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Pessah et la résistance religieuse juive durant la Shoah

Deuxième épisode de la série « La résistance religieuse juive durant la Shoah », écrite par Sonia Sarah Lipsyc et publiée en partenariat avec le Musée de l’Holocauste de Montréal. Comment, dans l’enfer nazi, célébrer Pessah et quelle signification prenait cette fête pour les Juifs déportés ?

Publié le 27 mars 2026

13 min de lecture

À la mémoire de mon grand-père paternel Avraham Lipszyc dit Lipschutz arrêté dans une rafle le 29 avril 1944 à Périgueux, interné à Drancy et déporté par le convoi 71[1] à Auschwitz où il arriva le dernier jour de la Pâque juive avant d’y être assassiné.


La série « La résistance religieuse juive durant la Shoah » écrite par Sonia Sarah Lipsyc pour Tenoua
est produite en partenariat avec le Musée de l’Holocauste de Montréal.

« Dernière Pâque juive à Varsovie »[2] en 1943

La Pâque juive (Pessah) la plus connue durant la Shoah fut celle de la révolte du ghetto de Varsovie, qui commença le 19 avril 1943, soit le premier soir de la fête de l’an hébraïque 5703. En effet, les nazis prenaient cruellement plaisir à faire coïncider certaines de leurs infâmes actions avec des fêtes juives[3]. En l’occurrence, ils voulaient liquider le ghetto de Varsovie à l’occasion de Pessah et ainsi, croyaient‐​ils, faire un cadeau à Hitler pour son anniversaire le 20 avril. Le ghetto de Varsovie fut le plus important durant la Shoah, comptant presque un demi‐​million de Juifs, mais après les déportations massives, la famine, les maladies et l’épuisement, il n’y restât plus que 60.000 Juifs. Parmi eux, environ 700 combattants avec, comme armes, quelques grenades, des bouteilles incendiaires et une poignée de revolvers munis de 10 à 15 balles, contre des blindés, des canons, des mitraillettes et des lance‐​flammes. Ils mirent en échec, jusqu’au 16 mai, soit durant 28 jours, les forces ennemies, plus de 2.000 par jour, constituées principalement de brigades SS et de soldats allemands soutenus par des auxiliaires supplétifs lettons et ukrainiens. Ce fut le premier grand soulèvement urbain d’une population civile dans l’Europe occupée.

Des Juifs de toutes sensibilités s’engagèrent comme combattants, y compris des Juifs religieux et orthodoxes – ce que l’on oublie trop souvent peut‐​être parce qu’ils furent sensiblement minoritaires dans leur milieu et parmi les insurgés. En avoir conscience est l’un des critères qui brise la dichotomie entre la résistance armée et la résistance spirituelle.

Le rabbin Menahem Ziemba (1883−1943), du parti Agudat Israël[4], figure rabbinique dominante dans le ghetto de Varsovie, fut l’un des leaders spirituels ayant soutenu la résistance armée, dans son principe, d’un point de vue financier et en demandant à ses fidèles, en particulier des jeunes hassidim qui étudiaient sans relâche le Talmud dans des bunkers souterrains, d’y participer. Et ce fut le cas.

Il avait précédemment déclaré que la sanctification de la vie (Kiddoush haHayim) incarnait le mieux, dans ces circonstances, la sanctification du Nom divin (Kiddoush haShem)[5]. « Cette lutte pour la continuité de la vie était une mitsva [commandement] » et elle se traduisait aussi bien par un dévouement dans le maintien d’une vie juive que par le fait d’envisager de venger ceux qui avaient été assassinés[6]. Mais peu avant la révolte du ghetto de Varsovie, il trancha : « (…) aujourd’hui, le seul moyen de sanctifier le Nom divin consiste à résister effectivement par les armes ». Hillel Seidman, historien, chef des Archives et de la section des Affaires religieuses du Conseil juif (Judenrat) de Varsovie, rapporte ce propos dans son Journal[7], à la journée du 14 janvier 1943. Quelques jours plus tôt, lors d’une visite dans une yeshiva (lieu d’études talmudiques) clandestine dans un bunker, l’un des étudiants l’avait alpagué en lui demandant de les aider « à s’approvisionner en armes (…) afin que nous soyons prêts à combattre ». Et Seidman de conclure : « Jusqu’ici, j’avais uniquement compris la sentence : Si tu es un homme d’épée, tu ne saurais être un scribe”. À présent, je comprends aussi la seconde maxime qui s’est avérée de nos jours l’épée et le livre sont collés l’un à l’autre” »[8].

