Yentl is back – Épisode 13 – Un feuilleton littéraire de Sonia Sarah Lipsyc

Yentl et les mathématiques célestes [2]?

L’horoscope de Moise et des autres personnages de la Bible

L’horoscope de Moise… Si mon rebbe de Beshev avait entendu ça, j’aurais été viré(e) illico presto de la yeshiva de ce shtetl, que pourtant j’affectionnais. Et on se serait moqué de moi jusqu’à Lublin que dis-je plus loin encore jusqu’à Vilna, la Jérusalem de l’Est !

– Parce que vous ne lisiez peut-être aucun livre dissimulé dans les cases secrètes de votre stendl, pupitre, sous les traités talmudiques de … Baba Kama, Baba Metsia, et Baba Batra ?! m’apostropha mon porte-plume.

  • Il est vrai (je prenais mon temps), que j’avais vu (je m’arrêtai quelques secondes), certains (attention pas tous, je dis bien certains), tourner en catimini les pages de l’Amour de Sion d’Abraham Mapou, le premier roman d’amour écrit en hébreu… Dévoyer l’hébreu pour commettre de la littérature sentimentale… pire encore inciter d’autres à se détourner de l’étude du Talmud pour suivre les aventures fictives et de cœur d’Amnon et de sa dulcinée Tamar ! Et qu’elles se déroulent dans les monts de Judée n’excusaient pas qu’elles étaient l’œuvre d’un maskil, un adepte de l’Ere des lumières !Mon porte-plume me regarda avec étonnement… en se demandant pourquoi, je semblais m’énerver ?
    • – Je me laisse juste emporter en rapportant les arguments des adversaires de Mapou… Bien sûr, j’avais vu des barouchim, des jeunes étudiants, se prêter aussi, sous leur lévite noire, un autre de ses livres. Lequel déjà ? Ah oui ! Le vautour hypocrite, au sujet de ces bigots feints et obscurantistes qui empêchaient leurs ouailles de s’instruire, ou d’avoir un métier.
    • – Et Mendel Mocher Sforim, le grand père de la littérature yiddish ? Fishké le boiteux ? Les voyages de Benjamin III ? Ça ne te dit rien ?! Et je ne parle pas de Sholem Aleichem ou de Itsrak Leib Peretz… les grands maîtres de cette littérature… Avaient-ils déjà écrit leur chef-d’œuvre lorsque toi, en cette fin ou milieu du 19ème siècle, tu étais encore penchée sur les folios du Talmud en saisissant ton pupitre et en argumentant avec ou contre Avigdor, ton compagnon d’étude ?!

    Peut-être, je ne niais pas quelques regards obliques vers certains de ces écrits mais l’horoscope de Moise non jamais !!!!  Même le terrible Aman, son nom écorchait ma bouche, avait échoué… Il s’enquit de connaitre le signe du zodiaque le plus propice à son néfaste projet et il jeta son dévolu funeste sur le mois d’Adar car il savait que Moise était mort le 7 de ce mois-là… Ce n’était donc pas, dans son esprit, un mois favorable au peuple juif – on pouvait prévoir de tous les assassiner au cours de cette lunaison… Mais ce qu’il ignorait, cet antisémite notoire…

    • – Céline me demanda mon porte-plume ?

    Non. Ne m’interromps pas, je te prie, quand je te dicte mes pensées, mais ce qu’ignorait cet antisémite notoire du temps de la grandeur des Perses, au 6ème siècle avant l’ère vulgaire s’il faut tout préciser… Le faut-il ?! C’est que le 7 du mois d’Adar c’était aussi la date de naissance de notre Maitre. L’un compensait l’autre.

    • – Justement objecta mon porte-plume, Moise était du signe double des Poissons, et Aman …

    J’imitais aussitôt le son de la crécelle que l’on agite pour huer le nom de cet antisémite dès que l’on l’entendait prononcer au cours de la lecture du Rouleau d’Esther, à la synagogue pendant la fête de Pourim ! Je le faisais assez bien, le bruit de la crécelle – je bougeais très vite ma langue de gauche à droite à l’intérieur de ma bouche en entre-ouvrant juste un peu mes lèvres et je proférai un son qui, du coup, sortait vif, tranchant et haché. Allez-y essayez ça marche !

    Et je le fis à nouveau !

