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Israéliens à Paris : Simon, coiffeur pour enfants, houtspa et art de vivre 

Depuis plusieurs mois déjà, Gali Eytan photographie et rencontre des Israéliens qui vivent à Paris. Aujourd’hui, elle nous présente Simon Ben Baroukh. Après un voyage en Europe, il décide de rester quelques semaines à Paris. Aujourd’hui cela fait 36 ans qu’il vit dans la capitale française. Il dirige un salon de coiffure pour enfants, vit plus ou moins au jour le jour et, malgré toutes ses années à Paris, il se sent toujours plus israélien.

Publié le 20 février 2026

4 min de lecture

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Nom : Simon Ben Baroukh 

Âge : 58 ans 

Profession : Coiffeur 


Quand et avec qui êtes-vous arrivé à Paris ? Pourquoi Paris ? 

Je suis arrivé à Paris en 1990 avec trois amis. Nous avons voyagé à travers toute l’Europe et Paris devait être la dernière étape, pour quelques jours seulement, avant de rentrer en Israël. 

J’ai une tante à Paris et je me suis dit : je vais rester une ou deux semaines de plus, puis je rentrerai. 

J’ai demandé à mon oncle s’il connaissait quelqu’un chez qui je pourrais travailler deux semaines pour gagner un peu d’argent avant de retourner étudier en Israël. Justement, un ami à lui venait d’ouvrir un salon de coiffure. À l’époque, je ne connaissais absolument rien au métier. J’ai commencé par les shampoings. Je gagnais bien ma vie grâce aux pourboires. Le temps a passé, les semaines, puis les mois. Et Paris m’a plu, ses immeubles haussmanniens, ses musées dont le Louvre. C’était aussi une époque différente, l’ambiance était bonne, la vie était animée, même la nuit. À Tel Aviv, il n’y avait pas grand chose. 

Parliez-vous français ? 

Quand je suis arrivé, je ne parlais pas un mot de français. J’ai appris avec mes oncles et, surtout, au travail. Quand on n’a pas le choix, on apprend vite. Il y a une anecdote, un malentendu qui me vient en tête : quand je faisais un shampoing, parfois si le client me disait avoir mal, je lui disais “ça fait mal au cu”. Les clients en riaient, me reprenaient et c’est comme ça que mon français a progressé. 

Qu’avez-vous apporté avec vous en France ? 

La « houtspa » israélienne, l’audace. Et le sentiment de vivre au jour le jour parce qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait (surtout en Israël !). Je dois m’expliquer : quand je suis arrivé, j’étais excessivement timide et, je me suis dit “je ne connais personne, à partir de maintenant, je décide de m’en foutre”. 

Est-ce qu’à un moment donné, vous avez eu envie de retourner vivre en Israël ? Ou avez-vous considéré que Paris pourrait être votre maison ?

Bien sûr que j’ai eu envie de rentrer. Il y a une bonne vingtaine d’années, je n’avais pas beaucoup d’argent, pas suffisamment pour rentrer régulièrement en Israël et voir ma famille qui me manquait… 

Après ma première expérience dans un salon de coiffure aux Halles, je pensais reprendre mes études, rentrer en Israël. Et puis, finalement, j’ai commencé à travailler dans un salon dans le 6e arrondissement, un salon pour enfants. Je ne pouvais plus entendre les doléances des adultes. Et, les enfants, quand on les coiffe, on a la chance de les voir grandir. J’ai su transformer ce salon pour en faire le premier salon de coiffure pour enfants (et adolescents) d’Europe : j’ai coiffé les enfants de Spielberg, de Jessica Alba ou de Jodie Foster. Les enfants que je coiffais à mes débuts viennent désormais avec leurs propres enfants. 

Dans quelles situations vous sentez-vous « plus d’ici » ou « plus de là-bas » ? 

Aujourd’hui, après 36 ans à Paris, un mariage, deux enfants, plusieurs affaires, je me sens toujours israélien. Je reste un invité ici, je n’ai d’ailleurs jamais demandé la nationalité française. Dans quelques années, je vendrai mon salon, je retournerai vivre en Israël, il est temps pour moi de profiter de la plage, j’ai 59 ans. 

Les Français – juifs ou pas – ont une façon de vivre qui n’est pas la mienne. 

Donc, dans quelques années, je prendrai ma retraite et je quitterai la France. Mais, j’ai développé une gamme de produits cosmétiques pour enfants, je viendrai de temps en temps en France pour assurer leur distribution.

Quelle place occupe l’hébreu dans votre vie aujourd’hui? 

Mon hébreu s’est un peu abîmé avec le temps, c’est pourtant la langue dans laquelle je compte ! Je continue à le parler avec des amis, avec ma famille quand ils viennent à Paris. Et, depuis quelques années, de plus en plus d’Israéliens s’installent à Paris. Dès que je séjourne en Israël, tout revient naturellement après une ou deux semaines sur place. 

Le 7 octobre, où étiez-vous et comment avez-vous vécu ce moment depuis la France ? 

Cela a été une période très difficile en Europe, particulièrement en France. Je n’aurais jamais imaginé que les Français seraient aussi à gauche et, selon moi, aussi antisémites. C’est regrettable. 

Même s’il y a toujours eu des ignorants, j’ai ressenti l’été dernier, une atmosphère particulière, j’ai d’ailleurs reçu de nombreuses menaces sur les réseaux sociaux du salon. 

Quand on vous demande d’où vous venez, que répondez-vous ? 

Avant ou après le 7 octobre, je n’ai jamais caché que j’étais israélien, je n’en ai pas honte et je n’ai pas la langue dans ma poche. Récemment, j’ai été obligé de mettre deux personnes qui assimilaient les Israéliens à des tueurs à la porte.

Votre identité juive s’est-elle renforcée depuis votre départ d’Israël ? 

Mon identité juive a toujours été forte. Chaque vendredi, des loubavitch viennent au salon. Pendant les fêtes, le salon est fermé. J’ai toujours mangé kasher. Si l’on me demande si je suis juif, je ne m’en cache pas, si on ne me le demande, je ne le dis pas. 

Que diriez-vous aujourd’hui aux Israéliens qui envisagent de s’installer à Paris ? 

Je ne regrette pas un instant d’être venu et d’être resté à Paris. Mais aujourd’hui, je dirais que c’est une erreur que de s’installer dans ce pays, dans cette ville. S’installer ici dans les années quatre‐​vingt‐​dix n’a rien à voir avec ce que peuvent vivre les Israéliens aujourd’hui. Je pense que les Juifs qui vivent en France (et plus largement en Europe), doivent réfléchir à une option pour les années à venir. Dans une quinzaine d’années, je doute que l’on soit encore les bienvenus, je pense que l’antisémitisme continuera à augmenter. 

Une rencontre marquante avec des Israéliens ? 

Ce qui est drôle, c’est qu’à chaque fois que je rencontre des Israéliens ici, ils ont du mal à croire que je suis israélien – je ne sais pas pourquoi. 

Quand je vais en Israël, on pense que je suis français. Et en France, les gens ne savent pas vraiment d’où je viens : j’ai un léger accent qu’on n’arrive pas à identifier. J’ai le sentiment que les clients m’identifient comme juif donc parviennent à faire lien, à savoir d’où je viens.