit, précisément Il éclate de joie, parce qu’Il voit ses enfants en langage religieux. Il n’aime pas les voir tragiques, c’est écrit littéralement. Lorsque quelqu’un pleure ses larmes, Il abandonne absolument tout pour s’occuper de le libérer de ses larmes. Donc oui, Dieu rit, et il faut donner au rire cette signification-là. Quand Dieu fait rire, Il est heureux de ce rire de celui auquel Il dicte la Loi. C’est pourquoi Il accepte que les juifs, les rabbins dans la Gemara par exemple, Le remettent en question, parce que cela Lui confirme que la Loi est passée. Il faut se souvenir que celui qui représente la justice s’appelle Isaac, « rire ». Lorsqu’Abraham rit, Dieu lui dit d’appeler son fils Isaac. Abraham, auparavant était tragique, c’est-à-dire païen. Il devient juif en riant.

 

ALEXIS BLUM, GRAND RABBIN

Cette question est aussi incongrue que si vous me demandiez si D.ieu ressemble au Père Noël. Quand D.ieu se révèle à Moïse (Exode 34:6-7), Il se définit lui-même par une série d’attributs dont l’humour est absent. Maïmonide a démontré de manière irréfragable que l’homme est condamné à ignorer tout du comportement, des pensées ou de l’essence de D.ieu. Il est aussi absurde de parler de l’humour ou du non-humour de D.ieu que de prendre à la lettre des expressions anthropomorphiques comme la main, la colère, la vie ou le savoir de D.ieu. Évidemment, s’il s’agit de métaphores…

 

JOËLLE BERNHEIM, PSYCHANALYSTE

D.ieu est Un et récapitule en Lui toutes les valeurs, sans limites. Puisqu’Il est Un, Complet, Parfait, peut-on imaginer que le sens de l’humour Lui fasse défaut ? Un homme qui se prendrait absolument au sérieux ne serait pas tout à fait homme. D.ieu qui se prendrait absolument au sérieux et auquel manquerait le sens de l’humour serait-Il D.ieu? Je ne le crois pas. Dans le récit biblique, les improbables déclinaisons autour de la racine hébraïque ts-h-q צ-ח-ק (« rire »), qui ponctuent la naissance et la vie d’Itshaq – Isaac, me semblent dire : oui !

 

ALAIN GOLDMANN, GRAND RABBIN

Je n’ai pas de réponse à cette question, sans doute parce que le monde actuel porte la tristesse. Toutefois, je reste personnellement un optimiste absolu. On peut penser que Dieu rit quand Israël est heureux et pleure avec lui dans les moments graves. On n’est, en revanche, pas certain que les hommes aient de l’humour quand ils pensent ou agissent mal envers leurs semblables.

 

JEAN-FRANÇOIS BENSAHEL, PRÉSIDENT DE L’ULIF-COPERNIC

L’une des obsessions du judaïsme est de ne pas faire de Dieu une idole. Pour ne pas tomber dans ce travers, le judaïsme a élaboré une stratégie à deux axes tout à fait contradictoires :
– de Dieu on ne peut rien dire, Il est inconnaissable.
– à l’inverse, la Bible et le Talmud autorisent à tout pouvoir dire à Dieu, à négocier avec Lui, à Lui exprimer notre désaccord, à Le vitupérer, à Lui donner tort… et à rire de Lui, quand ses paroles et ses promesses nous paraissent inconcevables. Ainsi firent Abraham et Sarah quand leur fut annoncée une prochaine descendance, alors qu’ils étaient déjà dans leur vieillesse. Donc ses enfants peuvent s’en prendre à Lui, rire de Lui. La bonne nouvelle est que Dieu sait aussi rire de ses enfants. Oui, le rire de Dieu est notre meilleure garantie qu’il nous veut libres, et qu’il nous aime.

 

Si Dieu se produisait sur scène, Il aurait l’attitude de Gaspard Proust

SEFWOMAN, CHRONIQUEUSE SUR JEWPOP

« Dieu a-t-Il de l’humour ? ». J’ai envie de répondre « oui, assurément ». Dieu est d’ailleurs un sacré farceur tendance humour grinçant façon Desproges. Si Dieu se produisait sur scène, Il aurait l’attitude de Gaspard Proust. Il arborerait un léger rictus en balançant des vacheries. Imaginez-Le annonçant à Avraham « Tu vas sacrifier ton fils Isaac » et attendre le dernier moment pour se raviser, « Mais non, je déconnais ; ah ben si on peut plus rigoler… ». Dieu a un sacré sens de l’humour. Mais, avec tout le respect que je Lui dois, je trouve que le peuple juif est plus drôle que lui parce que, même après les très mauvais tours qu’Il nous a joués, on rit encore et toujours.

