Shaharit : Dieu se moque-t-il du jeûne ?

Par Paul Bernard Réflexion sur la haftara du matin de Kippour  למה צמנו ולא ראית ענינו נפשנו ולא תדע C’est le matin de Kippour. Doucement, le manque de caféine, voire de nicotine, commence à se faire sentir. C’est même peut-être le moment le plus dur de Kippour, loin du début, loin de la fin. Alors apparaît ce texte, la “haftara” du matin de Kippour dans laquelle Dieu semble moquer le jeûne de ses (in)fidèles. Paul Bernard, qui a livré pendant des années une “drasha”, une interprétation, pour Yom Kippour au MJLF, revient sur ce jeûne malmené. Au chapitre 58 du livre d’Isaïe, lu le matin de Kippour à la synagogue (ou dans ce qui en tient lieu), le peuple d’Israël s’adresse ainsi à Dieu : « Pourquoi jeûnons-nous sans que tu t’en aperçoives…

Kol Nidré : Le blues de Yom Kippour

Par Valérie Zenatti, écrivaine Un Kippour, je suis seule à New York et passe la journée à marcher dans la ville, je déjeune même dans un restaurant chic et cher du Rockerfeller Center, je ne me sens pas très à l’aise, les serveurs ont des regards absents mais des milliers d’yeux invisibles me scrutent. Je commande rapidement un plat dont je ne suis pas sûre d’avoir compris la composition exacte et je vois arriver, consternée, un filet de poisson pané baignant dans une sauce au foie gras qui incarne aussitôt pour moi le goût de la trahison. La gorge nouée, j’avale sans le mâcher mon plat à trente-cinq dollars. J’ai le blues de Kippour, et quoi que je fasse, je l’aurai chaque année. Ce blues me dit que si l’enfance vit toujours en…

Neïla: L’ILLUSION DU CHANGEMENT

Par Raphaël Enthoven, philosophe « Dans cent ans le monde subsistera encore en son entier : ce sera le même théâtre et les mêmes décorations, ce ne seront plus les mêmes acteurs. Tout ce qui se réjouit sur une grâce reçue, ou ce qui s’attriste et se désespère sur un refus, tous auront disparu de dessus la scène. Il s’avance déjà sur le théâtre d’autres hommes qui vont jouer dans une même pièce les mêmes rôles ; ils s’évanouiront à leur tour ; et ceux qui ne sont pas encore, un jour ne seront plus : de nouveaux acteurs ont pris leur place. » (La Bruyère) Autrement dit, rien ne change. Ce qui était vrai au XVIIe siècle ne l’est pas moins aujourd’hui. Le monde vibrionne et accélère, mais il fait du surplace. Les générations…

Yizkor: kaddish et souvenir

Par Anne Sinclair, journaliste et écrivaine Je me souviens des Yizkor de ma jeunesse, quand j’accompagnais ma mère à la synagogue de la rue de la Victoire, où comme sa mère et sa grand-mère avant elle, elle occupait la place familiale, en haut, parmi les femmes. Je me souviens que je tentais de distinguer mon père en contrebas, ce qui n’était pas facile à l’enfant que j’étais, dont la vue plongeait sur les dos et les tallit des hommes. Je me souviens que c’était le moment où je descendais dans la rue, respirer un peu d’air de ce début d’automne. Je n’étais pas fâchée de la coupure dans le si long après-midi de Kippour, où les enfants n’assistent pas à ce moment de méditation intense « pour ceux que la mort a frappés », comme…

Minha: Jonas et les interdits sexuels

Par Marc-Alain Ouaknin, rabbin et philosophe LE LIVRE DES NŒUDS À DÉTACHER QUEL LIEN Y A-T-IL ENTRE JONAS ET LES INTERDITS SEXUELS? ויהי דבר יי אל יונה בן אמתי לאמר Lors de la prière de l’après-midi de Yom Kippour, outre la récitation du Psaume 145 et la prière de la Amida, la coutume talmudique invite les fidèles, d’une part, à écouter le chapitre biblique concernant toutes les relations sexuelles interdites (Lévitique 18) et, d’autre part, à suivre le récit des aventures du prophète Jonas racontées dans le livre biblique qui porte son nom (cf. Talmud Meguila 31a et Shoulhan Aroukh Orah hayyim 622,2). Cette tradition synagogale instituée par les maîtres du Talmud pose plusieurs questions : pourquoi la lecture de ces textes le jour de Kippour et quels rapports entretiennent-ils entre eux? La…

Nouveau numéro de Tenou’a : Yom Kippour, mode d’emploi

Et si, cette année, vous vous prépariez autrement à Yom Kippour? Le nouveau numéro de Tenou’a, sorte de livre de prière parallèle qui suit précisément le déroulé de la liturgie de Yom Kippour, office après office, vous accompagnera, nous l’espérons, tout au long de cette journée. Avec la participation du Grand rabbin de France Haim Korsia, des rabbins Philippe Haddad, Delphine Horvilleur et Marc-Alain Ouaknin et, notamment, de Raphaël Enthoven, Lionel Naccache, Anne Sinclair, Sonia Wieder-Atherton, Valérie Zenatti ainsi que de nombreux autres auteurs et artistes contemporains… AUX PORTES DE KIPPOUR Édito du rabbin Delphine Horvilleur Le judaïsme aime marquer constamment les passages, qu’il s’agisse de transitions dans le temps ou de traversées d’espaces. Bien des rites sont, à leur manière, des mezouzot placées sur les linteaux de nos vies, comme une conscience des…

Rosh Hashana : le paradoxe du Dieu roi

© Tal Kulikovsky

Un commentaire de David Isaac Haziza Rosh HaShana – Parashat Nitsavim Elle n’est pas aux cieux Le paradoxe du Dieu roi   Elle n’est pas aux cieux, que tu puisses dire : Qui ira aux cieux nous la quérir et nous l’enseignera pour que nous l’accomplissions ? Deutéronome, 30:12   Cette semaine, nous lisons Nitsavim, dimanche soir nous fêterons la Nouvelle année : fête du monde, fête du temps, anniversaire de l’homme. J’aimerais ici explorer brièvement les liens entre la parasha et la solennité qu’elle précède habituellement. Nitsavim fait partie des dernières sections de la Torah. Les Hébreux vont bientôt pénétrer en Canaan et en prendre possession. Comme on sait, le Deutéronome contient les termes de l’alliance renouvelée entre Dieu et Israël, à commencer par la répétition du Décalogue[1]. Ici, Moïse finit de s’adresser aux Enfants…

Faire de la femme un sujet, pas un objet

Pudeur, tsnyout : Faire de la femme un sujet, pas un objet Intervention du rabbin Delphine Horvilleur sur Akadem dans le cadre de : « Voiler et dévoiler – La pudeur dans le judaïsme ». Vous pouvez écouter cette intervention ci-dessous ou regarder la vidéo sur Akadem. Autour des mêmes questions, lire le numéro 164 de Tenou’a, « Sexe, Torah et Tradition ». Voir le sommaire de ce numéro Lire l’édito du rabbin Delphine Horvilleur : « Philtre d’amour » Lire la tribune d’Antoine Strobel-Dahan : « Réhabilitons la honte » Lire l’article de David Biale : « Les juifs aiment-ils trop le sexe ? » Commander ce numéro, s’abonner à Tenou’a