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Un Festival avec des films israéliens, sans cinéastes israéliens 

Le Festival du Cinéma Israélien, qui se déroule du 16 au 24 mars 2026 au Majestic Passy à Paris, met à l’honneur la création israélienne, de plus en plus mise à l’épreuve. Le film d’ouverture Burning man porte sur l’amour (et l’angoisse) d’un père pour son fils soldat, son réalisateur était absent pour cause de guerre.

Publié le 17 mars 2026

3 min de lecture

Lundi 16 mars, le Festival du Cinéma Israélien a démarré. Sans les cinéastes israéliens. “Parce que le ciel est fermé”. Depuis le 28 février, les Israéliens vivent au rythme des missiles iraniens et se retrouvent dans des abris plusieurs fois par jour et par nuit. “Ce Festival est très important, il nous permet de soutenir Israël, le pays, de soutenir les Israéliens, le peuple israélien dans toute sa diversité”, rappelle le réalisateur Radu Mihaileanu, président de l’édition 2026 du Festival. On apprend aussi qu’il existe en Israël, 17 écoles de cinéma. On pense que l’information est suffisamment parlante pour la faire figurer dans cet article. C’est l’une de ces écoles qui a donné naissance au court‐​métrage Falling Up d’Amit Lellouche. Le court‐​métrage s’inspire (beaucoup) de l’histoire du réalisateur, celle d’un survivant déplacé après le 7 octobre, d’un jeune homme qui ne parvient pas à quitter l’hôtel dans lequel il est hébergé depuis neuf mois. Quelque chose le retient. 

Burning man : comment un père peut-il aimer son fils ?

Avant la projection, le réalisateur Eyal Halfon, dans un message vidéo, nous prévient : le film a été écrit avant le 7 octobre. Il a été tourné après. Mais rien n’a changé dans le scénario, sauf une scène, la scène de fin (que nous ne dévoilerons pas). 

Un père, Jonas, et son fils, Omer, se trouvent dans une voiture : le père conduit, le fils porte un uniforme de soldat. Pour passer un peu de temps ensemble, Jonas décide de déposer son fils à sa base, plus besoin d’un bus pour faire le trajet. La conversation n’est pas bavarde, pudique même. Elle n’a pas tellement de sens, non plus. Elle est d’un banal désarmant. On écoute de la musique suggérée par le fils. On parle de la calvitie qui pourrait sauter une génération, enfin pas si sûr que ça. C’est déjà la fin du voyage, les adieux. Le fils avance vers sa destination, sa silhouette s’éloigne peu à peu pour se dissiper. Le père qui ne veut pas laisser partir son fils et qui le laisse pour autant partir, reste, statique. Que pourrait‐​il arriver à Omer loin de son père ? Pas besoin de beaucoup réfléchir pour énumérer les hypothèses. Comme si le père pouvait encore protéger son fils, le soldat, le combattant. Peu importe ce que le père peut ou ne peut pas, il décide de rester. Pas trop loin de la base, pas trop loin du fils, dans le désert du Néguev, à l’ombre d’un arbre, à côté d’une table de pique‐​nique. Il attend que le temps passe, que son fils revienne. Quelque chose dans son au revoir l’a troublé, alors, il rôde. 

Depuis son point de chute, Jonas rencontre des étrangers, des étrangers particulièrement généreux, chaque échange donne lieu à un petit cadeau, un sandwich, un T‑Shirt de festival techno (à quelques pas s’organise un événement, comment ne pas penser au Nova Festival), un bob pour se protéger du soleil, un kit pour se préparer un café… À un moment donné, il rencontre un cycliste qui se trouve être le parent d’un camarade de classe de son fils. Le fils du cycliste a décidé de ne pas poursuivre son service militaire et de réaliser un film un peu comme Valse avec Bachir mais en plus glauque, en signe de contestation, face au gouvernement israélien et à la colonisation, explique le père. On pense à ce père dont le fils est à l’armée comme la majorité des jeunes Israéliens, parce qu’ils n’ont pas le choix. Sinon, ils sont considérés comme déserteurs. Et là, on pense au film Le déserteur, l’histoire d’un soldat de 18 ans qui s’échappe de Gaza pour aller voir sa petite copine, il désobéit parce que l’envie lui dit. Revenons à notre film, à ce père dont le fils n’est pas là. Son fils est à l’armée et il lui faut attendre que son service se termine. Pour que ses angoisses cessent. Pour que son fils vive et que la mort ne plane pas. On pense à tout ce qui se passe dans la tête des parents dont les enfants combattent, on voit apparaître des nœuds qui se forment sur d’autres nœuds, impossibilité de les démêler. 

Le père écrit des livres, il confie qu’Omer, le petit dernier, est son préféré, le petit est né prématuré, fragilisé dès la naissance. Les jours et les nuits passent. Il attend encore, continue à rencontrer, se laisse porter par les inconnus, danse, nage, mange. Ne prie pas. Pendant qu’il se languit, vient un agent immobilier qui pense beaucoup à Dieu, beaucoup trop certains diront. Il s’est déplacé de Tel Aviv jusqu’au désert pour aider cet homme, qu’il trouve égaré, à trouver un appartement, pour accomplir une mitsva, pas pour sa commission. On rit de ces deux hommes qui n’ont rien à voir, qui se rassurent que l’autre existe. Le père passe le temps comme il peut. Son fils en vie dans la tête.