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“Les femmes sont les architectes méconnues de notre libération”
Publié le 28 Mar 2025

4 min de lecture


Qu’est-ce que le féminisme juif ? Comment lui donner plus de visibilité? Johanna Lemler, créatrice du podcast Notre Haggadah, nous propose d’explorer ses définitions lors du Festival Karev Yom qui aura lieu le 6 avril à l’ECUJE.

© Mathilde Roussillat Sicsic

À quelques jours de Pessah, moment du calendrier juif qui célèbre la libération du peuple hébreu, vous organisez un festival féministe juif et posez la question: qu’en est-il des femmes, se libèrent-elles? Comment pourrait-on qualifier le féminisme juif, quelle définition pourriez-vous lui donner?

Je pense que le féminisme juif, c’est avant tout une proposition qui se compose de plusieurs facettes. Il peut s’agir quand on est une femme de s’emparer de rôles de leadership “traditionnellement” occupés par des hommes, d’accéder aux espaces liturgiques et à l’étude, cela dans tous les courants du monde juif. En France, j’observe une volonté de faire bouger les lignes à l’intérieur des communautés, une volonté de créer plus d’inclusion, de lutter contre toutes les formes d’oppressions à travers des valeurs juives. 

Il peut aussi s’agir de femmes juives engagées dans différents mouvements féministes qui ne revendiquent pas forcément leur judéité, qui peuvent malgré tout faire appel à des concepts juifs tels que la réparation (tikkoun) ou la justice sociale (tsedaka) pour faire progresser leur lutte. Sur la scène du festival, nous verrons des femmes et ce qu’elles tissent entre elles. Nous rendrons visible ce que l’on n’a pas l’habitude de voir : une pluralité de voix réunies pour porter un féminisme juif en cours d’écriture. 

Le festival porte le nom de Karev Yom autrement dit “l'approche du jour qui ne sera ni le jour ni la nuit”. Pourquoi souhaitez-vous habiter cet état intermédiaire?

Le titre du festival “Karev Yom” donne la possibilité de l’entre-deux, de la non binarité : c’est dans la nuance, les marges, les frontières floues qu’émergent des choses nouvelles. C’est dans cette configuration du pas‐​tout‐​à‐​fait‐​jour, pas‐​tout‐​à‐​fait‐​nuit, qu’il nous est possible d’aborder de nouveaux possibles pour être femme et juive. 
Lors de ce festival, nous allons donc explorer les différentes façons d’être une femme juive à travers des chants, de l’humour, des études de textes, de la poésie. Nous avons aussi veillé à ce qu’une diversité de traditions (ashkénaze, séfarade, perse) puisse être représentée et s’exprimer.
Comme dans le podcast que je porte Notre Haggadah, nous essaierons de faire comprendre qu’il existe DES façons d’être une femme juive dans nos sociétés, il y a différentes façons de s’émanciper, de prendre le pouvoir et d’enrichir le débat.
C’est aussi dans cet espace‐​temps “Karev Yom” que la prophétesse Myriam se prépare à la libération comme on se prépare aux lendemains qui chantent. 

Vous donnez une consistance à la coupe de Myriam, un objet rituel qui pourrait progressivement trouver sa place sur nos tables à Pessah. Comment avez-vous eu l’idée de faire exister cet objet, pour dire quoi?

J’ai été inspirée par les féministes juives américaines et leurs réflexions sur le rôle des femmes au moment de Pessah. Elles ont introduit deux rituels, une orange sur le plateau du séder [pour que les femmes et minorités de genre autour de la table puissent être aussi visibles que cette orange, selon Susannah Heschel] et la coupe de Myriam [en référence aux “puits de Myriam” qui permettaient au peuple juif de se désaltérer dès qu’il marquait une pause dans le désert] que l’on pose sur la table du seder. Cet objet sert à mettre en valeur les actions de Myriam dans le récit de la libération, dans la sortie d’Égypte. Ces nouveaux rituels permettent de moderniser ce récit de Pessah. 

Le sens se perd si nous cessons de nous renouveler, si nous considérons les choses comme figées. Comme l’a rappelé dans un épisode Alexia Levy Chekroun, chercheuse et membre du collectif Oraaj (Organisation Révolutionnaire Antipatriarcale Antiraciste Juive), en citant Yaakov Yadgar : la tradition est comme une langue vivante. Elle n’est pas figée, elle s’invente. Et, je crois que c’est le rôle des femmes juives de continuer à la rendre vivante tout en faisant vivre cet héritage. 

Comment représenter cet objet, à quoi pourrait-il ressembler? 

Avec Mathilde Roussillat Sicsic [illustratrice, notamment], nous avons choisi d’en faire un objet à base de terre comme un rappel au récit de l’exode. Il s’agit donc d’un objet assez brut sur lequel une Myriam qui danse avec un tambourin [qui symbolise la sortie des femmes d’Égypte menées par Myriam] se dessine finement. 

Comment réécrire un récit confisqué, comment se préparer à sa propre libération? 

La réponse se trouve dans les silences de notre histoire de Pessah. Les femmes ne sont pas de simples figurantes, elles sont les architectes méconnues de notre libération. Myriam avec son chant porteur d’espoir, les sages‐​femmes par leur résistance courageuse, la fille de Pharaon par son acte de désobéissance salvatrice. Ces présences essentielles ont trop longtemps été reléguées aux marges du récit.
Notre Festival et le podcast « Notre Haggadah » partagent les fruits de nos recherches – textes, poésies, chants – pour que chacun puisse s’en emparer et raconter différemment Pessah. Il s’agit de rendre enfin visibles ces femmes à travers l’alliance de l’étude, du spectacle vivant et des témoignages.Comme l’intimait la reine Esther : “Inscrivez mon histoire pour les générations”, nous inscrivons aujourd’hui leurs noms à toutes. Ce n’est pas que de la mémoire, c’est le premier pas vers notre propre libération collective.

Propos recueillis par Léa Taieb

Informations pratiques : 
Festival « Karev Yom », dimanche 6 avril à l’ECUJE – Plus de renseignements