Yentl is back – Épisode 12 – Un feuilleton littéraire de Sonia Sarah Lipsyc

Yentl et les mathématiques célestes [1]?

Quand est née Yentl ?

  • Yentl quelle est ta date de naissance ?

Quelle étrange question de mon porte-plume ! N’avait-on pas  déjà eu cette conversation lors d’une précédente rencontre ?! Ou devrai-je dire épisode puisque mon porte-plume vous relate tous nos échanges, ou presque, et vous les propose sous forme d’un feuilleton. C’est curieux d’ailleurs de se retrouver d’une séquence à l’autre moi qui n’étais habituée à n’exister que dans une nouvelle. Eponyme toutefois. Changement de casting que j’ai bien souhaité en m’échappant de mon texte… Et là, au moment où je vous parle – et à mon porte-plume aussi, sinon comment seriez vous au parfum de ma jasette ? … Elle, feuillette son manuscrit, en fait le nôtre, pour retrouver trace de cette interrogation. Ma date de naissance… Elle feuillette, elle feuillette…

Et que fallait-il considérer dans mon cas ? L’âge de ma conception ? Mais comment détecter à quel moment une idée tel un moustique pique l’esprit d’un créateur ?

  • Moi c’est souvent dans mon bain que les idées me viennent ou le shabbat lorsque drapée d’une âme supplémentaire, peut-être la mienne toute à son aise ce jour là, je me sens à la fois ancrée et flottée au cœur des mondes.

Bien en verve, mon porte-plume …

  • Ou tout simplement lorsque je butine sur ma page Word avec le temps en guise de muse.

Et mon porte-plume retourna à son clavier comme une musicienne inspirée prête à interpréter notre histoire en touchant du bout des doigts les touches noires et blanches de son ordinateur.

Est-ce mon entrée dans le texte de Singer qui déterminerait ma naissance ? La première fois que les cinq lettres, désignant mon nom Y E N T L, apparurent sous la plume de mon créateur ? A moins que ce ne soit la date de signature du contrat ? Une naissance c’est toute une gestation entre les premières lignes d’un texte et sa publication ! L’impression du livre, peut-être ? La sortie en librairie ? Ce moment où le premier acheteur, mais je serais tentée de dire lectrice car Singer avait aussi beaucoup d’admiratrices, a posé le regard sur les lignes qui m’annonçaient et déployaient mon histoire ? Bon, de mémoire, je fus publiée d’abord en yiddish en 1962 et traduit par Singer lui-même en anglais en 1963 avant de l’être en d’autres langues. J’aurais donc plusieurs naissances…

Mais mon porte-plume ne l’entendait pas de cette oreille.

  • Mais non Yentl, ce ne sont ni la date de signature du contrat ni celle de l’impression ou de la publication qui comptent sinon tous les personnages de la nouvelle seraient du même signe astrologique !!! me rétorqua mon porte-plume. Toi, ton père Reb Todros qui t’enseigna en secret le Talmud en prenant bien soin « de verrouiller la porte et de tirer les rideaux » de votre maison de Yanev, les voisines et les marieurs qui voulurent dare-dare mener l’orpheline que tu étais devenue sous le dais nuptial, Avigdor qui, après avoir remis en place le garçon qui venait de te pincer le nez, en le menaçant de lui tirer ses papillotes dans cette auberge de Zamosc, te proposa de venir avec lui à la yechiva, l’école talmudique, de Banev toi qu’il prenait alors comme tout le monde pour un jeune homme et devint ton compagnon d’étude, ta logeuse, « une veuve à moitié aveugle », la boulangère à qui tu achetais chaque matin des galettes de sarrasin, le rabbin de la yechiva, – quel est son nom au fait, il n’est jamais mentionné ?!- et tous les autres étudiants, ta femme Hadass qui ne s’aperçut jamais du subterfuge… Vraiment ? Du fait que travestie en homme tu n’en restais pas moins femme, ton beau- père Alter Vishkover, ta belle-mère Freyda Léah…T’imagine, trop de monde pour un seul et même signe du zodiaque !!!

