Une seule consigne avait été donnée par la maison d’édition Buchet‐Chastel : choisir une musique guidant l’écriture, une chanson servant de fil rouge à l’histoire de son choix, qu’elle soit réelle ou fictive. "Enta Omri d’Oum Kalsoum", s’entendit répondre, presque malgré elle, Agnès Desarthe au téléphone. Une réponse qui surprit l’autrice elle‐même, comme si la chanson, plutôt que d’être choisie, s’était imposée à elle. Comme si la musique lui murmurait : "Il est temps de dire tout ce que tu n’as pas dit".
Il en aura fallu du temps – et du courage – pour parvenir à raconter l’exil, la peur de la guerre, les déchirements identitaires et l’effroi du 7 octobre. C’est ce cheminement, intime et à la fois universel, qu’est parvenu à faire Agnès Desarthe dans son dernier roman, Qui se ressemble, publié aux éditions Buchet‐Chastel.
Au rythme d’Enta Omri, le portrait de trois générations se dessine dans ce texte d’une grande délicatesse. Projetés en 1956, à Besançon, nous suivons d’abord les premiers jours en France du père d’Agnès Desarthe, tout droit venu d’Algérie. Fils d’une mère libyenne qui a fui son pays pendant la Seconde Guerre mondiale, il quitte lui aussi la ville de son enfance, Orléansville, alors que les persécutions contre les Juifs d’Algérie se font de plus en plus pressantes. Quelques années plus tard, toute la famille viendra à son tour chercher refuge en France, portant avec elle sa culture et sa langue.Puis, nous basculons en 1973. Cette fois‐ci, c’est avec l’autrice alors enfant que nous apprenons, autour de la table familiale dressée pour rompre le jeûne de Yom Kippour, qu’une nouvelle guerre vient d’éclater entre Israël et ses pays voisins. "Qui sont nos ennemis ? Pourquoi cette nouvelle guerre éclate-t-elle ?" En 1973, les questionnements et les incompréhensions de la petite fille résonnent… et font soudainement écho à la sidération qui nous saisira, cinquante ans plus tard, en découvrant les massacres du 7 octobre 2023.

Entretien avec Agnès Desarthe
Victoria Géraut-Velmont - Ce n’est pas la première fois que vous puisez dans votre histoire familiale pour écrire un livre. Vous vous étiez déjà inspirée de l’histoire de votre famille maternelle, côté juif de Bessarabie. Cette fois-ci, vous vous penchez sur votre famille paternelle… Cette idée germait-elle depuis longtemps dans votre esprit ?
Agnès Desarthe - C’était très loin de ma pensée. Ce projet m’a prise au dépourvu. Il est pourtant souvent arrivé que des incursions autobiographiques se retrouvent dans mes romans. Dans mon livre Le remplaçant (2009, éditions de l’Olivier) par exemple, je m’étais inspirée de la famille de ma mère, une famille juive de Bessarabie. Puis, de nouveau dans Le château des Rentiers (2023, éditions de l’Olivier). Avec la publication de ces romans, il est arrivé que l’on me pose la question :"pourquoi vous ne parlez pas de l’autre côté, de votre famille paternelle ?" Je répondais alors qu’il m’était plus évident d’écrire à partir du vide que du plein. Et c’est du côté de ma mère que se trouve le vide. Il me semblait aussi qu’il fallait compenser pour toutes ces voix qui s’étaient tues prématurément. Le père de ma mère, par exemple, est mort à 33 ans en déportation, assassiné à Auschwitz. C’est une petite vie, 33 ans, et donc j’avais l’impression qu’il y avait plus de choses à dire de ce côté‐là.
