En mémoire de Marceline Loridan-Ivens

Hommage prononcé par le rabbin Delphine Horvilleur lors des funérailles de Marceline Loridan-Ivens née Rosenberg à Paris, le 21 septembre 2018 Pour raconter Marceline, permettez-moi de commencer par la fin… par une chambre d’hôpital à Paris où, mardi soir, à la nuit tombante, résonnent ces notes, au moment même où dans toutes les synagogues du monde, on entend : Kol Nidré… Veessarei, veh’aramei, vekounamei, vekhinouyei Vekinoussei oushevouot… Tous ces vœux, toutes ces promesses, demandent les Juifs ce soir-là, à quoi nous engagent-ils vraiment ? Mourir à Yom Kippour, ça c’est du « Grand » Marceline ! Ne me dites que c’est juste un hasard. Je n’en crois pas un mot. Comme beaucoup d’entre vous, j’étais convaincu que l’ange de la mort n’arriverait jamais à la retrouver. Je me suis souvent dit qu’elle avait gagné une sorte d’immunité…

Marceline Loridan-Ivens, mort d’une colère

Nous sommes si nombreux, en ce lendemain de Yom Kippour, à pleurer la mort de Marceline Loridan-Ivens. Nous sommes si nombreux à avoir eu la chance inouïe de fréquenter son appartement de Saint-Germain-de-Prés, à avoir partagé avec elle nos chagrins et ses colères, nos espoirs et ses désillusions, entre une blague, un verre de vin et une cigarette. Nous sommes si nombreux à avoir trouvé du réconfort auprès de cette si grande toute petite dame. À Tenou’a, nous avions, comme beaucoup d’entre vous, une tendresse infinie pour Marceline, une tendresse, un respect aussi et une admiration estomaquée. La colère de Marceline appartient désormais à l’Histoire et nous restent les souvenirs de ces rencontres, de ces échanges et de ces fous-rires. Marceline voulait que son numéro matricule de déportée à Birkenau ne s’efface…

Yom Kippour: « Le prêtre, le prophète et nous », par le rabbin Delphine Horvilleur

Drasha de KOL NIDRE 5779, par le rabbin Delphine Horvilleur C’est l’histoire de Moishé et Yitsh’ok qui se croisent un jour par hasard dans les rues de New York. Cela fait des années qu’ils ne se sont pas vus, depuis la Pologne, depuis le Ghetto, depuis la guerre. Et là, en plein Manhattan, ils se retrouvent, et tombent dans les bras l’un de l’autre. Moishé dit alors à Yitsh’ok : Yitsh’ok ! Comme c’est bon de te voir ! En un mot, dis moi ce que tu deviens… comment ca va ?… Et Yitsh’ok dit : BIEN ! Alors Moishé continue: non, mais, vraiment, dis-moi en deux mots comment ca va … ? Et Yitsh’ok répond : PAS BIEN ! Cette blague, c’est de loin la blague la plus juive que je connaisse. Certains diront qu’elle est une blague purement ashkénaze,…

Sur le divan avec Freud: découvrez le nouveau numéro de Tenou’a

Découvrez le numéro d’automne de Tenou’a Sur le divan avec Freud Un numéro de Tenou’a réalisé en partenariat avec le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme où se tiendra à partir du mercredi 10 octobre 2018 l’exposition « Sigmund Freud, Du regard à l’écoute ». Cet automne, Tenou’a vous propose de faire une visite virtuelle et littéraire dans le cabinet du père de la psychanalyse. Dans ce numéro, des écrivains, des comédiens, des philosophes, des artistes, des rabbins poussent la porte du 19 Berggasse, à Vienne, pour y retrouver la fumée d’un cigare, les objets d’une collection d’antiquités ou l’inquiétante étrangeté d’un divan. S’y allongent avec eux un Moïse qui bégaye, une mère juive inquiète, un fils rebelle de la Bible et bien d’autres encore… Vous pouvez découvrir le sommaire de ce numéro en…

Yom Kippour: Lacan et la voix du shofar

Quand, au moment le plus solennel des fêtes de Tishri, les fidèles entendront le son du shofar déchirer le silence de la synagogue, ils seront peut-être intéressés d’apprendre que des psychanalystes parmi les plus éminents ont été émus par ce son et ont cherché à en comprendre la raison. Intéressés parce que pour eux cette liturgie du shofar, dont ils pressentent l’importance, a tout de même quelque chose d’énigmatique. Les explications de Rashi, de Maïmonide ou des kabbalistes nous laissent, reconnaissons-le, sur notre faim. Écarter Satan ? Allons donc ! Celui-ci a plus d’un tour dans son sac. Ce qu’ils entendent ressemble à une voix déchirante dont on ne sait de qui elle est, ni ce qu’elle dit. Le premier psychanalyste à s’intéresser au shofar fut un des élèves les plus proches…

Rosh Hashana: « SHÉHÉRAZADE, HAGAR ET NOUS… » par le rabbin Delphine Horvilleur

Drasha de ROSH HASHANA 5779 par le Rabbin Delphine Horvilleur   Le poète israélien Yehouda Amihai a écrit un jour ces mots : « Tout au long de l’année, le peuple juif lit à son Dieu le rouleau de la Torah, Chaque semaine un autre passage, une autre Parasha. Exactement comme Shéhérazade racontait des histoires pour sauver sa vie ». Je ne sais pas si je crois au Dieu de Yehouda Amichai, à ce Dieu qui prend les traits du tyran sanguinaire des mille et une nuits… Je ne sais pas si je crois qu’à la manière de Shéhérazade, l’imagination et la capacité à raconter des histoires ont sauvé le peuple juif à travers son Histoire… Mais je sais que chaque année à Rosh Hashana, au tout premier jour du tout premier mois d’une année nouvelle, je me…

Elle n’est pas aux cieux : l’étude aujourd’hui

par David Isaac Haziza « Elle n’est pas aux cieux, que tu dises : Qui montera dans les cieux pour nous la rapporter et nous la faire entendre afin que nous l’observions ? » Deutéronome, 30 : 12   L’approche critique des textes Depuis Spinoza, s’affrontent deux écoles d’interprétation, l’une, que l’on pourrait qualifier de philologique, l’autre, de midrashique, ou d’herméneutique. La critique biblique, née à la fin du XVIIIe siècle dans le sillage de la philosophie des Lumières – et, au-delà, du Traité théologico-politique – est d’essence philologique. Qu’est-ce que la philologie ? C’est rechercher le sens précis du mot, non pour nous mais dans son horizon propre. La philologie contextualise. Elle propose une archéologie du langage. Avec elle, le chevreau que l’on ne cuit pas dans le lait de sa mère est un chevreau, point. De ce…