Du même signe ?! Zodiaque… Qu’entendait mon porte-plume ? S’aventurait-elle maintenant à l’astrologie des personnages ?!!!!

De l’astrologie et du Talmud

Ne savait-elle pas que… Autant le lui dire…

  • « Ein mazal leIsraël»!  Le sort d’Israël, de son peuple n’est pas régi par les astres…Le Talmud est sans ambiguïté à ce sujet.
  • Ah non tout le monde n’est pas du tout d’accord avec ça, Yentl, y compris dans le Talmud !!! Tu viens de citer l’avis de Rabbi Yohanan, très bien mais ce n’est point celui de Rabbi Hanina qui, lui, au contraire, affirme : « Yech mazal leIsraël» … C’est-à-dire « qu’il y a une étoile pour Israël ». Oui, La position des planètes lors de la naissance influent non seulement sur le caractère, mais aussi sur l’intelligence et la richesse. Juif ou pas Juif, les planètes sont les mêmes pour tout le monde ! En tout cas, jusqu’à preuve du contraire.

Allait-on mon porte-plume et moi, continuer l’étude du Talmud pour deviser sur l’astrologie ?!

  • Traité Shabbat page 156a du Talmud de Babylone me rétorqua placidement mon porte-plume.

Et elle se leva et se saisit d’un ouvrage…une édition minuscule de poche du Talmud qu’elle ouvrit et lu à l’aide d’une loupe. Mais comment mon porte-plume arrivait à déchiffrer ces lettres toutes petites et sans ponctuation ? Même pas de l’hébreu mais de l’araméen ! Où avait-elle appris ? S’était-elle, elle aussi, déguisée en homme afin de pouvoir accéder à cette richesse d’Israël, « car c’est là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des nations » dit la Torah.

  • Selon Rabbi Yehouchoua ben Levi, entama mon porte-plume, c’est le jour de la semaine de la naissance, conformément à ce qui s’est passé ce jour-là lors de la création des sept premiers jours, qui influerait sur le caractère de la personne. Un être né le quatrième jour de la semaine sera plus enclin à la sagesse car Dieu créa ce jour-là les luminaires de l’univers.
  • C’est en tout cas ce qu’il a écrit dans l’un de ses carnets que l’on a retrouvé et que cite cette page de Talmud me murmura

Les carnets de Rabbi Yehouchoua ben Levi… Je m’étais toujours promis d’aller les regarder de près, ils m’intriguaient. Rabbi Yehouchoua avait-il été le seul maitre de Talmud à tenir des notes de son enseignement et à les consigner sur du parchemin, du papyrus ou des feuilles d’oliviers? Mais sur quoi écrivait-on d’ailleurs à l’époque ? …AVIGDOR ?!!! Attendez, est-ce que je rêve imaginant une fois encore le dialogue que j’aurais eu avec lui si nous avions étudié ensemble le Talmud comme nous avions l’habitude de le faire quotidiennement à la yeshiva? S’était-il lui aussi échappé de son texte ?!!! N’avait-il pas tenté récemment une incursion ? Il me semble même que mon porte-plume avait entendu sa voix lorsque nous étions dans ma cabane, entre ciel et terre.

  • Mais comme tu peux le présumer Yentl, poursuivit mon porte-plume, tout le monde est loin d’être d’accord avec lui. D’après Rabbi Hanina, « ce n’est pas le signe du jour qui influence la nature d’un être »…
  • « Ela mazal sha’a gorem», précisa Avigdor.
  • « Mais c’est le signe qui préside à l’heure de sa naissance », continua mon porte-plume.

Se doutait-elle qu’elle me traduisait ce que venait de dire Avigdor ? L’entendait-elle ? Sa virée avec moi dans la cabane des Marx Brothers, entre les deux mondes, lui avait-elle donné définitivement ce don,  ici, sur notre croûte terrestre ? Elle se gardait bien pour le moment de répondre à mes incertitudes que je réservais pour l’instant jalousement pour moi.