Le rabbin Menahem Ziemba célébra encore Pessah au cours de cette révolte, entouré d’autres personnes. Le huitième jour, c’était un shabbat, il dut quitter, avec sa famille, son domicile de la rue Kupiecka car les Allemands incendiaient chaque maison. Il fut tué en tentant de traverser la rue. On eut toutefois la possibilité miraculeuse de l’enterrer sur place. Son neveu Abraham, après avoir vu dans le ghetto tous les manuscrits inédits de son oncle partir en fumée, eut l’impression « de l’avoir vu mourir deux fois »[9]. Des années plus tard, accompagné d’une autre rescapée de la famille, Rojza, la fille du rabbin Ziemba, ils retrouvèrent l’emplacement de sa dépouille qui fut emmenée et inhumée en Israël.

Des soldats allemands arrêtent des combattants juifs dans les derniers instants du soulèvement du ghetto de Varsovie, en 1943. Rapport Stroop (USHMM)

Quelle fut la signification de Pessah pour les Juifs dans l’enfer nazi ?

Pessah célèbre la sortie d’Égypte et de l’esclavage que subissaient les Hébreux dans ce pays depuis des centaines de siècles[10]. Il s’agit de la fête de la liberté d’un point de vue individuel et, d’une libération nationale, à l’échelle collective. Elle constitue un paradigme essentiel dans la conscience juive, celui de l’espérance et de la résilience.

Comment cette fête résonna‐​t‐​elle pour celles et ceux qui vivaient la Shoah ? Esclaves, ils l’étaient, battus et abattus pour un rien ; allaient‐​ils survivre après avoir été témoins de l’assassinat de leurs proches, leurs amis, leurs voisins et de tout un peuple ? Devaient‐​ils encore croire que l’Éternel allait les libérer « d’une main forte » (Exode 13,9) comme l’énonce la Bible alors même que son absence se faisait cruellement sentir ?

Et pourtant Pessah fut probablement l’une des fêtes, si ce n’est la fête, la plus suivie dans les ghettos et les camps, d’abord et avant tout, car elle« parlait le plus directement de leur condition »[11]. Comme le souligne le récit du livre de la Haggada que l’on lit et commente le premier soir (deux en diaspora) : « Esclaves nous étions en Égypte et “Et Dieu nous a fait sortir de ce pays (…) de son bras étendu” » ou : « Ce n’est pas un qui a tenté de nous anéantir mais, à chaque génération, on se lève contre nous pour nous exterminer. Et le Tout Puissant béni soit-Il nous sauve de Ses mains ». La huitaine de Pessah était aussi marquée par héritage et fidélité familiales ; le début de la fête réunissait tout le monde autour de la table du séder, cérémonie au cours de laquelle on se raconte la sortie d’Égypte. C’est là, l’un des commandements majeurs de cette fête : « Tu le raconteras à tes enfants » (Exode 13,8). Cette force du récit et de la transmission résonnait, y compris en ces temps si sombres et incertains. Pendant la Shoah, se souvenir de Pessah en poursuivant, comme on le pouvait, quelques rites de cette fête, était une manière de résister au plan d’extermination ourdi par les nazis contre les Juifs, leurs êtres, leurs traditions, leur culture. Cette persévérance relevait de l’exploit. Si Pourim marquait un génocide[12] auquel les Juifs avaient échappé, Pessah symbolisait le fait de retrouver entièrement sa liberté. Ce paradigme tenait dans cette espérance : puisque le sauvetage et la rédemption avaient eu lieu une fois, ils pouvaient se reproduire pour et à chaque génération !