 

OLIVIER KAUFMANN, GRAND RABBIN, PLACE DES VOSGES, PARIS

Je ne sais pas si D.ieu, être transcendant et incorporel, a de l’humour. L’humour est très certainement l’arme nécessaire aux humains en vue de leur permettre de voir le monde moins laid et douloureux qu’il n’est parfois. La Torah, ayant vocation à aider l’homme à parachever la création du monde, nous livre à cet effet, pêle-mêle, des moments de gravité, de rire, de spiritualité et d’humour. La Torah a de l’humour précisément parce qu’elle s’adresse aux êtres qui seront confrontés, au quotidien, tantôt au bonheur, tantôt à l’anxiété face aux travers humains. C’est parce que l’humour a pour fonction de ne pas nous laisser envahir par la tragédie des événements vécus que la Torah en use. La Torah a de l’humour lorsqu’elle nous présente D.ieu acceptant d’entrer dans le jeu d’Adam qui se cache après avoir consommé du fruit défendu. André Neher scrute en profondeur cette situation en la dépeignant comme la première ruse de l’histoire biblique. En hébreu, la nudité, aroum, d’Adam signifie aussi la ruse d’Adam. D.ieu relève le défi et participe à la ruse. D.ieu appelle Adam en lui adressant une question tenant en un seul mot : « Ayéka, où es-tu? » (Genèse 3:9). Question purement rhétorique ! D.ieu sait bien où se trouve Adam. La parole divine teintée ainsi d’humour pourrait s’entendre, selon Neher, de la manière suivante : « Où es-tu, prunelle de mes yeux, créature chérie…? Par quelle impardonnable étourderie ai- Je pu détacher de toi mon regard? ». D.ieu inviterait-il l’homme à « jouer avec lui pour voir combien de fois D.ieu passera et repassera encore tout à côté de lui sans le découvrir »? Certes, les maîtres du Talmud voient cet appel divin comme une invitation pour l’Homme à prendre conscience de sa situation. « Où en es-tu? Comment en es-tu arrivé là ? Comment as-tu pu aller aussi loin? ». À tout homme, D.ieu adresse cette question permanente. Exprimée sur le ton de l’humour, cette interrogation devient supportable. La Torah nous autorise à rire sur notre réalité pour nous inciter à dédramatiser nos égarements. En somme, la Torah nous encourage à demeurer d’ »éternels joueurs » avec une âme d’enfant, pour ne jamais cesser d’espérer en la reconstruction de notre être. L’humour, et en particulier dans son interpellation du divin, est une manière affectueuse de se rapprocher de D.ieu comme l’a si souvent fait le Rabbi de Berditchev.

 

TOM COHEN, RABBIN DE KEHILAT GESHER, PARIS

« Celui dont le trône est aux Cieux est assis en riant. » (Psaume 2:4) Dans le Talmud (Avoda Zara 3b), les rabbins sont allés plus loin en disant que Dieu passe une partie de chaque journée à jouer avec le Léviathan »… quel que soit le sens de cette phrase ! Pourtant ce qu’ils disent fondamentalement est que, même au sein de l’action sérieuse de la Création et de la vie, l’Imitatio Dei nous enseigne qu’afin d’adopter davantage « une personnalité divine », on ne doit pas prendre chaque chose trop au sérieux. Néanmoins, le but d’un sens de l’humour religieusement désirable est de souligner l’appréciation et la compréhension de ce qui est éternel et significatif, et pas seulement un moyen qui assaille et humilie la dignité humaine. On dit que le vrai test pour une religion est de savoir si on peut en rire. J’ajouterai à cette idée de base que Dieu dessine intentionnellement la vie avec humour. Ma théologie personnelle est que Dieu est un blagueur invétéré ; après tout, ne nous est-il pas raconté que nous sommes créés à l’image de Dieu?

 

MARC KONCZATY, PRÉSIDENT DU MOUVEMENT JUIF LIBÉRAL DE FRANCE

L’humour ne fait pas partie des attributs classiques de Dieu. Cependant, pour moi il est lié à son retrait. Lors de la Création, Dieu s’est retiré du Monde et a laissé une créature à son image, qui contient une étincelle divine et à qui Il a donné le libre arbitre. C’est dans cette volonté de laisser à l’homme le soin de son destin que se manifeste l’humour de Dieu. Il a voulu que nous nous prenions en charge et que nous ayons la capacité de nous servir des épisodes les plus noirs de nos existences comme de tremplins pour faire avancer l’humanité. Mais heureusement, ce sens de l’humour a ses limites. Dieu nous a donné une Torah qu’Hillel a résumée par « Ne fais pas à ton prochain ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse ». Il nous permet d’orienter nos actions, de considérer que toutes les âmes ont la même unité. Cela nous permet de créer un lien avec celui qui est le créateur de cette unité et de dépasser ainsi son sens de l’humour.