    Non, je ne voulais connaitre ni le signe de Moise ni celui des patriarches ou des matriarches.

    Balance pour Abraham, écrivit fébrilement mon porte-plume sur un petit carnet qu’elle tenait toujours à portée de main, Bélier pour Isaac (ça s’impose puisque c’est cet animal qui fut sacrifié à sa place…), – et en plus, elle se permettait des commentaires – et pour Jacob ? Là, je la vis consulter un autre ouvrage qui donnait les dates de naissances de nos aïeux… Et de marmonner : « Naissance de Jacob, bien sûr, en Sivan, le mois hébraïque du signe des Gémeaux donc comme son frère Essau, né quelques minutes avant lui. » Avant de s’écrier : « Oui ! effectivement, je retranscris tout ce que Yentl dit et me dit qu’elle pense mais j’ai le droit aussi à mes déclinaisons personnelles ! » Et elle ferma d’un geste sec son carnet. Pour le rouvrir aussitôt et écrire : « signes de Sarah, Rébecca, Léah et Rachel ? Sans oublier les concubines de Jacob, Zilpa et Bileha. Elles existent tout de même elles aussi !!!!! ».

    Après quelques secondes…

    • – L’ennui me dit-elle délaissant son carnet pour revenir à notre conversation, c’est que je ne connais pas l’heure de naissance de Moise. Ni même à quel moment approximativement de la journée ou de la nuit il est né. Non, parce que tu sais, c’est important de connaitre le signe opposé à son signe natal – ce que l’on nomme un ascendant. Un Poisson ascendant Balance, ce n’est pas comme un Poisson, ascendant Cancer… C’est comme si le signe natal donnait le continent et l’ascendant le pays. Tu saisis la nuance ? Ensuite, il faut situer la ville. Prenons deux Poissons ascendant Balance – ne crois pas qu’ils se ressembleront. Il faut voir dans quels signes astrologiques se trouvaient leurs planètes au moment de leur naissance. Mars, Mercure, Jupiter, Vénus… Tiens prenons Vénus, la planète de l’amour ! Elle pouvait se trouver dans un signe de feu pour l’un et de terre pour l’autre. Vénus en Lion ça ne donne pas les mêmes effets que Vénus en Vierge !

    Nous voilà bien avancées…

    • – Et la Reine de Saba et Salomon ?! ai-je lancé pour faire diversion.
    • – Ah le coup de foudre assuré – leur Vénus devait être au diapason ! Dans la même maison… car il y a aussi douze maisons circulant dans le zodiaque… Enfin c’est difficile de tout expliquer sur un pied. Et la lune, c’est important de savoir, surtout pour une femme, où était la lune au moment de sa naissance… En Verseau ? En Taureau ?

    Et la lune noire ? Il y en avait bien une ! Une intruse non présente dans l’astrologie habituelle, me semble-t-il. Une sorte de Lilith- vous savez cette première femme de l’humanité…

    • – Mais pour revenir à toi ? dis-je, mon porte-plume. Pourquoi tiens-tu tant à savoir de quel signe je suis ?
    • – C’est l’une de mes passions comme le cha-cha-cha ou les plats sucrés-salés ou les listes. J’en tiens de toute sorte.

    Elle ouvrit de nouveau son carnet… et je réussis à déchiffrer car son écriture n’était pas facile à lire : « Liste de mes mots préférés ».

    • – Les derniers que j’ai notés : écluse, astrolabe, iconoclaste dit-elle. Il y a aussi la liste des derniers mots que j’ai vérifiés dans le dictionnaire dont le sens m’échappait ou que j’avais oubliés. Les mots sont coquets. Il faut les fréquenter, leur montrer que l’on s’intéresse à eux, même ceux dont l’usage serait rare. Béer d’étonnement, par exemple, tu le dirais aisément ? Et puis, je rends toujours visite aux mots voisins ; pas seulement pour enrichir mon vocabulaire, mais par courtoisie. Si tu t’attardes à un mot pourquoi ne pas saluer son proche ? Débonnaire côtoie débonder… Quel rapport ? Entre « être d’une bonté poussée à l’extrême » voire un peu faible pour le premier et « donner libre cours à des sentiments longtemps contenus », pour le second. Je ne sais mais un mot me mène à un autre et alors ils affleurent plus aisément à mon esprit. Pour revenir aux mathématiques célestes, je m’intéresse depuis mon enfance aux signes des gens et je tiens de véritables statistiques… sur mes amours, mes amitiés. Par exemple, mes amies sont principalement de la Vierge, mes potes de la Balance, mes amours… c’est varié !

