À l’occasion des cérémonies de Yom HaShoah, Tenou’a publie un numéro consacré à la Maison des Enfants d’Izieu.
Tenou’a remercie chaleureusement Mmes Stéphanie Boissard (Izieu), Judith Cytrynowicz (FMS) et Brigitte Sion, MM. Serge Klarsfeld (FFDJF), Le Targo et Dominique Vidaud (Izieu), ainsi que tous les partenaires institutionnels et les contributeurs de ce numéro.
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Sauver les enfants à tout prix

Antoine Strobel-Dahan, rédacteur en chef de Tenou’a

Izieu, avant d’être le nom d’une tragédie criminelle, fut celui d’un refuge. Depuis l’été 1942, la France de Vichy livre les Juifs de la zone sud non occupée aux nazis et obtient même des Allemands l’autorisation de déporter les enfants juifs, jusqu’alors exclus des convois. De nombreuses familles sont internées dans les camps du sud de la France. L’OEuvre de Secours aux Enfants est présente dans ces camps et s’organise, comme d’autres organisations de secours, pour faire sortir autant d’enfants que possible de ces antichambres de la déportation et garantir leur accueil et leur hébergement à l’extérieur. Mais les maisons d’enfants ou lieux de refuge, comme le sanatorium que dirige l’assistante sociale Sabine Zlatin, ne sont plus sûrs. Les arrestations et les rafles poussent les responsables des oeuvres à en fermer la plupart.

En novembre 1942, à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord, la « zone libre » est envahie par les Allemands. La situation pour les Juifs devient encore plus critique. Les quelques départements à l’est du Rhône tombent, eux, sous occupation italienne. Or les Italiens ne pourchassent pas les Juifs dans leur zone d’occupation.

Au printemps 1943, depuis la Préfecture de l’Hérault, Roger Fridrici met en contact Sabine Zlatin et Pierre-Marcel Wiltzer, sous-préfet de Belley, dans l’Ain, pour organiser la création d’une maison refuge. En mai, la « Colonie des Enfants Réfugiés de l’Hérault » ouvre légalement ses portes à une quinzaine d’enfants juifs. « Ici, vous serez tranquilles », dit le sous-préfet Wiltzer aux époux Zlatin.

Au quotidien c’est Miron Zlatin, le mari de Sabine, qui gère l’intendance. Sabine poursuit ses activités de sauvetage à Montpellier et rejoint régulièrement la colonie. En septembre 1943, l’Italie capitule et les Allemands prennent possession de sa zone d’occupation.

À Izieu, malgré tout, la vie s’organise, une institutrice est recrutée. De plus en plus d’enfants arrivent, certains repartent aussi, vers d’autres maisons d’accueil, chez des proches ou sont exfiltrés vers la Suisse toute proche. En tout, au moins 105 enfants seront passés dans cette maison et jusqu’à 67 y auront vécu en même temps.

La colonie accueille même quelques enfants non juifs pour des raisons sociales. Le confort à Izieu est spartiate : ni eau courante, ni chauffage et la colonie ne dispose que d’une quarantaine de cartes d’alimentation pour tous ses occupants.

Début 1944, les choses se gâtent : le médecin juif de Sabine Zlatin, le docteur Bendrihem, est arrêté et la Gestapo perquisitionne les locaux de l’Union générale des Israélites de France à Chambéry, dont dépend la colonie d’Izieu. Le 6 mars, le sous-préfet Wiltzer est muté dans la Vienne. Fin mars, 18 enfants sont arrêtés dans une maison-refuge de l’Isère. Face à l’intensification des persécutions antisémites, début avril, Sabin Zlatin part à Montpellier pour tenter de trouver des solutions pour disperser les 45 enfants qui se trouvent alors à Izieu.

Le 6 avril 1944, Klaus Barbie, à la tête d’hommes de la Gestapo et de la Wermacht, investit la maison d’Izieu où se trouvent alors les enfants et huit adultes. Sabine Zlatin qui se trouve à Montpellier est avertie par un télégramme de Marie- Antoinette Cojean, secrétaire de la souspréfecture de Belley : « Famille malade – maladie contagieuse. »

Un adulte, Léon Reifman parvient à s’échapper et à se cacher grâce à l’aide de fermiers voisins. Tout le monde est chargé sans ménagement dans deux camions. Miron Zlatin est battu devant les enfants. Sur la route qui descend, les voisins entendent les enfants chanter « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine ». Le seul enfant non-juif, René-Michel Wucher, 8 ans, est libéré lors d’une halte dans un village en contrebas d’Izieu.