Une fête avec de nombreuses prescriptions

Il reste que Pessah comporte de nombreuses prescriptions. La première : l’interdiction de posséder dans sa maison et de consommer durant sept jours (huit pour la diaspora) du hamets, c’est-à-dire tout aliment ou boisson fabriquée à partir de l’une de ces cinq céréales (blé, orge, seigle, épeautre, avoine) entrées en contact avec de l’eau et ayant fermentée plus de 18 minutes. D’où la stricte interdiction de consommer du pain. Manger du pain azyme (matsa) est une alternative mais n’est obligatoire qu’au cours du séder où l’on doit manger une portion minimale pour s’acquitter du commandement. Plusieurs autres commandements et étapes parsèment cette cérémonie autour du plat du séder : la sanctification sur le vin (kiddoush), la consommation des herbes amères comme du raifort (maror) qui symbolise l’âpreté de l’esclavage comme le fait de tremper un légume vert (karpass) dans de l’eau salée pour rappeler les larmes versées, etc. Il y a également l’obligation de boire quatre verres de vin (ou jus de raisin) qui pointe les quatre étapes de l’intervention divine[13]. On remplit également la coupe du prophète Élie, à qui on ouvre la porte au cours de la soirée, en imaginant sa venue, puisqu’il annoncera celle du messie dans la tradition juive.

Comment les Juifs ont‐​ils pu accomplir tous ces commandements ou une partie d’entre eux durant la Shoah ? Et ce, d’autant plus qu’au regard de la loi juive, la transgression de certains de ces commandements, comme de manger du hamets,constitue un grave manquement[14]. On imagine, d’une part, la détermination héroïque de celles et ceux qui se sont efforcés de marquer Pessah et, d’autre part, l’humanité et l’inventivité dont ont dû faire preuve les rabbins et décideurs de la loi juive pour leur faciliter la tâche.

Nous ne donnerons ici que quelques exemples.

Napperon pour pains azymes datant de 1899 légué par Martha Blum native de Czernowitz, née Guttman, mariée à Strasbourg et survivante de la Shoah (Musée de l’Holocauste de Montréal).

Ne pas avoir le droit de posséder et de consommer du hamets mais comment s’en passer ?

Dans le ghetto de Kovno (Pologne), en 1942, les habitants se tournèrent vers le rabbin Ephraim Oshry afin de savoir à qui vendre leur hamets (pain, céréales, biscuits, etc.) qu’ils avaient eu du mal à se procurer et à garder en ces temps difficiles ? En cas de nécessité, la loi juive autorisait une vente provisoire à un non‐​Juif qui, généralement sans y toucher, le leur revendait à la fin de la fête. Or il n’y avait plus autour d’eux de non‐​Juifs dans le ghetto, et cette transaction les aurait mis en danger si les Allemands l’avaient appris. S’ils gardaient leur hamets, ils transgressaient la loi juive qui leur interdisait d’en posséder à Pessah et de surcroît, elle ne les autorisait pas à le consommer après la fête, puisque ce hamets n’avait pas été vendu. Les termes de ce dilemme peuvent sembler pointus pour un néophyte, ils illustrent cependant le quotidien des Juifs soucieux de respecter la loi juive au sein même de la tourmente nazie. Le rabbin Oshry usa des arcanes de la loi juive et trancha : « (…) quiconque possédait du hamets devait se présenter devant un beit din [tribunal rabbinique] de trois hommes et, en accord avec la loi juive, déclarer son droit de propriété sur son hamets nul et inexistant. L’ancien propriétaire devrait alors mettre le hamets dans un endroit caché pendant la durée de la fête.»[15]. Un endroit où lui et les siens ne seraient pas tentés de se servir, grâce à quoi ils pourraient en bénéficier après Pessah. Il préconisa dans un autre de ses responsum de substituer du thé, plus facile à se procurer, au vin des quatre coupes obligatoires au cours du séder[16]. Enfin, alors que les Ashkénazes n’ont pas la coutume de manger des légumineuses (kitniot) durant Pessah – et qu’avec le temps, une coutume a force de loi[17] – il autorisa les haricots noirs car il n’y avait pas grand‐​chose d’autres à manger dans le ghetto[18] ! Le rabbin Oshry, comme d’autres, mit tout son cœur et son savoir casuistique à trouver des solutions conformes à la loi juive et à répondre à la situation tristement exceptionnelle que vivaient les Juifs à ce moment‐là.