    A ma mine dubitative, j’avais quand même eu le privilège de visiter quelques épisodes de sa vie… avant de la solliciter comme porte-plume.

    • – Mais c’est vrai, que dans tous les domaines, il y a des exceptions concéda mon
      porte-plume, et d’ailleurs, elles sont nombreuses.

     

    De la pierre et des lettres

    Comme je voyais qu’elle revenait à de bons sentiments, je lui concédais.

    • – Si tu tiens tant à le savoir, je vais te le révéler… Je suis née entre les fêtes juives de Souccot et Hanouca car c’est ainsi que l’on notait souvent les dates de naissance. Singer ne l’a pas écrit mais il avait consigné ma date dans un des premiers brouillons de mon histoire.
    • – Yentl tu veux dire que tu as eu des avatars ?!
    • – Et alors, l’être humain aussi, Adam, n’était pas le premier modèle ! Eve non plus !
    • – Oui, je sais il y eut Lilith Mais à part le fait de la voir cracher par terre quand j’ai prononcé son nom je n’ai rien pu tirer d’autre à son sujet de la part de Eve. Eve tu te souviens que je l’ai interviewée ?

    Si je m’en souvenais ? C’était l’une des raisons pour lesquelles je m’étais tournée vers elle. Cette habilité à fréquenter les personnages hors texte m’avait séduite. Enfin, à ma connaissance, il y eut seulement Eve et moi. Les autres très ponctuellement…  Et je balayais du regard le bureau où nous nous trouvions pour voir si Avigdor était toujours dans les parages.

    • – Et bien, je ne l’ai jamais raconté me confia mon porte-plume mais après la diffusion de mon interview d’Eve à la radio, j’ai reçu dans ma boite aux lettres un étrange paquet. Je l’ai d’abord tourné et retourné. Il y avait mon adresse, bien sûr, et aussi celle de l’expédit…rice. Ensuite, je l’ai tâtée, c’était plutôt lourd. Qu’est-ce que ça pouvait être ? Une bombe ? J’ai été un peu imprudente mais j’ai quand même ouvert le paquet. Et voici ce que j’y ai trouvé.

    Mon porte-plume se leva de sa chaise et prit une petite boite qu’elle ouvrit. A l’intérieur, il y avait, comment dire, un petit menhir du volume d’une boite de conserves. Je ne vois pas comment le définir autrement. Elle me tendit l’objet et j’y vis une seule et unique phrase en hébreu sur plusieurs lignes, sans interruption et qui ne voulait apparemment rien dire.

    • – Oh moi aussi, j’ai mis du temps à la déchiffrer me dit mon porte-plume. J’en ai d’abord compris le principe. C’est du français écrit en lettres hébraïques. Et pour le comprendre, j’ai du distinguer les mots en commettant de nombreuses césures dans cette longue phrase. Il fallait donc discerner quelle suite de lettres se regroupait en un mot, les détacher les uns des autres et bien sûr, mettre les voyelles, qui sont en hébreu, comme tu le sais, des points sous les consonnes. Regarde je te montre la première phrase !

    Et mon porte-plume prit une feuille blanche, et elle recopia les neuf premières lettres de cette phrase qui courait tout le long de la pierre.

    סלמדלילית

    « Samekh, lamed, mèm, daleth, lamed, youd, lamed, youd et Tav » ? J’énonçai à voix haute le nom de ces lettres.

    Puis, elle les découpa en trois mots

    לילית ד סלמ

    Et enfin, elle mit des voyelles

    • – לִילִית דְ סלמ
    • – Lis me dit-elle

    Et je lus :  SLaM De LiLiT oui c’est bien ça Slam de Lilit(h)

    • – Tu permets que je continue me demanda-t-elle ?

    Comme j’acquiesçais de la tête. Elle prit de la boite une feuille qu’elle déplia et sur laquelle étaient écrit des suites de mots et de phrases. Je compris qu’il s’agissait des mêmes lettres du menhir qui trouvaient là, grâce son déchiffrage, leur disposition naturelle.