  • Ainsi comme le dit encore Rabbi Hanina souligna mon porte-plume : « celui qui est né pendant l’heure de Mars, sera un homme qui verse le sang ». Soit un médecin, un abatteur rituel, un péritomiste.

J’avais beau avoir appris le français en un temps record, il y a quand même certains termes qui m’échappent encore. Pas vous ?

  • Péritomiste me renseigna mon porte-plume qui remarqua mon air un peu perplexe, c’est un circonciseur. Mais qui connait ce terme? Péritomiste. Pour un bout de prépuce retroussé c’est un peu pompeux, non ? Circonciseur, pas mieux, il ne figure même pas dans le dictionnaire. Quoi qu’il en soit, selon donc Rabbi Hanina, « Celui qui est né pendant l’heure de Mars, sera un homme qui verse le sang ». Soit un médecin, un abatteur rituel, un péritomiste ou un assassin…
  • Oui, ce sont bien là les exemples que donnent Rav Achi pour illustrer le propos de Rabbi Hanina me confirma Avigdor.

Avigdor… Il m’avait tant manqué- c’est précieux un compagnon d’étude, vous savez. Celui avec qui on se confronte aux textes « comme un marteau contre un rocher » et dont les éclats du verset pulvérisé, au lieu de nous blesser, affinent notre être. J’aimais la manière dont il entortillait ses papillotes face à une kouchiya, une difficulté du texte ou lorsqu’il les laissait s’agiter le long de ses joues quand il se balançait dans l’étude ou la prière, d’avant en arrière. J’avais aussi tant de questions à lui poser. Avec qui étudiait-il maintenant ? Et comment allaient Hadass et le jeune Anchel, leur enfant? Oh, je sais bien, pour vous ils sont appelés à jouer indéfiniment leur histoire et c’est vrai. Cependant il existe une vie secrète voire rêvée des personnages. Prêtez l’oreille, écoutez les livres ouverts ou fermés. Il n’y a pas seulement le silence des couvertures ou le bruissement des pages. Mais les humains ne sont pas attentifs à ce langage, les plus fous d’entre eux peut-être. Pour l’heure, le combat m’appelait et il fallait que je me jette sans tarder dans la bataille.

Je me penchais au dessus du traité talmudique que mon porte-plume tenait dans ses mains et parcouru d’une seule traite les pages de cette discussion. Ah je trouvais une réfutation et lu à voix haute.

  • Toutefois ce n’est pas l’avis de Rabbi Yehouda qui dit au nom de Rav : « d’où sait-on que les astres ne règnent pas sur Israël ? ». De Dieu lui-même… lorsqu’il promit à Abraham qu’il aura un héritier. « Mais j’ai consulté ma carte astrale et j’ai vu que je n’étais pas apte à engendrer » dit-il. Et le Créateur de tout ce qu’il y a au dessus, au dessous, à l’intérieur à l’extérieur et tout autour de nous, bref le Maitre de tous les chamboulements de l’univers et recoins de nos âmes, lui répliqua : « Et que crois-tu ?! Que je ne puisse déplacer Jupiter d’Ouest en Est ! ». En d’autres mots : « sors de ton astrologie ! ». Et il en fut ainsi.

Avigdor faisait le dos rond alors que mon porte-plume était sur ses gardes. Je venais, me semble-t-il, de gagner le premier round. S’avoueraient-ils vaincus pour autant ? J’avais la main, je ne la cédais pas.

  • La fille de Rabbi Aquiba…poursuis-je d’un ton de Sioux avançant en comptant chacune de mes syllabes avant de viser et décocher ma flèche.

Je n’avais pas de pitié, ne dit-on pas qu’étudier le Talmud c’est comme aller à la guerre ?!

