Pour Hanoukka cette année, l’équipe de Tenou’a a voulu vous faire de petits cadeaux. Chaque jour, avant chaque allumage de bougie, nous vous offrons des articles parus dans des numéros de Tenou’a anciens depuis dix ans, des articles qui, nous l’espérons, seront pour vous de petites lumières.
Retrouvez le cadeau de la première bougie

Deuxième bougie

Avec Douze lectures d’un verset de la Genèse, des penseurs d’aujourd’hui se penchent sur la question écologique et la font briller par leurs interprétations.

UN VERSET DOUZE LECTURES

ויקח יי אלהים, את-האדם; וינחהו בגן-עדן, לעבדה ולשמרה
L’Éternel-Dieu prit donc l’homme et l’établit dans le jardin d’éden pour qu’il le travaille et le soigne. (Genèse 2:15)

Rabbin Michaël Azoulay / Michaël Bar Zvi / Rabbin Pauline Bebe / Rabbin Elliot Dorf / Rabbin François Garaï / Rabbin Philippe Haddad / Rabbin Haïm Korsia / Rabbin Rivon Krigier / Rabbin Amichai Lau-Lavie / Corinne Lepage / Jean-François Strouf / Rabbin Arthur Waskow
Paru en septembre 2015 dans le numéro 161 de Tenou’a: Plaidoyer biblique pour un développement durable

© Lion Lichter

L’effet papillon
Pauline Bebe,
Rabbin, CJL

Lorsqu’Adam et Ève ont eu les yeux dessillés, ils se sont mis à se regarder et pas seulement à se voir. Leurs regards attirés par leur différence ont tracé le contour de leurs corps. Mais soudain un papillon s’est posé sur l’épaule d’Ève et sitôt envolé vers un ailleurs prometteur, Ève l’a suivi des yeux. Elle a vu les arbres se ployer sous la caresse de la brise, elle a vu les flamants roses courir sur l’eau comme un essaim de points d’interrogation, elle a perçu la lumière découpant de la dentelle fragile entre les feuilles aux milles dégradés de vert. Puis son regard émerveillé s’est posé sur une fleur bleu couleur de mer, Adam à dit : « Je vais la cueillir comme preuve de mon amour ». Mais un ange de Dieu l’en a empêché en soufflant ces mots : « L’Éternel a placé l’être humain dans le jardin de la délicatesse pour en prendre soin et le conserver ».


L’exacte définition du développement durable
Haïm Korsia,
Grand Rabbin de France, Membre de l’Institut

Le verset 15 du chapitre 2 de la Genèse retrouve une popularité inédite depuis que le pape François, dans sa dernière encyclique, l’a enfin interprété comme le judaïsme le fait depuis 3500 ans. En effet, tournant le dos à la traduction erronée d’« asservir » et de « garder », comme si l’homme ne devait être qu’un utilisateur, un profiteur de la terre, et son simple gardien, le pape retrouve la traduction de l’hébreu: « pour le travailler et pour le conserver ». C’est en fait l’exacte définition du développement durable, concept présenté en 1987 par la Norvégienne Gro Harlem Brundtland car le « et » du verset biblique n’est pas une façon de dire « ou l’un ou l’autre », mais bien « et l’un et l’autre », c’est-à-dire que nous devons travailler la terre juste ce qu’il faut pour assurer sa pérennisation, son renouvellement qui la conservera pour les générations futures. Ainsi, il est évident que la Torah n’envisage pas que nous puissions éliminer des espèces animales – et il suffit de constater les efforts de Noé pour sauver toute la faune – ni l’écosystème qui est le nôtre, tout simplement parce que c’est un don de Dieu. il y a d’ailleurs un verset superbe qui le dit pratiquement aussi clairement. Lorsque Noé sort enfin de l’arche, il construit un autel pour faire des sacrifices à l’Éternel qui s’en trouve apaisé. il dit : « Désormais, tous les jours de la terre, semailles et récoltes, et froidure et chaleur, et été et hiver, et jour et nuit, ne cesseront pas » (Genèse 8:22). Certes, Dieu s’engage à pérenniser le cycle de la nature, mais nous savons que nous devons imiter notre Créateur, car nous sommes « à son image », ce qui implique notre obligation de faire en sorte, aujourd’hui, de maîtriser le réchauffement climatique qui détraque « froidure et chaleur, été et hiver »… Car si Dieu nous a délégué la gestion de la terre, c’est de Lui que nous espérons puiser notre possibilité d’être à la hauteur de notre mission, comme jamais dans l’histoire de l’humanité.


