
Le Goethe-Institut de Paris vous a confié l'organisation de plusieurs événements et rencontres autour du 27 janvier, jour de la libération du camp d'Auschwitz-Birkenau en 1945 par l'Armée soviétique. Qu'est-ce qui a guidé votre réflexion, qu'aviez-vous envie de "faire passer" ?
En effet, j’ai été contacté par Katharina Hey, la nouvelle directrice du Goethe Institut de Paris à la suite de la publication de mon livre en septembre dernier. Elle m’a demandé d’imaginer tout un cycle d’événements autour du 27 janvier. Ce qui a guidé ma réflexion, c’est avant tout de donner à lire, à voir et à entendre des œuvres qui me sont importantes et de m’entourer de personnes avec qui je partage un héritage ou un intérêt communs : le guitariste polonais Raphaël Roginski, dont les albums m’ont ébloui et qui a réfléchi à son héritage juif, lui qui a grandi entre l’Allemagne et la Pologne et aux façons de l’actualiser ; Shahar Fineberg, qui consacre une bonne partie de son temps au théâtre yiddish, Louise Gurman‐Dessauce, que j’ai rencontrée très récemment et qui elle aussi travaille sur Debora Vogel, une poète polonaise qui a écrit en yiddish. J’ai également demandé à ma cousine, Lara Zafrani, de venir sur scène lire un texte de notre grand‐mère sur ses souvenirs d’enfance en Allemagne, sa fuite hors d’Allemagne et sa vie en France.
Dans votre programmation, vous avez choisi de consacrer une discussion à l'œuvre (et à la vie) de Perec en présence de l'un de ses biographes, Claude Burgelin, et une autre au film Chantal Akerman par Chantal Akerman, en compagnie de la monteuse du film, Claire Atherton. Pourquoi ces deux artistes-auteurs vous aident-ils à penser le souvenir de la Shoah ?
Je développe cela longuement dans mon livre, mais Perec et Akerman m’ont été essentiels lorsque je me suis mis en tête d’explorer mon histoire familiale. Comme je viens d’une famille où l’on ne parle pas de la Shoah, je me suis adossé à leurs œuvres dans lesquelles ils explorent le silence et l’absence. Et j’ai compris grâce à eux que je pouvais écrire mon héritage de silence, que l’écriture n’était pas simplement un moyen d’explorer des récits qui m’auraient été transmis, mais l’absence de tels récits.
La dernière rencontre s'intitule “Écrire avec ses fantômes”, vous évoquerez notamment votre livre Géographie de l'oubli qui porte sur l’oubli de votre grand‐mère, l’oubli volontaire, les souvenirs qu’elle a préférés ensevelir, et l’oubli involontaire, celui imposé par la maladie d’Alzheimer dont elle est atteinte. Vous avez choisi d'échanger avec Ricarda Messner, autrice du roman Wo der Name wohnt. Pourquoi son travail trouve-t-il un écho chez vous ?
En entendant parler mon livre, Sarah Foezon, la directrice de la bibliothèque du Goethe Institut, a pensé à Ricarda Messner, qui a publié l’année dernière ce livre qui a connu un beau succès en Allemagne. Perec et Akerman ont également été pour elle une grande découverte. Elle s’intéresse avant tout aux lieux, aux adresses, aux façons dont les endroits habités par nos aïeux résonnent en nous sans que nous comprenions comment ni pourquoi. Nous nous sommes rencontrés et j’ai été frappé par ces similitudes qui existent entre nous malgré nos différences biographiques. C’est de cela dont nous parlerons lors de notre rencontres : des fantômes que nous abritons et qui guident nos plumes lorsque nous écrivons.
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