  • La fille de Rabbi Aquiba, elle-même…
  • Mais qui a dit que le zodiaque était irréversible ? me fit valoir Avigdor  qui pressentant où je voulais en venir choisit la contre-attaque immédiate.

Je ne m’en laissais pas conter et je poursuivais

  • La fille de Rabbi Aquiba, elle-même, devait mourir selon les astres, qui plus est le jour de son mariage, mais elle survécut !
  • Mais qui a dit que le zodiaque était irréversible ? me rétorqua mon porte-plume qui enchaina sans me laisser le temps de répliquer. Nous connaissons tous la règle des trois T.

Et tous les deux me dirent en chœur : « Tsedaka, charité, Tefila, prière, Techouva repentir »Avigdor en hébreu et mon porte-plume en français. Mais s’entendaient-ils à la fin ? Cette capacité de mon porte-plume à entendre les esprits ou les personnages échappés de leurs textes n’était, en effet,  pas nouvelle. Elle avait bien précédemment interviewé Eve de la Bible ou enquêté sur le messie qui avait disparu des folios du Talmud. D’ailleurs, n’était-ce pas ces indices qui m’avaient menée jusqu’à elle et lui demander d’être mon porte plume ? Mais en maitrisait-elle toutes les subtilités ? Quant à Avigdor, je n’arrivais pas encore à discerner s’il était vraiment là ou si mon imagination me jouait des tours. Et oui, qu’est ce que vous croyez, ce n’est pas parce qu’on est un personnage que l’on différencie à cent pour cent la fiction de la réalité !

Savoir décrypter le ciel sans même avoir des royalties pour sa propre vie terrestre

  • « Chaque peuple, chaque ville a son étoile » reprit Avigdor qui renonçait rarement à son point de vue.
  • Pas un brin d’herbe, un mot même ne serait à l’abri d’une constellation surenchérit mon porte-plume ?! ….Ah vous n’avez pas remarqué cette phrase est complètement saturnienne, triste et portée à la mélancolie. Je dirai plutôt que cette lettre est martiale. En tout cas, ça dépend avec quelle autre vous l’acoquinez. Et cette virgule, tout à fait lunatique. Si vous la déplacez là, c’est un autre sens…L’interligne, vénusienne ? Non ? La marge, tout est dans la marge… vierge de toute conjonction ou du milieu de ciel. Et de quel décan dépend cette conversation littéraire ?

Mais à quoi s’amusait mon porte-plume ?

  • « Néanmoins… Dieu a accordé à Israël un grand privilège… reprit Avigdor. Il est son seul conseiller… ».

Est-ce qu’il changeait sensiblement de camp ?

  • Oui, c’est ce qu’écrit Abraham Ibn Ezra, « ha sefardi», l’espagnol…poursuit-il
  • Tu veux dire le grand Abraham Ibn Ezra, le poète, le grammairien, le mathématicien, le médecin, le physicien, l’astronome et…. l’astrologue ? interrogea mon porte-plume.

Plus de doute – ils s’entendaient bel et bien ! A défaut de se voir ?! Et privilège des personnages en cavale, Avigdor, comme moi, avait du apprendre le français en un temps record.

  • « Israël n’a pas d’étoile, il est le lot de Dieu », confirma Avigdor
  • Ah et moi qui croyait qu’Israël était du Verseau…dit quelque peu dépitée mon porte-plume.

Mais était-elle sérieuse car il me semblait percevoir un sourire en coin. En tout cas, si mon porte-plume devisait avec Avigdor,- vous en êtes témoin -, pourquoi est-ce que je ne le voyais toujours pas ? Comment pouvait-il se draper d’invisibilité ?

  • Il reste qu’Ibn Ezra écrivit tout de même des traités d’astrologie hébraïque. Il y en a même un traduit en français, Le livre des fondements astrologiques, déclara mon porte-plume.

Elle chercha le précieux ouvrage dans le capharnaüm de son bureau qu’un jungle de livres avait envahi mais ne le trouva pas et commençait à devenir nerveuse.