    • – « Viens et écoute », je vais te lire et « viens et vois » l’original pour vérifier si je ne commets pas d’erreur me dit-elle en souriant.

    Et mon porte-plume lut ou plutôt scanda les phrases suivantes. Ca devait être ça un slam, je n’avais pas osé lui demander… Une mélopée ou comme on dirait chez nous, un niggoun, une mélodie sauf que là, il y avait des mots.

     

    Slam de Lilith

    Je suis née comme Adam – de la poussière et du limon

    Il était mon amant mais de domination pas question

    C’est l’égalité que je voulais – enfin je crois

    Mais il ne l’a pas supporté – enfin tu vois

    Pendant le coït, il voulait être au dessus de moi

    Alors que hic c’est l’inverse que je voulais, moi

    Nous manquions tous deux d’imagination

    Parce qu’il y aurait eu d’autres positions

    Le kama sutra n’était pas encore inventé

    Et nous le premier couple de l’humanité

    Nous en furent privés

    Adam ne voulait pas céder moi non plus eh

    Je m’en suis allée et lui il a pleurniché

    « Maitre de l’Univers, la femme que tu m’as donnée

    S’est enfuie et m’a quitté »

    Trois anges sont alors venus me chercher

    Sanoï, Sansenoï et Semanguelof

    Au fin fond des marais

    Mais avec eux, j’ai refusé

    Sanoï, Sansenoï et Semanguelof

    De m’en retourner

    Une autre femme, Adam, a réclamé

    Et elle est née

    D’une de ses côtes ou de l’un de ses côtés

    A ce sujet on n’a pas fini de bavasser

    Ce que je suis devenue ? Nul ne le sait

    Ne croyez pas les légendes imprimées

    On dit que je détourne les hommes de leurs bien-aimées

    Comme si j’étais responsable de leur infidélité

    On dit que je fais de mes enfants de la pâtée

    Comme si je n’étais pas capable de les aimer

    On dit que pour contrer mes fatalités

    Il faut mettre des amulettes à côté des bébés

    Avec le nom des anges cités

    Sanoï, Sansenoï et Semanguelof

    Je vais pas encore les répéter

    oï…………oï…………….of

    C’est pour la rime je ne veux pas la rater

    Eve ? Je ne l’ai pas encore rencontrée

    Comme quoi durant des siècles tu peux t’éviter ?!

    Sûr qu’on aurait des choses à se raconter

    Adam non plus je ne l’ai plus croisé

    Faut croire que notre querelle a persisté

    On dit que démone je suis devenue

    Bien commode pour me haïr mais mal vue

    Est-ce que le sort d’une femme affranchie

    Serait d’errer sans vie ?

    Lilith je suis et vous me trouverez

    Chaque fois qu’une femme tentera sa liberté.

    Est-ce que le sort d’une femme affranchie

    Serait d’errer sans vie ?

    Lilith je suis et vous me trouverez

    Chaque fois qu’une femme tentera sa liberté.

     

    Mes yeux n’arrivaient pas à se détacher… « Est-ce que le sort d’une femme affranchie serait d’errer sans vie… ».

    • – Et qui était l’expéditrice ? demandais-je à mon porte-plume
    • – Lilith Anonymus, c’est ce qu’il y avait d’écrit.
    • – Et l’adresse ?
    • – Galaxie 770.

    Autrement dit un point dans l’univers. J’étais bien placée pour le savoir notre monde n’était qu’un parmi d’autres. Et mon histoire aussi.