 

PAULE-HENRIETTE LÉVY, DIRECTRICE D’ANTENNE DE RCJ ET DU DÉPARTEMENT CULTUREL DU FSJU

C’était en 1989. Je devais faire pour l’Arche un portrait du mime Marceau, de passage à Paris entre deux tournées. Décrocher ce rendez-vous avec Bip tint déjà du miracle tant il était sollicité… Jour dit, heure dite, le mime le plus célèbre au monde me reçoit dans ses bureaux. La salle où nous sommes est sombre, recouverte d’épais tissus muraux et garnie sur un côté de larges tentures rouges. Impressionnée, je pose mon magnétophone sur une table basse entre nous. Je questionne, il répond et lui, habituellement peu disert, parle, parle sans s’arrêter, donne des dates, des lieux, mille précisions inédites. Je me vois encore surveiller le Vumètre de l’appareil dont les modulations sont parfaites. Je repars aux anges… Mais en rentrant, au moment de réécouter : douche froide. La bande-son du mime est muette. Rien. Nothing. Nada. Immense instant de solitude. Confuse, je le rappelle, je bafouille des excuses… D’une voix très douce, Marcel Marceau me dit : « Ce n’est pas la première fois qu’Il me fait le coup. Il a beaucoup d’humour… »

 

« Si D.ieu existe, j’espère qu’Il a une bonne excuse… » (Woody Allen) 

GÉRARD RABINOVITCH, PHILOSOPHE

Il se dit dans le traité Avoda Zara que « D.ieu ne rit pas de ses créatures », qu’ »Il rit avec elles » ! Peut-être !… Mais, à notre tour, rions avec lui : « Si D.ieu existe, j’espère qu’Il a une bonne excuse… » (Woody Allen). En tout cas, s’il est consigné dans le Talmud de Jérusalem qu’ »un homme aura à rendre compte, le jour du Jugement, de chaque bonne chose dont il aurait pu profiter et qu’il a négligée », c’est qu’Il ne nous tiendra pas rigueur de bricoler nos vies ; en nous esclaffant des déficits de Sa Providence…

 

PATRICK CHASQUES, DIRECTEUR DE LA FONDATION DU JUDAÏSME FRANÇAIS ET DU FSJU

Je ne vois nulle trace d’un quelconque humour, ou m’échappe-t- il comme cela avait été sans doute le cas pour ceux que l’on conduisait vers les chambres à gaz. En revanche, je n’exclus pas la possibilité qu’Il ait donné l’humour aux hommes comme antidote au désespoir. Pour cela, qu’Il soit béni.

 

FRÉDÉRIC ENCEL, GÉOPOLITOLOGUE

Sans les hommes pour l’admettre comme tel, Dieu n’est Dieu que pour Lui-même. Autrement dit, Il ne l’est pas. Or, dans sa soif de reconnaissance, force est de Lui reconnaître un certain humour, le plus subtil, l’autodérision. D’abord parce que polythéistes, animistes et autres athées ne Le reconnaissent pas, ensuite car nombreux sont les fanatiques dénués… d’humour dont Il souhaiterait qu’ils ne L’aimassent point ! Depuis Charlie, on sait en effet qu’il est « dur d’être aimé par des cons ». Parfois, Son humour est tout de même sacrément noir, ou alors très second degré. Par exemple avec la Shoah, « à peine si je pouffe » (dixit Desproges), et devant le comique de répétition des enfants qui souffrent, je ne m’esclaffe guère. Mais peut-être suis-je un triste pisse-froid.

 

FARID ABDELKRIM, HUMORISTE, SOCIOLOGUE

L’humour ne se trouve certes pas aux nombres des çifât, des attributs divins. Pourtant il en est un par exemple qui nous informe que Dieu est al-muçawwir « Celui qui façonne ses créatures ». Il s’avère de plus qu’un hadîth, une tradition prophétique nous informe que Dieu a créé l’homme à son image. Alors puisque les hommes – pas tous certes – ont et font de l’humour, j’en conclus qu’Allah a de l’humour. Je conclus ainsi d’autant plus volontiers que dans un autre hadîth, Dieu dit : Anâ ‘inda dhanni ‘abdî bî falyadhunna bî ma shâ-a – « Je suis à l’image que Mon serviteur se fait de Moi, qu’il se fasse donc l’idée de Moi qu’il souhaite ». Or dans l’image que je me fais de Lui, je souhaite évidemment qu’Il ait de l’humour… je suis humoriste.

 

FRANÇOIS GARAÏ, RABBIN DE LA COMMUNAUTÉ ISRAÉLITE LIBÉRALE DE GENÈVE

Nous avons demandé au prophète Élie : « Que fait Dieu maintenant? » Il nous a répondu: « Depuis que des caricaturistes sont arrivés au paradis, Il attend avec impatience le nouveau numéro de Paradis Hebdo! »

 

© Tal Kulikovsky pour l’image en tête de cette page
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