  • Mais où l’ai-je mis ?! Ah ca ne fait rien, je vais citer de mémoire les signes du zodiaque attribués à chaque tribu d’Israël.

Je vous en fais grâce, non ? Ah bon ca vous intéresse ? Alors je ne veux pas vous priver de ce que mon porte-plume nous rapporta :  Bélier pour Ruben, Taureau pour Simon, Gémeau pour Levi, Cancer pour Juda, Lion pour Issachar, Vierge pour Zevoulon, Balance pour Dan, Scorpion pour Naftali, Sagittaire pour Gad, Capricorne pour Acher, Verseau pour Joseph et Poissons pour Benjamin.

Et elle conclut :

  • Mais d’être un maitre en cartes du ciel n’épargna à Ibn Ezra ni l’exil, ni l’errance ni l’indigence dit elle avec regret.

Et elle et Avigdor soupirèrent… Déjà ! Et ils se connaissaient à peine.

  • Regarde et lis ! me dit mon porte-plume en me flanquant un autre livre sous les yeux et en pointant du doigt une poésie.

Et je lus. A voix haute.

« Les étoiles et les constellations sortirent de leur course à ma naissance. Si j’avais été vendeur de bougies le soleil ne se coucherait plus jusqu’à ma mort. Je m’épuise en vain à chercher le succès. Car mon étoile m’a condamné à l’échec. (…) Si je me faisais négociant en vins, les hommes arrêteraient de boire et deviendraient moines. Si je décidais de me livrer à la débauche toute fille deviendrait vertueuse et cesserait de s’exhiber. Si je me faisais marchand d’armes, la paix et l’harmonie règneraient partout dans le monde…Si je me faisais maçon, les murs ne s’écrouleraient plus, et il n’y aurait plus rien à construire…Si je vendais des linceuls personne jamais ne mourrait. ».

  • « Al vay »* – que ne s’est-il aventuré à toutes ces péripéties ! laissa échapper mon porte-plume. La tâche du messie aurait été plus facile, non ?!
  • Comme quoi on peut être un as de l’astrologie et un shlimazel, un malchanceux, en même temps ! déduit Avigdor.

Je commençais en l’entrevoir…Mon cœur battait la chamade. Mais il était tout à sa conversation dédiée. De quoi parlaient-ils  cette fois ci ? Je tendis l’oreille mieux encore je lisais derrière l’épaule de mon porte plume qui transcrivait en même temps qu’elle tchatchait. Une belle dextérité, je dois l’admettre.

  • Sais tu où a voyagé Ibn Ezra…demanda mon porte-plume à Avigdor ? D’Espagne il se rendit en Italie.
  • Rome, Lucca, Mantoue et Vérone précisa Avigdor
  • De l’Italie en
  • Béziers, Narbonne peut-être aussi plus loin à Bordeaux
  • Puis il se rendit en Anjou
  • Dreux, Angers et Rouen.
  • Où il fut accueilli par l’un des descendants du célèbre maitre Rachi.
  • Rabenou Tam ! dit Avigdor avec fierté.
  • Oui, tu vois les sépharades et les ashkénazes se connaissent depuis longtemps….dit mon porte-plume en se tournant vers moi.

Mais je n’avais jamais dit le contraire. Vous si ? Et elle enchaina.

  • Puis, il se rendit à Londres avant de revenir en France… Mais à quel moment a-t-il pu voyager en Egypte, ou aux Indes comme on le prétend ? En plus, au Moyen-Age, sans Airbnb ou couch surfing marmonnait-elle…

Je ne comprenais pas toujours tous les sons ou mots qui sortaient de la bouche de mon porte- plume. Surtout lorsque c’était des sigles….

  • En tout cas, sa réputation devait certainement le précéder….conclut-elle.