Pénétrer à nouveau dans le jardin du monde
François Garaï,
Rabbin, GIL, Genève

Aujourd’hui, l’humain est-il toujours dans un jardin? Ce que la nature nous offre est le plus souvent présenté sur des étals ou dans des barquettes scellées. La nature est conditionnée et « dénaturée ». Qui a vu une vache vêler, qui a marqué un moment d’arrêt pour contempler le flamboiement d’un coucher de soleil, qui a attendu pour goûter des fruits de saison en leur temps…? Avant de pouvoir accomplir la deuxième partie du verset : la travailler et la préserver, il faut pénétrer à nouveau dans le jardin du monde dont la cité tend à nous exclure, puis se rappeler que « Dieu dit à l’humain: « Considère le monde que Je t’ai donné et toute sa beauté, soigne-le et ne le défigure pas. Prends-en soin car sinon personne ne le fera à ta place ». » (Ecclésiaste Rabbah 9)


L’abondance et le repos
Arthur Waskow,
Rabbin, Shalom Center, Philadelphie

L’histoire débute avec YyyyHhhhWwww-Hhhh – Yahhh, cette interrespiration de toute vie – qui donne naissance à l’adam depuis l’adama, le Terrien humain né de la Terre-mère, un souffle de vie insufflé au nouveau- né. Puis YyyyHhhhWwwwHhhh – le Dieu qui insuffle toute vie – prit le Terrien humain, et plaça le Terrien dans le Jardin de délice afin qu’il le laboure et le soigne. Yahhh, parlant de paroles de Vérité, expliqua : « Voici une pleine abondance. Manges-en avec joie. Mais mange avec retenue : cet arbre à part des autres, ne mange rien de lui ». Les humains faillirent à se retenir, engloutirent même ce dont ils auraient dû s’abstenir – et l’abondance disparut. Parlant de paroles de Vérité, Yahhh dit qu’il leur faudrait travailler dans les larmes et la sueur chaque jour de leur vie, puisque la Terre ne donnerait plus désormais que des buissons épineux et des chardons. Cette histoire est une parabole – l’histoire archétypique de l’adam et de l’adama. C’est l’histoire du péché originel (et toujours répété). C’est devenu, par exemple, l’histoire du Golfe du Mexique en 2010, lorsque BP a abandonné toute retenue en pénétrant l’océan pour trouver plus de pétrole. Résultat : onze de leurs employés tués, le Golfe empoisonné, la vie sauvage à l’agonie, des vies humaines brisées. La Torah offre une autre parabole pour inciter les hommes à se libérer de cette tendance à dépasser les limites : l’histoire de la manne – l’abondance restaurée – et le shabbat – le repos restauré. Comment pouvons-nous faire de cette parabole du miracle de l’abondance un processus concret ? En respectant la shemittah, l’année sabbatique, au cours de laquelle la Terre est laissée au repos. Ensuite, la Terre est libre de renouer avec l’abondance.


De l’effort dans la culture comme dans la garde
Corinne Lepage,
Avocate et femme politique

Ce verset composé de deux parties, débute par la référence au jardin d’Éden, donc au paradis, dont les commentateurs les plus avisés soulignent qu’il ne s’agit pas seulement d’une allégorie mais bien de la référence à un monde idéal promis aux justes. Autrement dit, le jardin d’Éden est à prendre au sens propre et physique d’un jardin et au sens figuré puisque poussent l’arbre de la vie et celui de la connaissance. « L’Éternel-Dieu prit l’homme et l’établit » est commenté comme un acte paternel ouvrant la voie de la liberté de l’homme, mais avec des devoirs, ceux de cultiver et de garder, la garde impliquant une référence à la préservation, au soin, au long terme. Cultiver est à relier au verset suivant qui autorise l’homme à se nourrir de tous les fruits… sauf ceux de l’arbre de la connaissance. Mais qu’il s’agisse de cultiver ou de garder le jardin, il s’agit du domaine moral et spirituel comme du domaine physique. Autrement dit, l’effort dans la culture comme dans la garde est un préalable à l’accès aux fruits du jardin d’Éden, au sens spirituel comme au sens premier. Et c’est le fondement même de la double responsabilité de l’humanité de garder – avec en arrière-pensée l’obligation de rendre compte de cette surveillance et de cette vigilance – et de cultiver les valeurs comme le support physique que constitue le jardin d’Éden. il n’y a donc place ni pour l’appropriation, ni a fortiori pour la destruction, des uns comme de l’autre.


