
Le jour de la date limite fixée par la Cour suprême pour l’application de la décision du gouvernement israélien de créer une zone de prières mixte près du Kotel, le Premier ministre Benjamin Nétanyahou a décidé de suspendre les travaux d’installation du lieu, qui soit dit en passant ne fait pas partie de l’esplanade en elle‐même mais dépend de l’Autorité de l’archéologie. Depuis la création du nouveau cabinet israélien, les partis orthodoxes ne cessent de faire pression sur le Premier ministre pour limiter les contours du statu quo, devenu de plus en plus friable. Ils ont obtenu, sans trop de difficultés, des financements supplémentaires pour des réseaux d’écoles non‐sionistes qui n’enseignent pas les matières obligatoires du cursus scolaire. Ils viennent d’obtenir une modification de la loi sur les conversions en Israël, y compris celles réalisées par des rabbins orthodoxes, non contrôlés par le Rabbinat. Ils ont déposé des amendements sur la loi concernant les transports publics le shabbat. Mais avant tout, ils cherchent à briser le consensus instauré par le mouvement sioniste qui consistait à rassembler, à dialoguer, plutôt qu’à séparer. L’unité, même dans le débat ardent entre les communautés, du peuple d’Israël a toujours été l’élément fondateur de la société israélienne et le ciment de sa démocratie.
La première question que l’on se pose est d’ordre politique. Pour quelle raison Nétanyahou a‑t‐il pris cette décision maintenant, à l’heure où le peuple juif célèbre les cinquante ans du retour sur ce lieu symbolique pour chaque Juif, pratiquant ou non ?
La coalition gouvernementale n’est pas en danger, les orthodoxes n’ont aucune intention de la démanteler, car aucune autre constellation politique ne leur apporterait les budgets dont ils bénéficient depuis deux ans et par ailleurs la conjoncture internationale n’a jamais été aussi favorable à Israël, en raison du changement d’administration aux États‐Unis et du contexte géopolitique régional. Nétanyahou a réussi créer des relations de coopération économique avec les grands pays émergents comme l’Inde et la Chine. Il a récemment participé à une grande convention en Afrique orientale. Alors pourquoi revenir sur un compromis dont il avait été l’initiateur et que le président de l’Agence juive, membre du Likoud, Natan Sharansky avait réussi à négocier ? Nétanyahou, généralement habile tacticien dans les manoeuvres politiciennes, s’est fourvoyé pour des raisons de survie politique. On a du mal à croire qu’un Premier ministre de l’État du peuple juif soit prêt à briser l’unité du peuple juif, à travers tous ses courants en Israël et en diaspora, pour rester au pouvoir. Les réactions au sein du gouvernement et des représentants des courants du judaïsme n’ont pas tardé et il faut espérer qu’elles mèneront à un changement de position.
La seconde question est d’ordre historique, car contrairement à ce que certains hommes politiques veulent nous faire croire, il ne s’agit pas d’une crise entre le gouvernement israélien et le mouvement libéral américain, mais d’une volonté de réécrire l’histoire. Ce ne sont pas les partis orthodoxes qui ont libéré le Kotel et la Vieille Ville de Jérusalem, mais des soldats de Tsahal, une armée dans laquelle nombre d’entre eux refusent de s’engager. C’est aux sacrifices de ces parachutistes que nous devons la liberté de prier sur les lieux où nos ancêtres érigèrent le Temple de Jérusalem. La capitale de l’État d’Israël est avant tout le siège des sites qui établissent au regard des nations la souveraineté du peuple juif sur la terre de ses ancêtres, qui n’étaient ni des orthodoxes, ni des réformistes, ni des laïques, mais des fils d’Israël, porteur d’un patrimoine dont le socle principal est la loi. Israël, malgré les concessions faîtes aux orthodoxes par Ben‐Gourion dès son indépendance sur le statu quo religieux, n’est pas un État « halakhique » mais un État juif et démocratique, qui par essence reconnaît la pluralité maximale des manières de vivre la judéité. Un gouvernement, un Premier ministre qui remettraient en cause ce principe perdraient toute légitimité morale, et aboliraient ainsi le sens profond du sionisme, qui a redonné au peuple juif une histoire dont l’épicentre est la centralité de Jérusalem, ville dont le coeur bat en chacun de nous.