Bien sûr, entre nous, je ne pouvais l’ignorer, je le concède et je me permets même ici une confidence. De ci de là, les références aux astres étaient présentes … Ne dit-on pas « mazal tov », bonne étoile,  à chaque événement heureux ? J’avais été trop péremptoire en affirmant que le Talmud étant sans ambiguïté à ce sujet lui qui recueille 2947 folios, des cohortes de centaines de sages sur plusieurs générations– quelqu’un a déjà-t-il fait le calcul ?- et des paroles très contradictoires sur tous les thèmes. Tout se discute en permanence. Deux Juifs….au minimum… 7 opinions, celui qui parle, celui qui lui répond, celui qui écoute, celui qui le rapporte, celui qui l’étudie, celui qui le contredit, celui qui n’en pense pas moins et celui qui n’est même pas au courant que tout ça existe et  celui ou celle qui le …On en est déjà à neuf et c’est sans fin. Mais sur ce sujet je me gardais bien d’aller dans son sens. L’astrologie des personnages…Qui sait où cela allait nous mener !

  • A Moïse…Je me suis aussi intéressée à l’horoscope de Moise dit mon porte-plume.

J’ai cru que j’allais au mieux m’évanouir au pire m’étouffer…

Fin du premier épisode de ce 12ème épisode


NOTES ET SOURCES DE YENTL ET LES MATHÉMATIQUES CÉLESTES (1)
Sur la date de naissance de Yentl
Yentl et son porte plume ont, en effet, déjà abordé cette question de l’âge dans l’épisode 4, « Yentl goute-t-elle aux kneidelach ? ». Je prends l’initiative en tant que note, de vous le rappeler parce que s’il fallait compter sur le porte-plume pour nous donner la référence, elle, serait toujours en train de feuilleter son manuscrit… et nous, d’attendre.
Quand le porte-plume aurait-elle déjà entendu des voix notamment celle d’Avigdor ?
Petit rappel à l’usage de celles ou ceux qui n’auraient pas lu l’épisode précédent ou qui l’auraient déjà oublié. Ca arrive, ce sont là les aléas des amateurs du genre. Du feuilleton. Et pour être totalement franche avec vous, il arrive aussi au porte-plume de relire les séquences précédentes afin de se rafraichir la mémoire sur ce qu’elle a déjà rapporté (ou non) de toutes ces conversations. Ainsi c’est dans le 11ème épisode, dans cette cabane entre ciel et terre, que le porte-plume a entendu la voix d’Avigdor.
Sur les signes astrologiques des tribus d’Israël
Le porte-plume commet une erreur dans la répartition des signes astrologiques et des tribus d’Israël. En effet, il s’agit là d’un tableau s’inspirant du Zohar et non d’Abraham Ibn Ezra. Pourquoi, commet-elle cette erreur ? Justement car elle cite de mémoire…Je n’ai pas le privilège en tant que note de bas de page d’intervenir dans le texte mais je ne peux manquer toutefois, lorsque je relève des écarts, de les signaler….Sinon quel sens aurait mon existence ?
Pour l’âme supplémentaire du shabbat, le porte-plume opte pour la signification symbolique telle qu’elle est proposée par le maitre Bahya ben Asher (14ème siècle) : « durant la semaine l’âme est comme une invitée dans le corps mais ce jour là du shabbat, elle a le sentiment d’être à la maison » dans son commentaire sur Genèse 2 ; 3, verset qui énonce la création du shabbat. Un autre maitre Rachi (12ème siècle) l’avait lui aussi déjà interprété dans un sens symbolique dans son commentaire sur le traité Betsa 16a du Talmud de Babylone, page dans laquelle Rabbi Yohanan et Rabbi Simon ben Lakich évoquaient la présence de l’âme supplémentaire du shabbat. C’est tout. Enfin, il y aurait d’autres choses à dire sur le sujet mais dans le cadre de ce feuilleton on ne m’en demande pas plus. Et je n’entends