M

Thématiques

Newsletter

Chaque semaine, recevez les dernières actualités de Tenoua

À propos

Qui sommes-nous

L'équipe

Les partenaires

Contact

Archives

Informations

Mentions légales

Maison d’Izieu : « L’expérience virtuelle est certes différente mais elle permet de porter cette mémoire »

Le 6 avril 1944, Klaus Barbie, à la tête d’hommes de la Gestapo et de la Wermacht, investit la maison d’Izieu, dans l’Ain, qui recueille des enfants juifs. 44 enfants et 7 adultes sont raflés et déportés. Seule une adulte survivra. Pour permettre au plus grand nombre d’élèves d’avoir accès à la Maison d’Izieu – Mémorial des enfants juifs exterminés, l’institution met désormais en place un dispositif de visite « hors les murs » de ce lieu de mémoire et d’histoire. Tenoua a rencontré Axelle Bourgougnon, chargée de projets culturels et éducatifs.

Publié le 28 janvier 2026

5 min de lecture

Antoine Strobel-Dahan - La Maison d'Izieu met en place un dispositif de visite hors les murs. Quel y est votre rôle ?

Axelle Bourgougnon – Depuis plus de trois ans, je suis médiatrice culturelle à la Maison d’Izieu, c’est‐​à‐​dire que j’encadre principalement les visites du site, tout en assurant la coordination d’événements culturels de la maison. Depuis le début de cette année, je suis chargée de projets culturels et éducatifs, un poste que nous avons créé dans le cadre des nouveaux objectifs de développement du Mémorial, avec une programmation culturelle plus fournie et des événements récurrents. L’idée étant d’associer ici culturel et éducatif et c’est dans ce cadre que nous avons développé ce dispositif de visite virtuelle pour toucher un public qui, aujourd’hui, ne vient pas sur site.

ASD - La Maison, par nature, est un peu isolée dans le département de l'Ain, à un peu plus d'une heure de route de Lyon ou Grenoble. Il n'est donc pas toujours évident pour un enseignant d'y emmener sa classe. Cette nouvelle offre vise-t-elle à combler cette distance ?

AB – Il y a en fait trois raisons pour lesquelles certains scolaires ne peuvent pas venir à la Maison d’Izieu : la distance, le coût du transport et notre capacité d’accueil. Aujourd’hui, nous accueillons environ 18.000 élèves par an, et nous en avons 6.000 en liste d’attente, autrement dit des demandes de visite auxquelles nous ne sommes pas en mesure de répondre. La Maison est inscrite aux monuments historiques et nous avons des jauges à respecter dans ces pièces qui ne sont pas très grandes : nous pouvons accueillir 30 personnes par étage en même temps, autrement dit une classe. En utilisant la rotation entre visite et ateliers et au sein des espaces de visite, nous pouvons accueillir six groupes soit 180 personnes par jour. En tant que monument historique, nous n’avons pas non plus la possibilité d’adapter le bâtiment aux personnes à mobilité réduite.
S’ajoute à cela le coût du transport pour les établissements scolaires : pour une classe, c’est environ 1.000 euros. Et c’est aussi pour ça que nous avons voulu proposer cette nouvelle visite à distance qui est bien moins onéreuse [150 à 300 € selon la formule].

ASD - Comment fonctionne cette visite virtuelle ? 

AB – Cette visite virtuelle est une visite à 360 degrés à la fois de la Maison elle‐​même et du musée. Le grand public a d’ailleurs accès gratuitement à une version allégée de cette visite virtuelle sur notre site. Cela permet déjà de se rendre compte des espaces, de voir à quoi ça ressemble, de comprendre ce qu’il y a à visiter. Mais cette visite accessible de manière totalement gratuite sur notre site Internet, ne permet pas en revanche de zoomer sur les documents qui sont dans la maison ou dans le musée – c’est un accès à l’espace. En complément de cette visite, nous avons créé une deuxième visite beaucoup plus documentée, accessible aux personnels de la Maison, avec une sélection de nombreux documents et témoignages que nous présentons habituellement sur site. C’est la visite que nous présentons aux classes dans le cadre pédagogique. 