Fin du deuxième épisode de ce 12ème épisode


NOTES ET SOURCES DE YENTL ET LES MATHÉMATIQUES CÉLESTES (2)
Des termes en hébreu ou en yiddish
Je vous l’ai déjà dit, il n’y a pas de règle encore moins de logique, parfois le porte-plume traduit directement le terme de l’hébreu ou du yiddish en français dans le corps même de son récit et d’autres fois, elle décide de me le refiler en notes de bas de page. Alors au risque de me répéter d’un épisode à l’autre, – mais comme il s’agit d’un feuilleton, toi lecteur ou lectrice, c’est peut-être la première fois que tu découvres les tribulations de Yentl en dehors de son texte et tout ce fatras de mots qu’elle trimbale avec elle – je me dévoue une fois de plus pour les traduire à nouveau… Cependant je ne résiste pas à la tentation de mettre une touche personnelle à cet exercice qui risquerait d’être, sinon, un tantinet académique et un peu fade. Alors …Rebbe, rabbin tout simplement, avec parfois la dimension de guide et maître en études juives. Yeshiva, lieu où l’on s’assoie pour étudier la Torah à la lumière du Talmud. On s’assoie ? Oui le plus souvent mais on se balance pas mal aussi sur sa chaise… Il y a toute une chorégraphie de l’étude qui resterait ici à écrire… Le balancement des corps pour s’imprégner du raisonnement, la voltige des doigts dans l’espace menée par le pouce pour appuyer un argument, l’entortillement des papillotes pour mieux comprendre une argutie… Parfois l’étudiant se lève, hurle pour faire entendre son point de vue ou l’avis du maitre de l’Antiquité qu’il a choisi de suivre sur le sujet étudié contre celui qu’a adopté son binôme dans cette disputation improvisée. Las, il lui arrive de s’asseoir, de prendre sa tête entre les mains, il réfléchit, et se tait. Pas vraiment. Il reprend le passage de la page de Talmud en psalmodiant et sa mélopée se mêle à tant d’autres au cours des siècles passés et sans doute à venir. Il me semble que cette cohorte de voix rejoint celles des « hommes, des jeunes enfants, des femmes, de l’étranger, du fendeur de bois au du puiseur d’eau », présents au moment du Mont Sinaï lorsque chacun a dit au moment du don de la Torah : « nous ferons et nous comprendrons ». Mine de rien, je viens de faire référence à deux passages, respectivement Deutéronome 29 ; 9 et 10 et Exode 24 ; 7. Mais attention la racine de lashevet à l’origine du mot yeshiva ne signifie pas seulement s’asseoir mais aussi s’installer… comme si étudier était une manière de s’ancrer dans le monde. La page, en guise de patrie. Oui, je l’avoue, je m’enthousiasme mais s’étonnera-t-on des affinités entre une note de bas de page et des lignes talmudiques alors même que la page de ce grimoire respectable est entouré de gloses diverses ? Des cousines germaines, en quelque sorte.
Shtetl, bourgade rurale d’Europe centrale habitée majoritairement par des Juifs. Je sais être concise aussi parfois.
Des traités talmudiques cités … « Baba Kama », « Baba Metsia », et « Baba Batra » ?!
Toutes ces babot, pluriel de baba, porte, en araméen, constituent une trilogie centrale du Talmud concernant les dommages et intérêts. On commence généralement l’étude par la première porte, Baba Kama….. « Quand un taureau encorne un homme ou une femme » (Exode 21 ; 28). On poursuit par Baba Metsia, la porte du milieu : « Deux personnes se sont saisis d’un châle de prière en le prenant par les franges dans leur main, le premier dit, c’est moi qui l’ai trouvé et l’autre dit c’est moi qui l’ai trouvé… ». À qui appartient ce vêtement trouvé ? De surcroit lui appartient-il en entier, de moitié ou de quart ? Enfin, on terminera par Baba Batra, la dernière porte : « qui doit assumer les frais de construction d’un mur d’une cour que se partagent deux voisins ? Mais est-ce un mur ou une séparation conjointe ? Dans le premier cas… dans le second ». Les réponses vous intéressent ? … Je vous suggère de vous adresser directement à Yentl. Quoi vous voulez de surcroit que je m’occupe du courrier des lecteurs ?!
De la littérature hébraïque et yiddish