Même lorsque ce n’était pas possible, ils trouvèrent des précédents dans l’histoire et la loi juives pour contrevenir aux rigueurs de celle‐​ci. Ainsi, à Bergen‐​Belsen en 1944, animé d’un profond désir de respecter Pessah mais dans l’impossibilité de le faire selon les règles, les rabbins hollandais Aaron Davids (grand rabbin de Rotterdam au Pays‐​Bas), et Abraham Salomon Levisson composèrent une étonnante et émouvante prière. Au cours du séder que le rabbin Davids mena en récitant de mémoire la Haggada, après avoir récité la bénédiction, « Béni sois-tu Éternel qui nous as sanctifiés par Tes commandements et nous as ordonné de manger de la matsa », il déclara : « Notre Père qui es aux cieux, il est manifeste pour Toi qui le sais que nous souhaitons accomplir Ta volonté et célébrer la fête de Pessah, en mangeant de la matsaet en nous abstenant strictement de consommer du hamets. Cependant, et nous en sommes profondément attristés, nous en sommes empêchés à cause de notre servitude et du danger mortel qui nous guette. Mais nous sommes prêts et disposés à accomplir Tes commandements : “Vous vivrez (et non mourrez) par eux” et “Prends garde et veille sur ton être”[19]. Aussi, nous Te prions de nous garder en vie, debout et de nous délivrer rapidement afin que nous puissions accomplir Tes lois et réaliser Ta volonté et Te servir d'un cœur pur. Amen. » Et le rabbin fit ce geste incroyable de mettre en bouche un morceau de pain et incita l’assemblée à faire de même[20].

Cette prière s’intègre au registre des prières des « Yehi Ratson/Qu’il soit de Ta volonté » que les fidèles ou une communauté peuvent, au cours de leurs prières individuelles ou collectives, exprimer de façon spontanée ou en suivant un énoncé convenu. Elle appartient plus précisément à la catégorie des Yehi Ratson écrites par ceux qui, au cours de l’Histoire, contraints (anoussim) par les persécutions, n’avaient pas le choix de pratiquer les commandements de la Torah alors qu’ils auraient voulu le faire. Ce genre de prière trouve son fondement juridique dans le Talmud et la loi juive[21]. Dans cette prière à Bergen‐​Belsen, ce qui est mis en valeur c’est l’affirmation sincère de vouloir accomplir les commandements divins de Pessah mais l’impossibilité de le faire dans ce contexte car ils risqueraient leur vie. En effet, non seulement ils ne pouvaient fabriquer des matsot[22] mais s’abstenir de manger leur misérable ration de pain les aurait mis en danger de mort. Or la Torah ordonne avant tout que « l’on vive par elle » et non que l’on meure à cause d’elle, ce qui veut dire qu’en cas de danger extrême, on doit transgresser un commandement[23]. De plus, les auteurs de cette prière rappellent un autre commandement, celui de prendre soin de sa vie. Ils terminent en espérant être libérés afin de pouvoir à nouveau servir Dieu.

Les rabbins Levisson et Davids périrent dans la Shoah mais Erika, l’épouse de ce dernier, et ses filles survécurent et s’installèrent en Israël. Chaque Pessah, cette famille et ses descendants lisent cette prière qui fut recopiée de mémoire juste après la guerre. Ils léguèrent leur exemplaire original au Musée des combattants du ghetto à Haïfa. Il existe d’autres copies datant de la même époque à Yad Vashem.