Lishmor, « Protéger » mais aussi « espérer »
Michaël Azoulay,
Rabbin, Neuilly-sur-Seine

Face à ce qui est devenu un sentiment d’urgence de devoir agir pour la sauvegarde de notre planète, si l’on postule que « le jardin d’Éden » et « l’homme » sont des métaphores de la Terre et de l’humanité qu’elle porte, ce verset me semble induire deux idées-forces : – La Bible plaçant l’Homme dès le début en présence et en relation avec la nature, l’évolution inexorable d’une humanité vers une urbanité dominante a profondément et durablement affaibli sa sensibilité à la préservation de l’écosystème. Les peuples amérindiens ou africains, par exemple, peuvent nous aider à réinvestir ce lien perdu avec Mère Nature. – L’humanité a trop longtemps « cultivé », ou plutôt surexploité son environnement, rempli et soumis la terre (Genèse 1:28), au détriment de sa protection. Le temps est venu de changer de paradigme. Aux responsables religieux d’apporter leur contribution en évoquant plus souvent dans leurs interventions auprès de leurs fidèles, l’urgence vitale du développement durable. Dans la Bible, lishmor signifie aussi « espérer » (cf. Genèse 37:11, où Jacob « attend » la réalisation des rêves prophétiques de son fils Joseph). Nous devons agir aujourd’hui pour un futur que nous ne verrons peut-être pas, comme ce vieillard plantant des arbres qui donneront des fruits qu’il ne goûtera pas, évoqué par le Talmud.


Écolo ma non troppo
Michaël Bar Zvi, Philosophe

Ce verset de la Genèse est-il le fondement d’une écologie juive ? il questionne la relation de l’homme à la nature, et en même temps nous montre que celle-ci n’a pas le sens que lui donne la philosophie occidentale d’origine grecque. En hébreu, la nature est désignée par le terme teva, qui signifie planter. Autrement dit, dans le judaïsme, il n’y a pas de nature avant l’action de l’homme, comme un objet qui serait là avec ses propres règles de fonctionnement, ses cycles et ses forces telluriques. Le verset évoque deux mitsvot de caractère différent. La première qui consiste à cultiver la terre, avec le terme avoda, le travail dans son sens noble, comme dans le culte de Dieu (avodat Hashem), et d’ailleurs le texte ne dit pas amal, qui signifie travail dans son expression de labeur. La seconde mitsva évoque la nécessité de conserver, c’est-à-dire de ne pas gaspiller les bienfaits de la terre. Comment interpréter l’accouplement de ces deux injonctions, qui renvoie à d’autres versets, dans lesquels la même dualité entre le bien et le mal existe ? L’homme est capable de développer la terre, mais aussi d’en épuiser les ressources. Interprétation écologique intéressante de ce verset, mais somme toute réductrice, car l’idée centrale est la présence d’Adam, l’homme, qui n’est pas désigné ici comme ish ou isha, mais bien comme un humain, établi au Gan Eden par Dieu. Les philologues et les étymologistes s’interrogent sur l’origine du nom adam pour savoir s’il vient de adama, la terre, ou bien de adom, rouge par référence à dam, le sang. Dans les deux cas, il s’agit de comprendre que adam est au coeur du problème et non la terre, le sol ou la nature. Ce verset nous met en garde contre les risques d’une idolâtrie de la terre sous toutes ses formes, celle des écolos fondamentalistes et celle des fanatiques des guerres saintes.


Travailler avec et pour la Terre
Elliot Dorff, Rabbin, American Jewish University, Los Angeles

Dans la Genèse 1:28, Dieu bénit les deux premiers êtres humains en leur disant : « Croissez et multipliez ! Remplissez la terre et soumettez-la ! Commandez aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, à tous les animaux qui se meuvent sur la terre ! ». Cela semble nous donner tout pouvoir et toute liberté sur la terre pour en faire ce que bon nous semble, et il semble bien facile pour nous de diriger le monde. Puis dans le chapitre suivant, en Genèse 2:15, on entend que les deux premiers humains doivent « travailler [la terre] et la préserver ». Soudainement, notre relation à la terre n’est plus si libre ni si facile : nous devons la travailler pour obtenir ce dont nous avons besoin, et nous devons, dans ce travail, prendre des mesures pour la préserver. C’est bien cette dernière relation à la terre qui caractérise notre époque, où nous sommes pleinement conscients que nous devons travailler avec et pour la terre afin de pouvoir exister.


