
Nom : Déborah B.Z
Âge : 42 ans
Profession : Fundraiser pour une ONG
De quel pays avez-vous fait votre aliyah en Israël ?
J’ai quitté Paris pour aller habiter à Tel Aviv.
Quand êtes-vous arrivée en Israël ?
À l’été 2021. Un an après le début de la crise Covid.
Avec qui êtes-vous arrivée en Israël ?
Avec mon mari et nos trois enfants pour une année au soleil et pour nous rapprocher d’une partie de notre famille. Cette année off s’est terminée par la décision de faire l’aliyah.
Comment se sont passés vos premiers mois en Israël – l’adaptation, les cadres pour les enfants, la langue, le travail ?
Le fait d’être là pour une durée déterminée, du moins au début, est moins stressant qu’un projet d’aliyah plus sérieux et définitif.
Le lifestyle à Tel Aviv est très plaisant, la plage est omniprésente, l’ambiance est festive et chaleureuse en plus d’être très kids-friendly. Nous nous sommes sentis bien très rapidement.
Sur l’aspect spirituel, on n’est pas très religieux, mais je dois dire que le fait de partager pour la première fois de notre vie l’ambiance et le rythme des fêtes juives avec tout le pays était très agréable.
Pour le travail, c’est évidemment plus délicat. Mais au début, nous avons travaillé à distance puisqu’on ne voulait rester qu’une année.
Cette problématique rejoint celle de la langue. Ne pas maîtriser l’hébreu était vraiment une frustration pour moi. J’avais l’impression d’avoir accès à peu de choses alors que la vie culturelle est assez riche.
Puis est arrivé le 7 octobre. Comment avez-vous vécu cette journée là-bas ?
En Israël on apprend dès le plus jeune âge les différentes manières de réagir du cerveau humain face à une peur extrême et les différentes techniques pour la contrôler.
Après avoir été réveillée par les alertes aux roquettes et avoir couru dans l’abri, j’ai tout de suite su que c’était très grave en regardant les news sur mon portable. Ma réaction a été la sidération. Celle qui paralyse.
Parlez-moi de votre retour en France, avec quel sentiment êtes-vous rentrés en France ?
Cette peur a persisté pendant des mois, de telle manière que notre séjour chez notre famille en France s’est prolongé jusqu’à ce que l’on ne retourne plus en Israël.
C’était à la fois apaisant de nous éloigner du drame et, en même temps, une décision très difficile à prendre.
Percevez-vous aujourd’hui la vie en Israël différemment par rapport à avant votre aliyah ?
Je me suis rendue compte qu’il y avait beaucoup de préjugés sur la vie en Israël. Je conseille aux gens de se faire leur propre idée en y allant. Je n’ai pas retrouvé grand chose de la culture française mais, en revanche, j’ai renoué avec mes racines.
En quoi la vie en Israël a-t-elle changé votre perception – et celle de vos enfants – de la francité et de l’israélité ?
Souvent la hutzpa ou le côté tachless des Israéliens sont mal perçus, comme un manque de savoir vivre. De mon côté, je m’y suis parfaitement accommodée, j’ai trouvé que ça faisait gagner en efficacité et, concernant l’éducation des enfants, que ça améliorait leur confiance en eux.
Quelles habitudes ou pratiques adoptées en Israël avez-vous conservées à Paris ?
Je dramatise beaucoup moins. La situation en Israël fait que peu de choses sont graves en dehors de ce qui l’est vraiment. J’essaye de m’imprégner de cette philosophie, on dit souvent là‐bas qu’à la fin, tout ira bien – hakol yihyé beseder !
Racontez-moi une rencontre intéressante, drôle ou marquante que vous avez vécue en Israël comme ola hadasha [nouvelle immigrante].
Dans les premières semaines, on a croisé un vieil homme dans la rue qui nous a entendus parler français, et nous a lancé en hébreu en continuant sa route : « Bienvenue ! Vous êtes chez vous ici, c’est la maison ». Cette scène de film m’a beaucoup chamboulée et a fait naître beaucoup de questionnements.
Est-ce que vous rêvez encore de revenir et de poursuivre votre aliyah en Israël ?
On se sent chez nous dans les deux pays et j’en suis la plus heureuse. Après cette expérience, j’ai arrêté de vouloir tout planifier. Le proverbe yiddish dit : « L’homme fait des plans et dieu rit », alors je me laisse porter.
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