Abraham Mapou (1808-1867), un Juif lithuanien est considéré comme l’un des fondateurs du roman hébraïque moderne. Après avoir commis notamment un manuel d’hébreu très en vogue, il écrivit trois romans, dont deux cités par Yentl. D’où je sais tout ça ? Eh bien, je me renseigne, je fais mon travail c’est bien ça la vocation d’une note de bas de page, non ?! En l’occurrence, j’ai consulté quelques sources dont Janine Strauss, La Haskala. Les débuts de la littérature hébraïque moderne, Presses Universitaires de Nancy, 1991, p 84-87 (pour être précise !).
– Au sujet des trois grands maitres de la littérature yiddish du début du 20e siècle cités dans le texte Mendel Mocher Sforim, Shalom Aleichem et I.LPeretz – je n’ajoute rien. Je m’incline. C’est comment une note de bas de page qui s’incline ? C’est tel que vous le voyez devant vous. Ni plus ni moins.
Autour de la fête de Pourim, du méchant Aman (bruit de crécelle) et du mois hébraïque d’Adar
À propos des raisons du choix par Aman du mois d’Adar pour exterminer les Juifs, Yentl cite pratiquement le traité Meguila 13b du Talmud de Babylone avec une touche du commentaire de Rachi (12e siècle) sur ce passage. Elle emprunte également aux propos de Rabbi Yossi tels que rapportés dans le Pirqué de rabbi Eliezer au chap. 50 sur Esther 3,7. Et oui, les citations de ces livres tant étudiés affleurent à l’esprit de ceux… et celles qui s’y sont penchés au point que leur mémoire s’apparente à un parchemin.
– Par contre, au sujet du 6e siècle avant l’Ère vulgaire, l’intention de le préciser par Yentl était peut-être bonne mais elle aurait pu me laisser le mérite de le dire … C’est vrai pourquoi s’encombre-t-elle de ces détails dans son récit … Les dates c’est quand même l’une de mes spécialités de note de bas de page. Elle craint peut-être que vous ne poursuiviez votre lecture jusqu’à moi. Je vous le concède, c’est parfois un peu ingrat de me lire mais là, j’ai évolué dans mon statut, d’une part j’use d’une page moi aussi et non plus de ses strapontins et d’autre part, je m’exprime en mon nom propre. Vous vous en souvenez ? J’ai fait mon coming out – je suis sortie du placard, au précédent épisode !
– « Et sur le son de la crécelle, tu n’as rien à dire ? » m’apostrophe soudainement le porte-plume. Je suis surprise de cette intrusion mais je lui rétorque : « C’est assez explicite dans le texte et je n’ai pas toujours quelque chose à dire. Je sais aussi me taire, être discrète. » (Et puis, pourquoi le porte-plume s’immisce-t-elle tout d’un coup dans mon espace ?!)
Dates de naissance des patriarches et des enfants de Jacob
Comment le porte-plume, ou n’importe quel quidam fréquentant les textes, connait la date de naissance et par conséquent le signe astrologique de tous ces êtres qui peuplent ces pages biblique ? Par tradition, que rapportent divers commentaires classiques. Le porte-plume retrouve toutes ces informations dans un livre à la couverture orange, Les personnages bibliques de Raphaël Bensimhon, Librairie Colbo, Paris, 1978. L’auteur prend soin de citer en exergue ses ouvrages de référence notamment le Seder Olam Raba de Rabbi Yossé Ben Halafta, un sage du 2e siècle de notre Ere. C’est ainsi que la chaine des connaissances se poursuit jusqu’à nous jours puisque vous voilà maintenant au parfum de ses anniversaires.
Comment Yentl a-t-elle rencontré le porte-plume ?
Je crois que le porte-plume n’a pas encore eu le temps de vous l’écrire. Et ce n’est pas moi qui vendrais la mèche. Mais enfin ce n’était pas piqué des hannetons. J’aime bien cette expression finalement pas si difficile à placer.
De deux expressions hébraïques … pour le prix d’une !
« Viens et écoute », et « viens et vois » : Le porte-plume accomplit l’exploit d’user en une phrase de deux expressions du Talmud, la première est celle qu’utilise le Talmud de Babylone, la seconde celle du Talmud de Jérusalem. Oh je sais je ne peux pas m’empêcher de faire montre de mes modestes connaissances. Mais que voulez-vous que je fasse de tout ce savoir si je ne le partage pas… il m’encombre!