VGV - Dans votre dernier livre, Qui se ressemble, c’est finalement la musique qui vous a guidée…
AD - Oui, exactement. C’est l’éditrice de la collection « La résonnante« chez Buchet‐Chastel – Maÿlis de Lajugie – qui m’a proposé d’écrire un texte à partir de la musique de mon choix, qui pouvait être de la variété, du jazz ou même de la musique classique. Je réfléchissais alors à des musiques et me demandais si elles suscitaient des émotions particulières en moi. J’avais des idées, mais en réalité, aucune d’entre elles ne provoquait d’étincelles. Un jour, mon éditrice m’appelle et, prise au dépourvu, je lui réponds sans réfléchir : "J’ai trouvé la musique". C’était absolument faux ! Mais quelque chose en moi l’avait trouvée. Je me suis ensuite entendue dire : "C’est Enta Omri d’Oum Kalsoum". J’ai failli tomber de ma chaise en prononçant cette phrase, cela faisait des années que je ne l’avais pas écoutée. Cette chanson a bercé mon enfance et mon adolescence. Pourtant, cela faisait longtemps que je ne l’avais pas écoutée. Cette musique est venue à moi, c’est la chanson qui a décidé. Elle a foré un tunnel pour se faire entendre dans ce coup de fil.
VGV - Le choix de cette chanson vous a alors replongée dans plusieurs époques… Votre livre décrit l’arrivée de votre père en France en 1956, par exemple. Et projette aussi votre lecteur au premier jour de la guerre de Kippour en 1973…
AD – Après ce coup de fil, il a bien fallu que j’écrive une note d’intention expliquant en quelques mots mon projet. Je sentais que, même si ce choix n’était pas conscient, quelque chose avait déjà été enclenché. Je me suis alors mise à mon bureau et j’ai été catapultée, comme dans les films, au 6 octobre 1973. Je me suis retrouvée chez mon oncle, le jour de la fête de Kippour mais aussi le premier jour de la guerre qui s’abattait sur Israël… Et j’ai pensé : voilà, tout ce que je n’ai pas dit depuis le 7 octobre 2023 va désormais être écrit.
VGV - Qu’est-ce qui était en vous depuis le 7 octobre 2023 et qui est apparu dans ce texte, publié plus de deux ans après ?
AD – Beaucoup de choses étaient là. Au début de l’écriture, je me suis rendue compte que, pendant un an, il m’avait été impossible de parler du 7 octobre. Je pouvais en discuter avec ma famille, mais c’était impossible d’en parler à quelqu’un d’extérieur. J’éprouvais une sorte de hantise à l’idée de devoir en parler. Et quand j’entendais certaines personnes le faire, j’étais horrifiée. Je détournais vite le regard. C’était le cas lorsque, dans les manifestations pour la Palestine, je lisais des menaces antisémites. Je me disais"C’est bizarre cette façon qu’ont les Juifs de devoir mourir deux fois". Ils meurent quand on les tue. Et une fois qu’ils sont morts, on les déteste tant qu’on souhaite encore leur mort. Ce n’est pas la première fois que cela arrive. C’était le cas au moment des assassinats à Toulouse en 2012, ou d’Ilan Halimi en 2006.
VGV - Comment expliquez-vous ce phénomène ?
AD - Pendant des années, nous avons été épargnés à la suite de « l’immense » culpabilité de la Shoah. Il fallait au moins six millions de morts pour que des personnes hésitent à dire « mort aux Juifs » ou « sale Juif ». Et puis, c’est revenu. Je n’ai pas été tellement surprise. Je n’étais pas dupe : ce que l’on fait par culpabilité – ou ce qu’on ne fait pas – ne dure jamais longtemps. Car la culpabilité est remplacée par une autre. J’ai souvent pensé que la culpabilité de la collaboration avait été remplacée par les horreurs de la décolonisation, qui sont des horreurs. Il y a de quoi se sentir coupable. Une culpabilité en chasse une autre.
Après le 7 octobre, j’ai aussi vu des Juifs se précipiter aux manifestations pour la Palestine. Il y a évidemment beaucoup de choses à dire et à défendre quand on parle de la Palestine, mais doit‐on accepter de marcher dans un cortège qui prononce des slogans antisémites ? Je ne comprenais pas très bien. Là encore, je crois que ces personnes juives étaient animées par de la culpabilité. Et je ne crois pas que ce sentiment soit fertile. La culpabilité est souvent l’expression d’un sentiment de soi à soi, il s’agit de problèmes intérieurs. La culpabilité est assez égocentrique, ce sont des questions de réactions, de postures. Ce ne sont pas des attitudes constructives.