La prière du « Yehi Ratson/Qu’il soit de Ta volonté » composée à Bergen‐​Belsen en 1944 par les rabbins Davids et Levisson et léguée à la Maison des combattants du Ghetto à Haïfa. (USHMM)

Il y eut d’autres exemptions du même genre statuées par des rabbins et docteurs de la loi au cours de la Shoah. Dans le camp de Konin (Pologne), en 1943, le rabbinYehoshua Aronson(1910–1993) autorisa « ceux qui étaient trop faibles pour tenir une semaine sans pain (…) à consommer du hamets à condition que chaque bouchée soit espacée et inférieure à kazayis (volume d’une olive) »[24], la mesure minimale exigée pour s’acquitter le soir du séder du commandement de manger la matsa.

Et lorsqu’il n’était pas possible de trouver des matsot et que l’on ne voulait pas manger du pain, certains comme Faye Schulman, une partisane, se sont nourris uniquement de pommes de terre ! En effet, il était risqué pour elle de dévoiler son identité juive ou de trop la montrer car l’antisémitisme sévissait dans son groupe de la brigade Moltova où elle évolua à partir de 1942 en Pologne autour de Lenin, sa ville natale (aujourd’hui en Biélorussie). Ce groupe était en majorité constitué de prisonniers de guerre soviétiques qui avaient réussi à s’évader et elle n’aurait pas manqué d’être chassée par eux si elle s’était trop démarquée. Faye servit comme infirmière mais elle était passionnée de photographie. Elle a été la seule partisane et photographe juive connue et a pris une centaine de photographies durant la guerre. Elle a survécu à la Shoah et a immigré à Toronto (Canada). « Ses photos ont voyagé partout dans le monde, témoignant de ce  qu'elle découvrait lorsqu’elle combattait pour sa survie ».[25]

Faye Schulman, partisane du groupe Moltova, 1942 et en médaillon (USHMM)

De la matsa au dais nuptial

Le rabbi Israël Spira, de la branche hassidique de Bluzhev, perdit sa femme et sa fille unique, tuées au camp de Bełżec. Ses disciples lui demandèrent comment il trouva la force de fonder à nouveau une famille après la Shoah. Et il raconta cette stupéfiante histoire… À Bergen‐​Belsen, en 1944, il demanda, au péril de sa vie, la permission de confectionner des matsot et, à son grand étonnement, les tortionnaires nazis l’autorisèrent à le faire. La question se posa ensuite de savoir avec qui partager ces quelques pains azymes car il n’y en avait évidemment pas suffisamment pour tous ceux qui désiraient accomplir ce commandement. Une femme qui avait encore miraculeusement ses deux fils et ses deux nièces avec elle, en sollicita pour eux. Mais des déportés lui rétorquèrent :« Vos enfants sont encore trop petits et n’ont pas l’obligation de manger de la matsa ». En effet, n’ayant pas encore atteint l’âge de la majorité religieuse, ils n’avaient pas à s’acquitter de ce commandement et pouvaient en être dispensés. « Mes enfants sont la nouvelle génération », répliqua‐​t‐​elle, « ils doivent savoir ce qu’est une matsa. Ils sont le futur du peuple juif. » Et le rabbi lui donna alors de la matsa. « Personne, dit‐​il, à Bergen-Belsen, ne pouvait penser à la minute suivante, ni même au prochain jour ou à la semaine à venir. Survivre était d’une seconde à l’autre. Et là, cette femme pensait survivre et qu’il y aurait une nouvelle génération ?! » Et il ajouta : « Et je sus alors que si cette femme avait ce courage, et se sentait si liée à l’histoire de Pessah au point de croire que nous vivrons notre propre libération de Bergen-Belsen, alors c’était la femme avec qui je voudrais me remarier »[26]. Et ainsi en fut‐​il, car ils survécurent…

Nous publierons la suite de ce deuxième épisode d'ici la fin de Pessah.