Homo neanderthalensis
Nachosan (photograph); E. Daynes (sculpture) [CC BY-SA 3.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], from Wikimedia Commons

Adam, Eve et Lilith
– « Et alors, l’être humain aussi, Adam, n’était pas le premier modèle ! Eve non plus ! »
o Ay ça se corse… Plusieurs tentatives – un vrai cauchemar… Homo neanderthalensis, etc…avant d’arriver à la perfection de l’Adam – l’être humain (dont d’ailleurs Adam l’homme a usurpé le titre…). Ah vous ne le saviez pas ? Plusieurs mondes ont été créés avant que celui-ci ne satisfasse le Créateur. En tout si on croit les sages de l’Antiquité Rabbi Yehuda fils de Rabbi Simon, Rabi Abahou et Rabbi Pinhas tel que le rapporte le Midrach Genèse Rabba 3 ;7 que je vous laisse consulter.
– Sources de Lilith
Il y a des traces de Lilith dans le Talmud (Traités Chabbat 151b et Erouvin 18b du Talmud de Babylone) et le Zohar (p 34b) mais l’essentiel, semble-t-il, se trouve dans l’Alphabet de Ben Sira (page 23a et b), un texte du 10e siècle. On consultera aussi avec intérêt sur le sujet l’entrée Lilith dans le Dictionnaire Encyclopédique du Judaïsme, Cerf/Bouquins, Paris, 1996 p. 589 et dans l’ouvrage incontournable de Pauline Bebe, Isha. Dictionnaire des femmes et du judaïsme, Calman-Levy, Paris, 2001, p 193-197 ainsi qu’en lisant Michèle Bitton « Lilith et Adam » dans Quand les Femmes lisent la Bible, Pardes 43, Editions In Press, Paris, 2007 pp. 37-51. Vous voyez, je peux aussi m’exprimer comme une classique note de bas de page. Mais est-ce que Lilith confirmerait ces sources ? Je ne le crois pas si l’on se fie à son slam miraculeusement arrivé jusqu’à nos jours… Cependant qui prendra le risque de l’étudier voire de le répéter dans les écoles talmudiques ?!
– Des consonnes et voyelles du Slam de Lilith
Je l’écris pour les puristes… La consonne hébraïque tav se transcrit en langue latine parfois avec un h à la fin qui n’apparait pas, bien sûr, dans l’orignal en hébreu. Je l’écris aussi pour les puristes… La voyelle i s’orthographie parfois avec la consonne youd qui ne se lit pas dans l’original en hébreu.
– « D’un niggoun sans mot, une mélopée ou comme on dirait chez nous, un niggoun, une mélodie sauf que là, il y avait des mots. »
Un niggoun, par excellence, est une mélodie fredonnée sans mots. Alors cherchez l’erreur dans le propos de Yentl !
– Eve des limbes revenue ou l’interview exclusive (ou presque) de la première femme de l’humanité » : En effet, cet interview a été diffusé sur France Culture le 28 mai 2011 dans une réalisation de Jacques Taroni avec Michèle Taieb et la voix de Françoise Colombe Babulot. Bruitage : Fréderic Antoine, prise de son, montage et mixage : Manuel Couturier et Bastien Varigault. Assistante à la réalisation : Louise Loubrieu, et Clémence Gross. Il semble ne plus être accessible maintenant, passé dans les Archives pour ne pas dire les oubliettes de cette station. Et son texte traine dans un tiroir du porte- plume qui ne s’occupe pas de sa publication trop préoccupée à gagner sa croute et quand elle a un moment… à raconter notamment les aventures extra textuelles de Yentl. Ca ne m’étonnerait pas qu’on assiste un de ces jours à la révolte d’ « Eve des limbes revenue, » frustrée d’être privée d’un lectorat. Eve en personne venir gourmander (j’avoue avoir hésité à user de ce terme que j’ai préféré pour une raison inconnue à morigéner ou réprimander) le porte-plume. Ne serait-elle pas même tentée de trainer notre porte-plume devant la justice pour non-assistance à un manuscrit … à la recherche d’un éditeur ?! Je n’aimerais pas être à sa place mais je serais aux premières loges… pour vous le raconter.
Aparté du porte-plume (outrée) : J’accorde de la place à la note de bas de page la laissant s’exprimer comme elle le souhaite et voilà déjà qu’elle veut prendre ma place!
Réponse contrite de la note de bas de page : Oh pardon, je voulais dire pour « vous le gloser ». Je n’oserai jamais me substituer au porte-plume … (ouf, je n’aimerais pas moi aussi retourner aux oubliettes…)
Terre. Galaxie 770
Ce chiffre n’est pas anodin mais quel lecteur saura le décrypter ? Ah c’est là où l’on voit toute l’utilité d’une note de bas de page… lorsqu’elle décide de passer son tour. Isn’t ? Je ne vous l’ai pas dit… Je vais glisser une question par épisode… Vous aurez la réponse à celle-ci dans le prochain. Patience.