pas faire du zèle de références ou d’explications bien que je ne vous cacherai pas que, parfois, je me retiens…Ainsi lorsque Yentl dans le feu de l’action cite le patriarche, elle le mentionne sous le nom d’Abraham alors que…au moment de ce dialogue avec le Créateur au sujet de sa descendance et de Jupiter, il ne se nomme qu’Abram. Il gagnera une syllabe de plus « ha » qu’après précisément la naissance d’Isaac, son fils avec Sarah. Est-ce que Yentl ne le saurait pas ?! Mais vérification faite, c’est le Talmud lui-même qui commet cet impair ! Mais qui suis-je pour alpaguer cet illustre « grimoire » comme le nommait à tort ses détracteurs ? (Illustre c’est moi qui le rajoute). Ah pourquoi Abraham a changé de nom ? Pourquoi cette nouvelle syllabe ? D’où l’aurait-il prise ? Je sais bien que ce sont des questions légitimes mais franchement, je ne puis dans le cadre de cette note répondre à votre curiosité…
Pour un modeste lexique des termes non français
Le porte-plume insère parfois, dans le corps même de son texte, la traduction de termes cosmopolites, à vrai dire, le plus souvent de l’hébreu et du yiddish alors que d’autres fois, vous l’auriez remarqué, elle met un astérisque pour notifier le renvoi en notes de bas de page. A moi quoi. Quelle est la règle ? Je ne sais pas, il faudra que je songe à la questionner à ce sujet. Vous vous demandez certainement comment une note de bas de page peut interpeller son auteure ? Oh je ne manquerai pas le moment venu de vous le dire. Pour l’heure, elle m’a refilé « le bébé » alors vous m’excuserez mais j’ai du « taf » (les notes toutes érudites soient-elles peuvent aussi s’exprimer dans un langage peu châtié comme vous venez de le remarquer. C’est un privilège et je ne m’en priverai pas).
al vay, encore une de ces expressions, de l’hébreu, je crois, (une note peut avoir des doutes aussi) presque intraduisible… On pourrait dire : Oh combien. Si seulement ! Ou si seulement c’était vrai ou si ca pouvait être ainsi (on en rêverait) ou Plut au ciel ! Al vay c’est comme le  soupir chez les ashkénazes….il est inépuisable et puis c’est tout un art ! Vérification faite…C’est un terme d’origine araméenne repris en hébreu et bien sur largement usité en yiddish.
oy a broch, attention ce n’est pas la première fois que l’on croise cette expression yiddish. Voyons,  je consulte les notes précédentes du temps où j’étais encore silencieuse en tant que note de bas de page. Car comme vous le constatez, chers lecteurs.trices, j’ai décidé pour ce 12ème épisode de m’éveiller. Et je ne suis pas prête de m’arrêter…je vous le promets. Donc Oy a broch…J’avais suggéré une première fois « quelle catastrophe » et une deuxième fois, j’avais renoncé sollicitant vos suggestions. J’attends toujours….Quoi ? Cette expression n’apparait pas dans cet épisode ? Le porte-plume l’avait mis et puis retiré oui mais moi entre temps, j’ai fait la note et j’entends bien la garder !
Reb : monsieur tout simplement. En yiddish. Et Madame ? Vous proposerez quoi ?
Docteurs de la loi (j’adore cette expression un peu désuète. Il arrive que nous aussi, les notes, nous ayons quelques inclinaisons personnelles) c’est-à-dire Maitres du Talmud.  