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“Kichka : telling myself” : dessiner pour survivre à ses traumatismes 

Il faut voir ses dessins pour le comprendre… Michel Kichka, l’un des plus grands dessinateurs israéliens, est le sujet du documentaire Kichka: telling myself, réalisé par Gad Aisen et présenté lors du Festival du Cinéma israélien à Paris.

Publié le 20 mars 2026

2 min de lecture

Kichka : Telling Myself

C’est en 1974 que Michel Kichka, jeune idéaliste belge sioniste et passionné de dessin, pose ses valises en Israël. Lorsqu’il se présente devant les professeurs de l’École des Beaux‐​Arts Bezalel à Jérusalem, la réaction est sans appel : « On ne fait pas de bande dessinée en Israël. » Alors, pourquoi ne pas rester en Belgique, berceau de cet art ? Tant pis, Kichka est doué, il le sait, et n’imagine pas son destin ailleurs qu’ici. Après un premier voyage avec l’Hashomer Hatzaïr en Israël, il a “senti comme un appel à venir ici : c’était le moyen de vivre [sa] judéité après la Shoah”, explique‐​t‐​il à l’un de ses trois fils. 

Cette histoire, c’est Kichka lui‐​même qui nous la raconte. Penché sur sa table de travail, le crayon guide son récit et nous conduit dans l’intimité de son histoire familiale. Marqué par le silence assourdissant de son père, Henri Kichka, rescapé des camps, il en tire son premier album autobiographique, Deuxième Génération, ce que je n'ai pas dit à mon père, publié en France aux éditions Dargaud. 

Toujours sous les traits de son crayon, l’artiste nous raconte l’autre grand drame de sa vie : le suicide, à l’âge de 31 ans, de son petit frère Charly. Écrasé par le poids de la Shoah, la vie est un trop lourd combat à mener pour le dernier de la fratrie. Pour ses proches, son suicide est une incompréhension : « J’ai passé trois ans dans les camps et je ne me suis pas suicidé. Charly n’y a pas été et il s’est suicidé », conclut le patriarche alors que débute la shiva, la période de deuil dans la tradition juive. Si Kichka lutte contre l’effacement de la mémoire de son frère, son père choisit ce moment pour raconter, enfin, sa déportation. De quoi creuser le fossé qui les sépare. 

Au fond, c’est l’histoire de toute une génération qui nous est racontée au travers de la vie du dessinateur. Une génération qui a grandi dans le douloureux silence des rescapés et pour qui Israël incarnait l’espoir d’une vie meilleure. Une génération qui, pourtant, cinquante ans plus tard, ne reconnaît plus l’esprit pionnier du pays rêvé.