Depuis le 7 octobre 2023, beaucoup de gens parlent de ce conflit mais le méconnaissent totalement. La hâte qu’ont les gens de réagir sur les conflits au Moyen‐Orient m’a toujours frappée, alors que pour bien d’autres conflits, ils disent "Oh là, je n’y comprends rien !" D’ailleurs, dans quelle manifestation voit‐on des menaces similaires, visant les Russes par exemple ? Je ne me souviens pas d’avoir vu ça dans d’autres mobilisations… Peut‐être que je me trompe.
Quand, ensuite, j’ai vu que des intellectuels, des professeurs d’université absolument pas concernés, manifestaient leur joie dès le 7 octobre, c’était incompréhensible. Qu’on ait envie de tuer son ennemi, c’est affreux évidemment, mais je peux le comprendre. Mais qu’on se réjouisse, depuis l’extérieur, alors que l’on n’a rien à voir avec le conflit, d’un massacre, opérant avec une violence méticuleuse… c’était incompréhensible. C’est ce qu’explique très bien Eva Illouz dans son tract (Le 8-Octobre, généalogie d'une haine vertueuse, Tracts-Gallimard, octobre 2024). J’ai beaucoup offert ce tract que je trouvais imparable. Pourtant, certaines personnes à qui je l’offrais continuaient de me répondre « oui mais ». Je disais non, c’est « oui et », pas « oui mais ».
Tout ce que je vous dis‐là, c’est tout ce que je n’ai pas dit pendant un an et qui me serrait les tripes et la gorge.
VGV - Pourquoi étiez-vous dans l’incapacité d’en parler ? Était-ce de la sidération ?
AD - Je voyais que je ne pouvais pas encaisser le « oui mais ». Je n’en avais pas le courage, le courage de la discussion, du conflit. Je peux être en discussion voire en conflit sur de nombreux sujets. Non seulement cela ne me pose pas de problème, mais cela fait partie de la vie. Mais, sur ça, sur le 7 octobre et tout ce qui l’a entouré, c’est comme si je savais à l’avance qu’à la place d’arguments, j’allais recevoir des coups de poing.
VGV - Revenons à votre livre, vous racontez la journée du 6 octobre 1973. Vous êtes alors une petite fille de sept ans et demi et, ce jour-là, vous vous apprêtez à casser le jeûne de Kippour chez vos oncle et tante paternels. Alors que vous êtes à table, vous sentez que quelque chose cloche. On allume la télé et vous comprenez que c’est la guerre… la guerre de Kippour, cinquante ans presque jour pour jour avant le 7 octobre 2023… Pourquoi mettre en scène cette petite fille et pourquoi ce bond dans le temps ?
AD - J’ai commencé à écrire ce livre environ un an après le 7 octobre 2023. Durant tout le temps de l’écriture, je me demandais comment j’allais en parler une fois qu’il serait terminé. Qu’est-ce que j’avais envie d’en dire ? Je ne voulais pas en faire un livre polémique. Au contraire, je souhaitais revenir à la source en mettant en scène l’incompréhension de l’enfant. Cette enfant, elle a raison de ne pas comprendre et de poser des questions. Elle demande qui fait la guerre, pourquoi ? Et qui est ce « nous » qui entre en guerre ? C’est ce que nous devrions tous faire.
Le point de vue de l’enfant n’était pas surplombant et la posture de l’incompréhension était celle qui me paraissait la plus juste face à ce qu’il se passait. D’un autre côté, commence un dialogue avec le moi adulte, ce qui me permettait de me questionner. C’était une sorte de dialogue intérieur où j’allais chercher des réponses, que ce soit dans la Bible avec Caïn et Abel, ou ailleurs. Car avec Caïn et Abel, on voit bien que nous ne sommes jamais aussi cruels qu’avec notre semblable, parce qu’il nous rappelle trop ce que nous aurions pu être, ce que nous n’avons pas été. Cela crée des pulsions très destructrices. Je ne voulais pas faire de ce livre un objet d’érudition, c’était plutôt un partage d’intuitions et de pistes de réflexion.