Compléter l’oeuvre créatrice de Dieu
Jean-François Strouf,
Président de “JudaïQual – Réparons le Monde”, www.judaiqual.org

Avant de commenter ce verset, il nous faut préciser d’où nous parlons, parce que cela influence fortement notre vision de ce texte. Nous sommes des « éco-juifs », non pas des juifs écologistes, mais des juifs engagés pour l’environnement.
À bien des égards, l’engagement pour l’environnement ressemble à celui que nous avons pour le judaïsme, en cela qu’il n’est pas une posture idéologique, mais se manifeste au quotidien dans notre mode de vie. Au respect du shabbat, des fêtes juives, de la kashrout, nous avons ajouté des règles concernant notre mode de transport, d’alimentation et de consommation.

À chaque génération, il nous est possible de revisiter les textes fondamentaux du judaïsme, à la lumière des évolutions du monde et en référence aux préoccupations de cette génération.
Ainsi donc dès le commencement, l’Homme se voit assigner deux missions quant au lieu dans lequel il est placé. Si l’on conçoit le jardin d’Éden comme l’espace idéal, le lieu modèle, on peut extrapoler en affirmant que l’Homme a été créé sur terre pour ces deux missions complémentaires :

1/ Cultiver la terre : ici l’extrapolation de la vie terrestre après l’expulsion du jardin d’Éden est patente, puisque même au jardin d’Éden, l’Homme n’est pas un simple cueilleur. Il est ici le « coproducteur » partenaire du Créateur. Dieu est le créateur ex nihilo (boré) de la terre, mais le rôle de l’homme consiste à compléter son oeuvre en transformant ce qui a été créé ex nihilo. On imagine déjà le rôle d’homme social, puisqu’exercer une action sur la terre s’inscrit dans un processus lent, à l’inverse des prédateurs. Comment se construira une société où l’on définira qui cultive quel lopin de terre, comment s’organise la répartition, par le partage ou par la force ?
Il est remarquable que cette mission se retrouve tout au long du calendrier juif qui se répartit entre temps mémoriels – comme Pessah, sortie d’Égypte – et temps agricoles – Shavouot, fête du Don de la Torah, mais qui est aussi celle des Moissons et des Prémices ou encore le Nouvel An des Arbres, l’année sabbatique de la shemittah, etc.

2/ Garder la terre : l’Homme est un éco-citoyen en charge de préserver la planète. Certes cette lecture environnementaliste n’en révèle toute la pertinence qu’à l’époque d’une prise de conscience planétaire de la menace que l’activité de l’homme fait peser sur son propre avenir. Dieu a créé une infinité d’espèces animales et végétales et, chaque jour, un nombre inquiétant d’espèces disparaît. Cela devrait induire des pratiques quotidiennes qui vont dans le sens de cette injonction à la responsabilité.

L’application du « principe de précaution » qui prévaut dans la manière d’appréhender le dérèglement climatique et la préconisation d’un développement durable ne peuvent qu’avoir une résonance forte chez des fidèles sensibles à la notion de pikouah néfesh (anticipation d’un danger mortel). Nous ne démentirions pas les Indiens d’Amérique du Nord qui prennent leurs décisions en vertu de leur impact jusqu’à la septième génération.


Le parfum de la terre
Amichai Lau-Lavie,
Rabbin, fondateur de Storahtelling, New York

Shabbat, c’est un bout de Paradis, une ambassade de l’Éden, juste là, chez vous. Nous ne sommes plus dans le faire mais dans l’être, nous (nous) débranchons, nous retenons de travailler, nous habillons comme des princes, nous célébrons, nous nous reposons. La table est dressée et parée des plus belles fleurs fraîches. Ça, c’était toujours de mon ressort. Enfant, en Israël, je sortais le vendredi après-midi, arpenter les champs et les jardins à la recherche de fleurs pour décorer la table de shabbat. Ces heures précieuses, avant le coucher du soleil, à cueillir des fleurs, seul dans les champs, pour la « reine du temps » m’ont appris à aimer la terre, à connaître la nature, à être reconnaissant face à l’abondance, à inhaler profondément le parfum de la terre, le pain de shabbat en train de cuire, à me sentir uni à la Création, humblement inclus dans le vaste projet, une fleur de plus dans le grand bouquet sacré que l’on appelle la vie.


