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Philip Guston. L’ironie de l’Histoire au musée Picasso

Le musée Picasso à Paris, propose jusqu’au 1er mars 2026, une mise en lumière de l’œuvre de Philip Guston, peintre de l’école de New York, contemporain de Jackson Pollock, et ami de l’écrivain Philip Roth, dont le roman Our gang fut une source d’inspiration pour ses dessins satiriques. Ses toiles cheminent avec les bouleversements politiques, sociaux et picturaux de l’histoire américaine du XXe siècle.

Publié le 14 janvier 2026

3 min de lecture

Philip Guston, de son vrai nom Philip Goldstein, naît en 1913 à Montréal, de Lieb et Rachel Goldstein, des parents émigrés russes originaires d’Odessa. La famille émigre au Canada au début du siècle avant de rejoindre Los Angeles. Alors qu’il n’a que dix ans, son père se suicide. Adolescent, Philip Guston suit des cours de dessin et montre un vif intérêt pour la bande dessinée. 

Le soleil californien voit éclore l’homme en tant qu’artiste engagé : encore étudiant à l’école d’art de Los Angeles, il propose en 1931 des dessins qui dénoncent la ségrégation raciale et le Ku Klux Klan, en s’intéressant à l’affaire judiciaire « Scottsboro Boys », dans laquelle neuf garçons Afro‐​Américains sont accusés à tort de viol et condamnés très lourdement. Pendant ses premières années, il est un artiste profondément intéressé par des idéaux de démocratie et de justice, comme en témoigne son tableau « Bombardment », inspiré par le bombardement de Guernica et présenté en 1937 à New York. À l’école d’art de Los Angeles, il rencontre notamment Jackson Pollock, qu’il retrouvera des années plus tard sur la côte Est. 

Philip Guston, Bombardment [Bombardement], 1937 – Huile sur isorel,
Gift of Musa and Tom Mayer, 2011 – Philadelphia Museum of Art, Philadelphie, 2011–2‑1
© The Philadelphia Museum of Art, Dist. GrandPalaisRmn /​image Philadelphia Museum of Art – Artwork © The Estate of Philip Guston

De l'abstraction au dessin satirique 

L’exposition permet de saisir les variations de style de Philip Guston au cours de son existence. À partir de 1947, ses toiles épousent l’expressionnisme abstrait de « l’école de New York », dans laquelle on retrouve donc son ancien camarade, Jackson Pollock, ou encore Mark Rothko. Des couleurs douces et florales imprègnent ses tableaux, si bien que les critiques d’art les relient aux impressionnistes du siècle passé, ce qui lui vaut d’être qualifié « d’impressionnisme abstrait ».

Philip Guston, Painting [Peinture], 1954 – Huile sur toile, Philip Johnson Fund, 1956
The Museum of Modern Art, New York, – Digital image, The Museum of Modern Art, New York /​Scala, Florence – Artwork © The Estate of Philip Guston

À la fin des années soixante, Philip Guston délaisse l’abstraction, retrouve son engagement social des débuts et renoue avec un côté plus figuratif. Il se lie d’amitié avec l’écrivain Philip Roth – les deux artistes vivant à Woodstock. En 1971, Guston réalise une série de dessins satiriques, qui évoquent Our Gang, le roman de Philip Roth sur l’Administration Nixon. Le musée Picasso expose ces « Nixon Drawings », qui donnent à voir une Amérique où la caricature et la liberté donnent le ton de la vie démocratique.

Philip Guston, Poor Richard [Pauvre Richard] (0020), 1971 – Encre sur papier, Promised gift of Musa Guston Mayer to The Metropolitan Museum of Art
Artwork © The Estate of Philip Guston, digital image © The Guston Foundation

Une partie de l’exposition laisse entrevoir le cheminement intérieur de Philip Guston, son évolution en tant qu’artiste au fil des décennies. Dans une archive vidéo, ce dernier s’estime traversé par son art, sans vouloir forcément chercher à analyser tous ses changements de direction. Du dessin à l’abstraction, de l’abstraction au dessin, une part de mystère émane de son œuvre. Par touches subtiles, on retrouve la question de ses origines européennes, et la présence d’Odessa, la ville de ses parents. Cette question le travaille notamment à la fin de sa vie, dans un tableau de 1977, « Black Sea » (Mer noire) qui évoque la région. Il admire l’écrivain Isaac Babel, né à Odessa, dont l’un des sujets est la tragédie, l’ironie de l’Histoire, qu’ils ont en partage.