VGV - Il y a une phrase très forte dans le livre qui est prononcée par la petite fille que vous étiez et qui montre bien la complexité identitaire à laquelle sont confrontés les Juifs de diaspora. Alors qu’on lui explique que ce n’est pas la guerre avec les Allemands, mais bien avec les Arabes, la petite-fille se dit à elle-même : "Avec les Arabes ? Mais voyons, c’est impossible. Les Arabes, c’est nous".
AD - Je souhaitais aussi revenir à cette sensation qu’ont les Juifs de diaspora : être juif en Allemagne, c’était être allemand. Et être juif dans une zone arabophone, c’est quand même être arabe. Ce conflit excite tellement les gens que l’on oublie cette situation d’être là où personne ne veut de nous, qui est finalement l’éternel Juif. Dans le livre, je tiens une conversation avec la petite fille que j’étais. Je lui parle de Stefan Zweig ou de ces grandes familles allemandes qui ne comprenaient pas ce qui leur arrivait à la fin des années trente. Je me dis : "Tiens, là je suis en train, moi aussi, de comprendre quelque chose", c’est‐à‐dire de rapprocher des situations qu’on ne pense pas comparer tant elles sont loin géographiquement et temporellement. Parce qu’il n’y a pas cet énorme problème d’avoir un pays à cette époque. Ce n’est pas pour autant qu’on ne peut pas poser la question : qu’est ce que cela veut dire de partager une langue, une culture ? Quand on partage une langue, il y a une proximité qui se crée. C’est comme partager un lit. Cela me fait penser aux couples qui ne s’aiment plus mais qui partagent un lit, et ce n’est pas rien. Il y a quand même cette proximité, qui peut d’ailleurs mener jusqu’à la haine, mais il y a le partage. L’élément qui est partagé, c’est presque ce qui peut rendre la haine plus féroce et plus dangereuse.
VGV - Plus tard, dans la discussion, la petite fille que vous étiez demande si c’est donc "la guerre entre les Arabes et les Arabes", et celle que vous êtes aujourd’hui lui répond : "Non, c’est la guerre entre les Arabes et les Juifs". "“Et nous, on est les Juifs”, soupire-t-elle tristement. Comme si elle venait de perdre quelque chose, un morceau de son identité", écrivez-vous. On comprend bien qu’une déchirure identitaire se crée, et qui concerne de nombreuses familles juives d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient qui, au moment de la création de l’État d’Israël ou des guerres d’indépendance, ont dû quitter leur pays. On voit aussi qu’à l’égard d’Israël, il y a une ambiguïté : c’est à la fois loin et, en même temps, c’est un peu nous…
AD - Je pense que pour beaucoup de Juifs qui étaient de culture arabe, se retrouver dans ce pays qui avait été fondé par des Ashkénazes, c’est‐à‐dire des gens avec lesquels ils partageaient peu de choses – ni les mœurs, ni la langue, ni les façons de manger, ni les projets politiques – n’était pas facile… Et finalement, avec Israël, ils gagnent une terre mais ils perdent une langue et une culture. Ils devaient se demander ce qu’ils faisaient là, s’ils allaient arriver à y vivre. C’est toutes ces questions‐là que je pose aussi dans le livre.
On méconnaît toutes les proximités et, inversement, on méconnaît une certaine distance qui existe à l’intérieur d’une même communauté. Ça, de l’extérieur, c’est difficile à percevoir, cela crée quelque chose de louche, cela crée un soupçon. Je pense que pour des non‐Juifs, les Juifs s’entendent tous très bien, alors que c’est loin d’être le cas. Il est difficile de comprendre, de l’extérieur, que ce n’est pas qu’une religion, que nos grands‐parents ne parlaient pas les mêmes langues.