[1] Ce convoi 71 est tristement célèbre car il transporta notamment Simone Veil, Marceline Loridan‐​Ivens, Ginette Kolinka, Anne‐​Lise Stern, le Grand rabbin Paul Haguenauer et trente‐​quatre enfants de la Maison d’Izieu.
[2] J’emprunte ce titre au documentaire d’Alain Jomy dont j’ai eu l’honneur de coécrire le scénario, diffusé en 1993 sur la chaîne ARTE dans le cadre d’une soirée s’intitulant « Ne dis pas que tu vas ton dernier chemin » ou en yiddish Zog Nit Keynmol, écrit dans le ghetto de Vilna par le poète Hirsh Glick (1922−1944).
[3] Voir à ce sujet « Introduction à cette série sur la Résistance religieuse juive durant la Shoah » 
[4] Parti religieux orthodoxe fondé en Pologne en 1912.
[5] Au sujet de cette problématique de sanctification du Nom divin et de sanctification de la vie, voir mon article « Introduction à la résistance juive religieuse durant la Shoah », notamment la note 3.
[6] Voir Pesah Schindler, Hasidic Responses to the Holocaust in the Light of Hasidic Thought, Ktav Publishing House, New Jersey, 1990, p. 65.
[7] Hillel Seidman, Du fond de l’abîme. Journal du ghetto de Varsovie, Terre Humaine, Plon, Paris, 1998, p. 226.
[8] Op. cité p. 188. Ces propos font respectivement référence au traité Avodah Zarah 17b du Talmud de Babylone (T.B) et au Midrash Deutéronome Rabba 4 ; 2.
[9] Voir Rabbi Zechariah Fendel, Dusk Sawn, Hashkafah Publications, N.Y, p. 210.
[10] L’identité narrative juive la situe traditionnellement au XIVe siècle avant l’ère commune.
[11] I.J. Rosenbaum The Holocaust and Halakha, Ktav Publishing House, N.Y., 1976, p. 87. Voir aussi l’entretien de Shlomo Balsam, historien, expert à Yad Vashem du 16.04.2022
[12] Voir mon précédent article « Pourim et la résistance juive durant la Shoah » 
[13] Voir les quatre expressions : « Je vous ferai sortir … Je vous délivrerai … Je vous rédimerai … Je vous prendrai » dans Exode 6,6−7 interprétés ainsi par le traité Pessahim 10,1,7 du Talmud de Jérusalem. Le segment « Je vous ferai entrer vers le pays (terre d’Israël) » du verset suivant, 8, correspond traditionnellement à la Coupe d’Élie le prophète, la 5e coupe de vin.
[14] Aussi grave que de manger lors du jeûne de Kippour comme le rappelle I.J. Rosenbaum, op. Cité p. 99.
[15] Rabbi Ephraïm Oshry, La Torah au cœur des ténèbres, Albin Michel, Paris, 2001, Responsum 34, p 127
[16] Ibidem, Responsum 35, p. 129.
[17] Voir notamment le traité Menahot 20b du T.B.
[18] La Torah au cœur des ténèbres, op cité Responsum 36 p. 131.
[19]Voir respectivement Lévitique 18;5 et Deutéronome 4;9.
[20] Voir Sarah Shapiro, “The Story of a Prayer” sur https://​aish​.com/​4​8​9​60261/
[21] Voir notamment Baba Kama 28b du T.B.
[22] Pluriel de matsa
[23] Sur ce principe fondamental nommé Pikou’ah Nefesh ainsi que les exceptions à cette règle pour la sanctification du Nom divin voir respectivement les notes 4 et 5 de mon précédent article sur « Pourim et la résistance religieuse juive durant la Shoah », op cité.
[24] Voir Shira Schmidt, The prayer for bread on Passover, avril 2008
[25] Voir la photo
[26] Voir “The Wedding Made by a Matzah in Bergen Belsen”, avril 2019 sur . Elle est également racontée sur cette vidéo par le rabbin Hershel Schachter

Sonia Sarah Lipsyc étudie à titre personnel depuis des années cette thématique et nous livre ici les bonnes feuilles de sa recherche. L’autrice adresse ses remerciements à Abigail Hirsch.