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Livre illustré : le témoignage de Ginette Kolinka, le trait de Catel

Ce 26 janvier 2026 – veille de la journée internationale à la mémoire des victimes de l’Holocauste, et quelques jours avant le cent‐​unième anniversaire de Ginette Kolinka – paraît Ginette Kolinka, contre la haine, livre d’entretiens illustré par Catel Muller, aux éditions de la Sirène.

Publié le 26 janvier 2026

3 min de lecture

Ginette Kolinka, contre la haine, éditions de la Sirène

« C’est comme une mission. [...] Si on n’en parle pas maintenant, ça recommencera demain. En parlant un peu, ce qu’on espère, c’est que ça fera réfléchir les gens. Où peut mener la haine ? » interroge encore et toujours Ginette Kolinka. Forte, souriante, prolixe et sans filtre, on ne présente plus l’infatigable témoin des camps de la mort, déportée en avril 1944 à Auschwitz‐​Birkenau. Celle qui avait publié avec la journaliste Marion Ruggieri Une Vie heureuse, chez Grasset, en 2023, s’est tue jusqu’aux années 2000, avant de commencer – et de ne jamais cesser de témoigner, acceptant la plupart des sollicitations. Lorsqu’elle se rend à Fécamp (en Normandie) pour une rencontre en librairie, Catel Muller (dite Catel) est dans le public. L’autrice de BD, reconnue pour ses livres jeunesse et ses biographies de femmes remarquables (les « Clandestines de l’Histoire », dont Joséphine Baker, Olympe de Gouges, Alice Guy…) échange avec Ginette, qui lui lance, avec sa spontanéité légendaire : « Vous devriez dessiner mon histoire, ce qui est immontrable, parce que les mots ne suffisent pas. »

C’est ici que ce projet illustré et familial commence. Familial, car Catel recroise la route de Ginette, quelque temps plus tard, grâce à sa fille Julie Scheibling, qui avait reçu Ginette dans sa classe d’histoire d’un lycée parisien. José‐​Louis Bocquet, compagnon et régulièrement co‐​auteur de Catel, signe la préface de l’ouvrage et expose la démarche : « avec l’aide de ses filles, Julie et Line Scheibling, équipées de deux caméras, la parole de la survivante de la Shoah est captée dans toute sa puissance, son charisme, sa drôlerie et sa brutalité ». Ginette Kolinka y livre son récit de déportation comme un document d’histoire et un engagement contre la haine.

Ginette Kolinka, contre la haine, éditions de la Sirène

Sobriété et expressivité 

Les illustrations en noir et blanc s’inspirent de la gravure sur bois. Sobres et expressives, elles cohabitent bien avec la simplicité des mots de Ginette, dont le témoignage oral est souvent restitué au présent. Même lorsqu’on connaît son histoire, cette édition l’amplifie. On se représente des choses que l’on avait évité d’imaginer : en l’occurrence, le processus de déshumanisation qu’a subi Ginette. Elle se raconte en « toutou » ou « robot » avec un cerveau à l’arrêt. « On perd les sentiments très vite, peut-être en l’espace d’une matinée et un peu l’après-midi. Après c’est fini. J'ai appris que mon père et mon frère étaient partis en fumée, je ne me suis pas trouvée mal, je n'ai même pas pleuré, d'ailleurs, je n'ai plus jamais pleuré du reste de ma vie ». 

Cette parole franche et factuelle, presque à distance, trouve dans le médium dessin un allié naturel. Ensemble, ils rendent possible une représentation du réel qui reste audible, sans pathos et sans détour. Il y a chez Ginette Kolinka une espièglerie, une vivacité, qui trouve un écho dans le dessin de Catel. L’image oblige, accueille, sans sidérer. 

Ginette Kolinka, contre la haine, éditions de la Sirène

On découvre ou redécouvre des détails, qu’on se figure autrement : comment a‑t‐​elle connu Simone Veil ? Comment faisaient les femmes qui avaient leurs règles ? Y avait‐​il des rapports sexuels, dans les camps ? 

Ce qui frappe aussi, dans ce témoignage, c’est l’insouciance de Ginette, avant sa déportation. Insouciance qui résonne aujourd’hui de manière troublante, alors que les poisons qu’elle évoque – l’antisémitisme, le racisme, la haine de l’autre – se font de plus en plus bruyants. Ce livre ne se contente pas de transmettre une mémoire, il nous oblige à nous demander ce que nous en faisons. Ginette Kolinka, elle, reste fidèle à son engagement : «Contre la haine ! Ça, je le chante et je le hurle !».

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