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Expo : “Shoah” de Claude Lanzmann, une immersion par le son

À l’occasion du centenaire de la naissance de Claude Lanzmann (1925−2018) et des 40 ans de son film Shoah, le Mémorial de la Shoah propose depuis décembre 2025 une exposition immersive dans les archives de ce film‐​monument. L’occasion de découvrir des entretiens audio inédits.

Publié le 23 janvier 2026

3 min de lecture

Cassettes audios de la collection Lanzmann – Musée juif du Berlin

Si le film extraordinaire de Claude Lanzmann proposait, en 1985, plus de neuf heures de visionnage des camps, de ghettos et d’entretiens avec les témoins de la Shoah, c’est quarante ans plus tard que le Mémorial de la Shoah nous donne à découvrir des archives sonores inédites. Dans cette exposition, oubliez donc les images. Mettez le casque sur vos oreilles, et concentrez‐​vous sur ces voix, celles des rescapés, des Justes parmi les Nations et même des bourreaux. Car Claude Lanzmann, pour mener à bien son projet, fait des repérages, va sur le terrain et cherche les acteurs et actrices de cette période de l’histoire. Quand il réalise les enregistrements exhumés par le Mémorial de la Shoah, il n’a pas encore commencé son film, il le prépare. À l’aide de ses assistantes Corinna Coulmas et Irena Steinfeldt‐​Levy, et de son petit enregistreur, Lanzmann archive les paroles de celles et ceux qui ont vu, vécu, survécu et pris part au génocide des Juifs. En menant ces entretiens, le réalisateur scrute ainsi les silences, sonde les histoires, réfléchit aux points de vue qu’il souhaite traiter dans son œuvre. C’est à l’issue de cette grande phase préparatoire, de la Pologne à la Lituanie, qu’il se décide : dans Shoah, il sera question de la mort, de l’extermination, de l’anéantissement. 

Découpée en six parties, l’exposition rend accessible douze extraits audios et trois vidéos allant de trois à une dizaine de minutes. On y entend Ilana Safran, déportée à Sobibór. Elle s’enfuit lors de la révolte du 14 octobre 1943, ou encore le docteur Wulf Pessachowitz, interné au ghetto de Šiauliaien Lituanie et forcé de pratiquer des avortements sur les femmes enceintes du ghetto. On écoute le Juste allemand Hermann Gräbe qui, en protégeant des centaines de travailleurs juifs de son usine puis en témoignant contre l’Allemagne au procès de Nuremberg, fut considéré comme un traître dans son pays. On découvre les justifications, voire les complaintes, de certains fonctionnaires criminels du régime nazi. Parmi eux, Richard Otto Horn – superviseur du commando de la fosse de Treblinka – ou Lothar Fendler, le chef adjoint du Sonderkommando 4b de l’Einsatzgruppen C que l’on entend si gêné (et gênant pour les auditeurs que nous sommes) en avouant être traumatisé par ce qu’il a vécu durant cette période. 

Quelle est donc sa démarche ? Quel est son point de vue ? Que veut‐​il savoir ? C’est à toutes ces questions que Claude Lanzmann tente de répondre dans ces entretiens audios. Car si nous découvrons surtout l’histoire des témoins interviewés, ce sont aussi les coulisses de la rencontre entre le réalisateur et ses personnages qui nous parviennent.. Nous percevons les silences, les instants d’inconfort, la colère aussi. Dans l’intimité des protagonistes – une intimité que seule l’écoute au casque permet – nous sommes auditeurs de leurs confidences, mais aussi de leurs doutes et hésitations. 

Dans les deux salles qui composent l’exposition, au troisième étage du Mémorial, nous pouvons lire les transcriptions en français des entretiens. Mais c’est bien en allemand ou en anglais que notre oreille perçoit l’émotion. Dans ces coulisses de Shoah, on découvre aussi un Lanzmann à l’allemand limité – lui qui a enseigné à l’université libre de Berlin –, et à l’accent français prononcé quand il parle anglais. C’est dans cette dernière langue qu’il s’adresse aux témoins, qu’il explicite son projet en toute honnêteté malgré le risque de refus. “Pour être honnête, c’est un film avec un point de vue juif”, explique‐​t‐​il à Edmund Veesenmayer, ancien chef SS et responsable dans la déportation des Juifs hongrois. 

Et c’est ça toute la richesse de cette exposition : cette immersion dans les coulisses. Elle nous offre à voir le fruit de ces recherches acharnées, partout en Europe, des témoignages recueillis entre 1974 et 1975, avant que les tournages ne commencent un an plus tard. En tout, Claude Lanzmann a consacré douze années de sa vie à ce projet monumental. Douze années pendant lesquelles il a repertorié, filmé, enregistré des centaines et des centaines de témoins directs du génocide des Juifs. Douze années pendant lesquelles le journaliste et écrivain a pu créer une bibliothèque inédite d’archives de la Shoah. L’ensemble de ces enregistrements, qu’on peut écouter au Mémorial, a été donné par l’Association Claude et Félix Lanzmann au Musée juif de Berlin. L’association Claude et Félix Lanzmann a aussi fait don au Mémorial de la Shoah de 95 cassettes audio originales des enregistrements pré‐​tournage. Ces cassettes, une fois numérisées, seront mises à disposition des chercheurs et du public.