Le 7 avril 1944, les 51 personnes arrêtées sont transférées de la prison de Montluc à Lyon au camp de Drancy. Entre le 13 avril et le 30 juin, 42 des enfants et 6 adultes sont déportés à Auschwitz par les convois no 71, 74, 75 et 76. Tous, à l’exception de Léa Feldblum, sont assassinés immédiatement à leur arrivée au camp de Birkenau. Deux adolescents et Miron Zlatin sont déportés vers l’Estonie par le convoi 73, où ils sont assassinés. Des 51 personnes déportées, seule Léa Feldblum, éducatrice de la colonie, survivra à Auschwitz et aux expérimentations médicales qu’elle y a subies. Elle porte le matricule 78620.


Izieu, 44 enfants et 7 adultes

Sami ADELSHEIMER 5 ans, né en Allemagne, déporté par le convoi 71
Hans AMENT 10 ans, né en Autriche, déporté par le convoi 75
Nina ARONOWICZ 11 ans, née en Belgique, déportée par le convoi 71
Jean-Paul BALSAM 10 ans, né en France, déporté par le convoi 71
Max-Marcel BALSAM 12 ans, né en France, déporté par le convoi 71
Elie BENASSAYAG 10 ans, né en Algérie, déporté par le convoi 71
Esther BENASSAYAG 12 ans, née en Algérie, déportée par le convoi 71
Jacob BENASSAYAG 8 ans, né en Algérie, déporté par le convoi 71
Jacques BENGUIGUI 12 ans, né en Algérie, déporté par le convoi 71
Jean-Claude BENGUIGUI 5 ans, né en Algérie, déporté par le convoi 71
Richard BENGUIGUI 7 ans, né en Algérie, déporté par le convoi 71
Barouk-Raoul BENTITOU 12 ans, né en Algérie, déporté par le convoi 71
Albert BULKA 4 ans, né en Belgique, déporté par le convoi 71
Majer BULKA 13 ans, né en Pologne, déporté par le convoi 71
Lucie FEIGER 49 ans, née en France, déportée par le convoi 72
Léa FELDBLUM 25 ans, née en Pologne, déportée par le convoi 71 (seule survivante)
Lucienne FRIEDLER 5 ans, née en Belgique, déportée par le convoi 76
Mina FRIEDLER 32 ans, née en Pologne, déportée par le convoi 76
Egon GAMIEL 9 ans, né en Allemagne, déporté par le convoi 71
Liliane GERENSTEIN 11 ans, née en France, déportée par le convoi 71
Maurice GERENSTEIN 13 ans, né en France, déporté par le convoi 71
Henri-Chaïm GOLDBERG 13 ans, né en France, déporté par le convoi 71
Joseph GOLDBERG 12 ans, né en France, déporté par le convoi 71
Claudine HALAUNBRENNER 5 ans, née en France, déportée par le convoi 76
Mina HALAUNBRENNER 8 ans, née en France, déportée par le convoi 76
Georgy HALPERN 8 ans, né en Autriche, déporté par le convoi 71
Arnold HIRSCH 17 ans, né en Allemagne, déporté par le convoi 73
Isidore KARGEMAN 10 ans, né en France, déporté par le convoi 71
Liane KROCHMAL 6 ans, née en Autriche, déportée par le convoi 71
Renate KROCHMAL 8 ans, née en Autriche, déportée par le convoi 71
Max LEINER 8 ans, né en Allemagne, déporté par le convoi 71
Claude LEVAN-REIFMAN 10 ans, né en France, déporté par le convoi 71
Sarah LEVAN-REIFMAN 36 ans, née en Roumanie, déportée par le convoi 71
Fritz LOEBMANN 15 ans, né en Allemagne, déporté par le convoi 71
Alice-Jacqueline LUZGART 10 ans, née en France, déportée par le convoi 75
Marcel MERMELSTEIN 7 ans, né en Belgique, déporté par le convoi 74
Paula MERMELSTEIN 10 ans, née en Belgique, déportée par le convoi 74
Eva REIFMAN 61 ans, née en Roumanie, déportée par le convoi 71
Moïse REIFMAN 62 ans, né en Roumanie, déporté par le convoi 71
Theodor REIS 16 ans, né en Allemagne, déporté par le convoi 73
Gilles SADOWSKI 8 ans, né en France, déporté par le convoi 71
Martha SPIEGEL 10 ans, née en Autriche, déportée par le convoi 71
Senta SPIEGEL 9 ans, née en Autriche, déportée par le convoi 71
Sigmund SPRINGER 8 ans, né en Autriche, déporté par le convoi 71
Sarah SZULKLAPER 11 ans, née en France, déportée par le convoi 71
Herman TETELBAUM 10 ans, né en Belgique, déporté par le convoi 71
Max TETELBAUM 12 ans, né en Belgique, déporté par le convoi 71
Charles WELTNER 9 ans, né en France, déporté par le convoi 75
Otto WERTHEIMER 12 ans, né en Allemagne, déporté par le convoi 71
Miron ZLATIN 39 ans, né en Russie, déporté par le convoi 73
Émile ZUCKERBERG 5 ans, né en Belgique, déporté par le convoi 71