VGV - D’ailleurs, cette différence, vous en parlez lorsque vous décrivez vos deux grands-mères. Alors que l’une est Juive russe, non religieuse – "Elle rajoutait du porc dans les boulettes parce que ça donnait plus de goût" – et dont le mari a été déporté à Auschwitz ; l’autre est Juive de Libye, observante et respectueuse de la kashrout…
AD - Je suis née dans les années soixante, c’est-à-dire vingt ans après l’extermination des Juifs d’Europe. À cette époque, les Juifs d’Algérie qui avaient vécu de terribles violences et assisté à des scènes de crimes, avaient l’impression qu’on ne les remarquait pas. Comme s’ils disaient "On sait que c’était dur pour les Ashkénazes, mais pour nous aussi ça l’était". Ils avaient cette sensation de ne pas exister, de voir que cette identité, cette histoire et cette violence n’existaient pas, n’étaient absolument pas documentées, pas reconnues. C’était à la fois déchirant et horrifiant. Dans ma tête de petite fille, Bouba mangeait kasher et faisait les fêtes, mais mon autre grand‐mère avait perdu son premier mari assassiné par les nazis, et ça c’était vraiment juif. Je l’écris avec dérision dans le livre pour désamorcer tout ce que cela a de terrible.
VGV - Un autre aspect identitaire est abordé dans Qui se ressemble : la question de la langue. Car vous grandissez dans une famille polyglotte, au sein de laquelle on parle tantôt arabe, tantôt russe, yiddish, anglais… Si cela peut être vu comme une richesse, on sent aussi que cela ne vous permet pas un ancrage dans la langue du pays dans lequel vous vivez, la France.
AD - J’ai toujours senti le français vaciller en moi. J’ai toujours eu peur de faire des fautes de français. Il y avait même une époque où je me disais qu’il fallait que je consulte une orthophoniste ou une psychanalyste parce que j’avais un trouble du langage, tellement j’avais l’impression d’être inapte. Et pourtant, j’écris. Et puis, j’ai beaucoup étudié le français, je continue encore de l’étudier. Mais, le sentiment linguistique n’est pas stable. Je pense qu’enfant, les langues avaient un statut affectif plus qu’un statut linguistique. Le français était la langue parlée à la maison. L’arabe (et le judéo‐arabe) était la langue que l’on parlait dans la maison de ma grand‐mère et c’était la langue du téléphone. Quand on s’engueule au téléphone, c’est cette langue‐là qui est parlée. L’arabe était la langue de l’émotion.
Du côté maternel, je n’ai jamais vraiment réussi à faire le tri dans les conversations de mes grands‐parents entre le russe ou le yiddish, ou les deux : à quel moment c’était du russe et à quel moment c’était du yiddish ? Cela n’a jamais été clair. Je sentais qu’ils parlaient une langue étrangère et qu’ils parlaient français avec un accent. Je sais aussi que toutes les chansons que me chantait ma grand‐mère étaient des chansons russes, et que la littérature qu’elle lisait était russe. C’était Tolstoï ou Lermontov. Ce n’était pas yiddish. Plus tard, quand j’ai connu mon mari, qui est un Juif d’origine polonaise, j’ai découvert les chansons yiddish qu’on lui chantait quand il était petit. Et la littérature, chez lui, c’était Cholem Aleikhem, c’était la littérature yiddish.
Il y a plein de choses qui sont floues car, dans un premier temps, les enfants ne cherchent pas à élucider leur entourage. Ils sont dedans, ils vivent dedans, ils vivent leur entourage. Il est comme il est. Ils ne savent pas que, dans d’autres familles, on ne parle qu’une seule langue, donc ils ne se posent pas la question. C’est après, en revisitant les souvenirs que l’on se pose toutes ces questions. Mais, sur le moment, c’est une chose aussi naturelle et inquiétante que le changement d’humeur des parents, c’est une sorte de météo.
VGV - Est-ce que cela vous a fait du bien, finalement, d’aborder cette histoire familiale paternelle et d’écrire, en partie, sur le 7 octobre 2023 ?
AD - Je n’ai jamais considéré que l’écriture avait des vertus thérapeutiques, ni pour celui qui écrit, ni pour celui qui lit. Je n’ai pas cette ambition‐là quand j’écris. On peut dire que cela m’a permis de remettre ma pensée en mouvement, en quelque sorte, cela m’a permis de sortir de la sidération.





