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Théâtre : Notre histoire (se répète)

Six ans après leur spectacle Notre histoire, créé en 2020, Jana Klein et Stéphane Schoukroun reviennent sur les planches du théâtre de la Concorde. Avec Notre histoire (se répète), le couple d’artistes tente une expérience scénique audacieuse : réécrire leur propre spectacle, confronté aux déchirures de ces dernières années.

Publié le 10 février 2026

3 min de lecture

© Lucie Jean

Sur la scène, il ne reste qu’un tapis de course et des malles recouvertes de draps, vestiges d’un spectacle – et d’une époque – révolu : Notre histoire. Créée en 2020, cette pièce mettait en scène un couple mixte, qui se rencontre à Avignon, et qui tente de transmettre à leur fille de 9 ans un héritage marqué par la Shoah. Jana est allemande, Stéphane est juif. Elle est la petite‐​fille d’un officier nazi d’un côté, et d’un grand‐​père tsigane et tchèque, résistant et déporté, de l’autre. Lui est Juif séfarade. 

Six ans plus tard, alors qu’ils souhaitent rejouer Notre histoire sur la même scène qui les avait accueillis quelques années plus tôt, Jana et Stéphane se heurtent à une toute autre réalité. En 2026, les lignes de fractures ont bougé, les repères ont changé. Entre‐​temps, les massacres du 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza qui s’en est suivie se sont immiscés dans leur quotidien, comme dans le nôtre. Jouer Notre histoire n’est plus possible. Il faut raconter autrement, réinventer ce spectacle et l’adapter à l’aune de l’actualité géopolitique et de la montée de l’antisémitisme en France. Finalement, c’est à travers une mise en abîme finement ficelée que Jana et Stéphane nous font entrer dans les coulisses de cette réécriture. 

Nous assistons alors aux questionnements qui bouleversent la réécriture de la pièce, tant dans l’intimité des personnages que dans la scénographie. Comment raconter le passé de chacun sans penser aux atrocités du présent ? Comment évoquer l’histoire des Juifs d’Europe décimés pendant la Shoah, à une époque où il est si difficile de se dire Juif ? Comment accompagner leur fille, désormais âgée de 16 ans, dans la construction de son identité ? Enfin, que peut‐​on dire – ou ne plus dire – en 2026 ?

© Christophe Raynaud de Lage 

Accompagnés de deux intelligences artificielles à la fois nécessaires et intrusives – les célèbres Siri et Alexa –, Jana et Stéphane tentent en vain de rejouer leur histoire. À l’écoute de leurs doutes et de leurs désaccords, nous tâtonnons avec eux. Car leur intimité au sein de leur couple et leurs identités respectives sont elles aussi bouleversées par cette nouvelle réalité, à l’heure où les anciennes victimes sont désignées comme bourreaux et où les bourreaux du passé parviennent soudain à se faire oublier. Pourtant, le couple persévère : les jours se répètent, mais eux tentent d’avancer un peu plus dans leur quête de vérité. Pour cela, ils convoquent les fantômes du passé, comme le grand‐​père tzigane et résistant de Jana ou, plus tard, sa grand‐​mère, l’épouse de l’officier nazi, de l’autre côté de la famille. Avec autant d’humour que de sincérité, c’est à cette femme – « celle qui a dit oui, celle qui a la solution » – que Stéphane demande : comment éviter que l’histoire se répète ? Comment éviter les erreurs du passé ? Elle, qui n’élude pas le sujet et avoue avoir bien profité de la guerre et de l’après-guerre, l’exhorte à agir : « On se positionne. On entre dans l’Histoire. Ou on disparaît ». 

Tantôt gênant, souvent drôle, et profondément tragique, ce spectacle nous donne à réfléchir sur ce que signifie « faire société » dans une époque post‑7 octobre et guerre à Gaza. Malgré une première partie qui peut sembler un peu longue, c’est un spectacle à la fois intime et politique qui nous est proposé, et qui nous pousse, nous aussi, dans nos retranchements. 

D’ailleurs, le public n’est pas simple spectateur : à l’issue de la représentation, chacun est libre de rester pour échanger avec les comédiens. Et le travail de pédagogie et de réflexion collective initié par la troupe (S)-vrai dépasse la scène : c’est en parallèle d’ateliers dans les lycées d’Île-de-France et de riches discussions avec les élèves que Jana Klein et Stéphane Schoukroun ont réécrit ce spectacle. Ils en ont fait un podcast dans lequel les étudiants partent à la recherche de leurs origines et se demandent : « Comment me suis-je raconté·e mon histoire ? »


Informations pratiques
Notre histoire (se répète) se jouera jusqu’au 14 février 2026 au Théâtre de la Concorde à Paris.
Puis le 11 mars 2026 au théâtre Jacques Carat à Cachan et les 17, 19 et 20 mars au Musée national de l’Histoire de l’immigration dans le cadre du Grand Festival, à Paris. 
Enfin, la troupe de la compagnie (S)-vrai se produira lors du Festival d’Avignon en juillet 2026.