Voici ceux qui sont cités par ordre d’apparition dans cet épisode, de la sorte on ne commet pas d’impair…L’ordre d’apparition c’est comme l’ordre alphabétique ce sont des messagers de paix. Donc,  voici  le rappel de leurs noms et le siècle qu’ils ont fréquentés de leur vivant parce que, depuis, ils sont immortels, ils deviennent nos contemporains dès que nous, nous les fréquentons sur une page de Talmud. Rabbi Yohanan bar (ou ben) Nappaha (3ème siècle), Rabbi Hanina ben dossa (1er siècle), Yehouchoua ben Levi (3ème siècle), Rav Achi (5ème siècle), Rabbi Yehouda  le Prince (3ème siècle) qui dit au nom de Rav Abba Arikha (3ème siècle). Vous avez remarqué pour un sujet le nombre d’avis qui sont rapportés ?! Il y a aussi Rabbi Simon ben Lakich (3ème siècle) que nous avons mentionné ci-dessus. Ne soyons pas chiche, ce n’est pas parce qu’il a été dans une note qu’il n’aurait pas le droit de bénéficier lui aussi d’une note !
P.S. j’ajouterai une … note personnelle… en tant que notes, nous avons des affinités avec d’autres notes, gloses, commentaires, lexique ou écrits dans la marge. Parfois même des rivalités et je ne tarderai pas à vous en parler. Promis !
Les citations et références bibliques, talmudiques ou de la pensée juive
Toutes les citations portant sur la nouvelle de Yentl viennent du texte éponyme de I.B. Singer, Stock, 1994
Toujours par ordre d’apparition, voici les références des sources bibliques citées dans cet épisode : « car c’est là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des nations » Deutéronome 4 ; 6, « comme un marteau contre un rocher », Jérémie 23 ;29.
« Etudier le Talmud c’est comme aller à la guerre » s’inspire d’un passage du traité Kiddouchin 30b du Talmud de Babylone (T.B). Je serais bien tentée de vous en dire davantage car c’est un très beau passage sur l’affrontement voire l’importance du conflit au travers de l’interprétation des textes et la nécessité in fine après la bataille des idées avec l’argumentation et la rhétorique en guise d’épée de les ranger dans les carquois de la paix. Mais hic et nunc (les notes sont polyglottes…) – je ne crois pas  ?! J’ai comme l’intuition aussi que Yentl et le porte-plume reviendront sur ce thème. Je le sais déjà cependant je n’ai pas l’intention de devenir une note cafteuse…D’ailleurs, ne vous en ai-je pas déjà trop dit ?
Les citations d’Ibn Ezra (1089-1167) dans le dialogue entre Yentl et le porte-plume viennent de son commentaire sur Deutéronome 4 ; 19.
C’est également Ibn Ezra qui affirme que le signe des Juifs est le Verseau. Mon porte-plume en a pris connaissance dans l’ouvrage de Colette Sirat, La philosophie juive médiévale en terre d’islam, Presses du CNRS, Paris, 1988 p 119. L’auteure cite un extrait de Ibn Ezra, Livre des Fondements astrologiques, chap IV, traduction Jacques Halbronn p 266-267. Précis non ? Ibn Ezra est en fait l’auteur de plusieurs traités sur le sujet.
J’en profite pour vous mentionner des ouvrages sur l’astrologie hébraïque que le porte-plume a pu consulter et dont les traces se retrouvent dans cette conversation avec Yentl.  Oui, je sais, je vends la mèche, je lâche le morceau, je refile le tuyau, je …mais ne suis-je pas dans mon rôle ? Colette Sirat et Jacques Halbronn précédemment cités et aussi Les secrets de l’astrologie hébraïque de Rav M. Glazerson, édition Edestar et un peu de Docteur G.Lahmi, sur L’Astrologie hébraïque, Lieu Commun (quand même). Bon, je vous fais grâce des années d’édition. Enfin, toujours au sujet de Ibn Ezra, l’un des héros de cet épisode, les vers cités sont des extrait et un mixe de deux de ses poésies, « La malédiction des étoiles » et « La guigne » dans  L’or et le Feu de Ami Bouganim. Mon porte-plume aime beaucoup cet ouvrage sur Le Judaïsme d’Espagne, pst…c’est son sous-titre. Pathways Editions, p 277 et 278. Mais la traduction du dernier vers a été prise ailleurs. Où déjà ?!

 

 

 

L'auteur

Sonia Sarah Lipsyc