Passer de consommateur à bâtisseur
Rivon Krigier,
Rabbin, Adath Shalom, Paris

Ce verset appelle d’abord un éclaircissement grammatical. Le suffixe des mots hébreux leôvda et leshomera indiquent un transitif féminin: « pour la travailler et la garder ». L’interprétation la plus évidente – celle que donne Rashi – est qu’il s’agit de la terre (adama) dont il est question au verset 5, et non du jardin. Sur le fond, on s’étonne que l’homme placé par Dieu dans un jardin à la végétation luxuriante (v. 9), arrosé par un fleuve à quatre bras (v. 10), ait besoin d’en travailler la terre et de la préserver. La suite du récit montre que la pénibilité du travail de la terre n’apparaît qu’en raison de son altération, suite à la malédiction encourue par Adam pour avoir consommé le fruit défendu. C’est donc que, pour la Bible, le travail n’est pas associé à la racine au péché (il n’est pas une pénitence), ni même à un besoin de survie, mais à une hygiène de vie qui prend tout son sens, même dans l’abondance. Travailler et préserver (la terre pour commencer), est ce qui fait passer l’homme du niveau de consommateur à celui de bâtisseur. Entre adam et adama, il est une communauté de nature et de destin. En « cultivant » la terre, l’homme cultive le terreau qui est en lui. C’est en faisant que l’homme se fait, qu’il grandit et pousse lui-même tel un arbre : « Le juste fleurira comme le palmier, il prospérera comme le cèdre du Liban. Ceux qui auront pris racine dans la Maison de l’Éternel fleuriront dans les parvis de notre Dieu. Jusque dans leur vieillesse, ils porteront leurs fruits, ils seront encore emplis de sève et de fraîcheur » (Psaume 92). La Torah est considérée elle-même comme un « arbre de vie » (Proverbes 3:18), à cultiver et préserver pour s’édifier et se relier au divin. Un magnifique midrash développe cette idée : « Vous observerez Mes commandements et vous les (otam: אתם ) accomplirez (Lv 26,3) » – Rabbi Hama bar Hanina interprète ce verset ainsi : Si vous observez [les commandements de] la Torah, Je ferais comme si c’était vous qui les (otam) accomplissiez. [Et quelles seront les choses accomplies ?] Rabbi Akiva interprète ce verset ainsi : Si vous observez la Torah, J’ordonnerai à la terre de multiplier sa production, ainsi qu’il est dit « la terre livrera son produit » (Lv 26:4) ou Je bénirai l’arbre des champs et l’arbre fruitier pour qu’ils offrent davantage de nourriture, ainsi qu’il est dit « l’arbre des champs donnera son fruit » (ibid.). Rabbi Hanina bar Papa interprète pour sa part ainsi : si vous observez la Torah, Je ferai comme si vous vous (atem: אתם ) accomplissiez ! (LvR 35:7).


Redevenir les jardiniers du monde
Philippe Haddad,
Rabbin, ULIF, Paris

« Et YHWH Elohim prit l’Adam et le plaça dans le jardin pour le travailler et pour le protéger. »
Adam n’a pas été créé du jardin d’Éden. il y est placé après sa naissance. Le jardin d’Éden devient sa terre promise. Comme plus tard dans le rapport entre le peuple d’israël et la terre d’israël, la relation sera ici contractuelle. Respecter les deux impératifs : travailler, agir donc (équivalent des commandements positifs), protéger, se retenir donc (équivalent des commandements négatifs). Ce que Dieu a créé pour l’homme ne porte pas le sceau de la durabilité divine, l’homme doit maintenir le monde en l’état, du mieux possible. Pas de miracle à attendre. Comme notre capital santé, le lieu de la vie doit être géré pour un échange entre l’homme et son environnement.
La conquête mentionnée au premier chapitre de la Genèse (verset 28) ne peut s’entendre, comme l’affirment certains détracteurs ou lecteurs rapides de la Bible, au sens d’une domination aveugle. Dieu aurait-il demandé à l’homme de scier la branche où il est assis ? Si Adam (Homme) vient d’Adama (Humus), devrait-il nier la mère qui lui a donné vie ? Dans notre temps contemporain, « Honore ton père et ta mère » pourrait aussi s’entendre : « Honore la transcendance qui donne vie à chaque créature et honore la terre qui t’a vu naître ».
Redevenir des jardiniers pour pacifier nos moeurs agressives !

Les textes d’Elliot Dorf, Amichai Lau-Lavie et Arthur Waskow ont été traduits de l’anglais par Antoine Strobel-Dahan
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