Pour cette visite virtuelle, nous proposons deux modalités : avec un médiateur qui se rend en salle de classe et visite la maison virtuellement avec les élèves, ou en 100% virtuel avec un médiateur à distance. 

ASD - Il y a tout de même une grande différence entre se rendre sur un lieu de mémoire et le visiter à distance par écran interposé, plus encore si aucun médiateur n'est présent en salle de classe. Comment avez-vous pensé cet aspect ?

AB – Concernant la venue d’un médiateur en salle de classe, nous en avons l’expérience, puisque nous allions déjà dans des établissements scolaires présenter le site, mais uniquement à l’aide de photos et documents que nous amenions sur une clé USB. Cette nouvelle visite immersive change sensiblement l’expérience. Le 100% virtuel vise à toucher des établissements qui sont beaucoup plus loin, y compris en outre‐​mer ou à l’étranger, ou qui n’ont qu’un petit budget. 

Cela dit, nous avons bien conscience qu’une visite virtuelle ne remplacera jamais l’émotion d’être physiquement présent sur les lieux. À titre personnel, quand je fais visiter la Maison sur site, il y a ces deux pièces, les dortoirs, qui sont pour nous le cœur de la Maison, et où je ne parle pas : je laisse les visiteurs regarder les portraits des enfants avec leurs dates et lieu de naissance et leur date et lieu d’assassinat. L’émotion qui se dégage de ces pièces n’est évidemment pas la même en virtuel. Mais malgré tout, on parle du lieu, de cette histoire, de ces enfants, on parvient à transmettre les valeurs que porte ce qui a été fait dans cette maison. L’expérience virtuelle est certes différente, mais elle reste un moyen de porter cette mémoire auprès d’un public le plus large possible. 

ASD - Quels sont vos objectifs en termes de nombre d'élèves à qui présenter cette visite virtuelle ?

AB – Le premier objectif est de proposer une alternative à tous ceux que nous n’avons pas la possibilité d’accueillir sur place. Tous les enseignants ne sont pas favorables à ce genre de visites mais certains l’accueillent volontiers. Nous devons donc travailler à expliquer en quoi cette expérience, bien que différente, reste très riche pour les élèves. Nous n’avons pas à ce stade d’objectif chiffré, nous voulons simplement être en mesure de proposer ce dispositif à tous ceux qui le souhaitent et en montrer l’intérêt.

ASD -  Comment cela se passe-t-il quand un enseignant vous contacte pour cette visite ? Y a-t-il un travail préparatoire ? Lui fournissez-vous du matériel pédagogique ?

AB – Nous fournissons toujours du matériel aux enseignants, notamment un dossier pédagogique, et notre site est très complet en termes de ressources. Nous rencontrons aussi généralement les enseignants en amont pour préparer la visite et comprendre leurs attentes. Ensuite, le degré de préparation de la classe varie beaucoup. Certains groupes arrivent avec de bonnes connaissances initiales, d’autres très peu, notamment parce que l’enseignement de la Shoah est parfois devenu très compliqué, et certains enseignants se reposent beaucoup sur la visite et la présence du médiateur pour traiter cette partie du programme. Avec chaque visite, l’enseignant a accès, durant toute l’année scolaire, à la visite virtuelle complète qui permet l’accès aux documents. Et nous avons construit en parallèle une « enquête muséographique » pour les élèves, un petit livret avec des questions auxquelles ils peuvent répondre en parcourant la maison virtuellement. 

ASD - Mais il est préférable que les élèves arrivent préparés à cette visite ?

AB – C’est hautement préférable. Il faut comprendre que le temps que nous avons avec eux est court et que nous pouvons aller beaucoup plus loin dans la réflexion s’ils connaissent déjà les fondamentaux. D’autant que même hors site, l’histoire dont nous parlons est dure et peut être très déstabilisante pour des élèves non préparés. Cela dit, c’est pareil sur place : on voit des élèves se décomposer quand ils comprennent qu’on leur parle de l’assassinat de 44 enfants. L’émotion du lieu change avec le virtuel, mais l’émotion de l’Histoire est la même. 

Pour en savoir plus :
Le site de la Maison d'Izieu - Mémorial des enfants juifs exterminés

L'offre pédagogique "hors les murs"

La visite virtuelle accessible gratuitement au grand public