
Il est encore tôt ici en Amérique, et le résultat n’est pas certain mais nous avons tous compris. Trump sera le prochain président des États‐Unis et c’est juste une terrible nouvelle pour tout le monde.
La guerre au Proche‐Orient va non seulement se poursuivre, surtout avec la victoire prévue des Républicains au Sénat, mais elle va aussi empirer. Nétanyahou a bien fait de limoger Galant le jour des élections, le jour où personne ne lui dirait rien, et les otages peuvent bien mourir, puisque les États‐Unis s’en tapent.
Galant est viré, Smotrich et Ben Gvir sont toujours là. Harris s’en va, Trump revient, plus énervé que jamais. Je sais bien, même si je ne me l’explique pas, que les Israéliens favorisent largement Trump, je peux imaginer ce qui motive ça : un peu de flatterie – l’ambassade à Jérusalem –, et beaucoup de haine. Quelle ironie finalement que la haine des rednecks américains, antisémites au biberon, rencontre la haine des messianistes israéliens.
Trump va nous faire une Poutine (un tour et puis revient), tandis que Nétanyahou nous fait une Erdoğan (attrape‐moi si tu peux). Le futur de Nahal Oz, de la Cisjordanie, de Beyrouth et même de Tel Aviv se retrouve hypothéqué par la conjonction de la haine.
Trump au pouvoir c’est assez simple, amis d’Israël : il prendra votre parti les jours pairs, il prendra le parti de vos ennemis les jours impairs – ou l’inverse, mais ça ne change rien. Son historique montre qu’il n’a aucune loyauté sincère, seulement une loyauté personnelle et conditionnelle. L’appui à Israël sera conditionné aux avantages que Trump pourrait en tirer sur le plan domestique, rendant le soutien américain volatil et incertain pour Israël dans des moments de crise – dans le moment que nous vivons, en fait.
Oui, Trump a négocié les accords d’Abraham, à la Trump, sans prudence – et avec efficacité contre ce processus puisqu’il a abouti à la réaction épidermique, inefficace et stupide de l’Iran ou du Hamas le 7 octobre 2023 et depuis lors. Oui, il a fait des gestes concrets comme la reconnaissance de Jérusalem comme capitale ou du Golan, mais il ne l’a fait que pour cultiver une base chrétienne évangéliste et messianiste américaine et s’assurer le soutien de groupes évangélistes sionistes américains. À tout moment, Israël sera sacrifié si Trump estime qu’il n’en retire plus de bénéfices politiques directs.
Trump n’hésite jamais à réveiller les vieux démons de l’antisémitisme, comme quand il suggère que les Juifs américains lui doivent loyauté en raison de son soutien supposé à Israël, et que sa potentielle défaite serait immanquablement de la faute des Juifs. Discours odieux, chantage, qui ne fait rien plus que nourrir de vieux préjugés antisémites, qui insinue que les Juifs sont des ingrats à la double‐loyauté, et qui alimente la haine antisémite séculaire et abjecte.
Cette rhétorique populiste pourrait bien enflammer les milieux d’extrême droite aux États‐Unis et en Europe, où on se nourrit de ces stéréotypes pour justifier des actes de violence contre des Juifs, contre des femmes, contre des queers, contre des musulmans, (tous fantasmés ou réels), contre des “autres” en fait. Plus Trump attise ces sentiments, plus les incidents antisémites – menaces, agressions, assassinats – augmentent. Trump, cynique, exploitera cette hostilité pour consolider sa base, sans jamais se soucier des conséquences pour les Juifs américains ou européens.
Là où un pouvoir américain aurait pu avoir une influence directe, efficace et concrète sur le conflit en cours, là où Washington aurait pu faire enfin libérer les otages, là où le bureau ovale aurait pu diffuser le murmure de la nécessité d’une rupture avec les colons fanatisés (vous savez, ceux qui envoient de jeunes conscrites à l’hôpital), nous aurons le contraire : une administration américaine viriliste qui soufflera sur les braises tout en s’en foutant royalement du sort de Juifs, en Israël, aux États‐Unis et partout ailleurs dans le monde.
Toi Joey du Wisconsin, toi Karen de Caroline du Nord, toi Adam en Pennsylvanie, toi qui cries ‘Liberty’ tout en piétinant tout ce qui en fait le sens, vous nous entraînez dans votre chute, et c’est vous qui allez creuser le trou. Avec ceux qui envahissaient le Capitole en attaquant des policiers, vous qui avez le niveau d’éducation, de santé et de solidarité le plus bas de l’OCDE, vous avez choisi de niveler le monde par le bas. Nous aurons donc Trump, et nos yeux pour pleurer.
En 2021, Trump disait de “son ami” Nétanyahou “Fuck him!”. Aujourd’hui il nous dit à tous “Fuck you!”. On pourrait passer outre si cela ne se soldait pas en dizaines de milliers de morts en Israël, à Gaza et maintenant au Liban, en milliers de réservistes arrachés à leur famille, en centaines de réservistes tués, en milliers de Libanais et d’Israéliens déplacés, en abandon des otages à leur sinistre sort, en gamins étouffés sous des décombres, en autres gamins tout‐pareils qui passent leur journée à courir aux abris en priant pour papa ou le grand‐frère en milouim, en échanges de missiles entre l’Iran et Israël. Et vous, chers amis européens, ne vous tranquillisez pas, la Russie de Poutine vient de mettre le pied dans la porte et elle n’est pas prête de le retirer. Et que l’Ukraine s’en remette au sort.
Honnêtement, amis trumpistes vous faites chier. Que vous choisissiez de ruiner votre vie, soit, c’est stupide mais, soit. Deviez‐vous pour autant nécessairement nous entraîner avec vous dans votre déchéance ? Quant à nous, Juifs, nous pouvons toujours, pour certains, nous sentir temporairement soulagés de cette victoire d’un autoproclamé ami d’Israël voire des Juifs (quoique cela se discute assez aisément), pourquoi pas, mais n’oublions pas qu’à la veille des élections, le même Trump sacrifiait aux sirènes complotistes en nous imputant a priori la responsabilité de sa potentielle défaite. Il a gagné donc, on est saufs pour l’instant. Mais n’oubliez pas que, dans la perspective de sa défaite, les premiers responsables désignés par Trump, c’était nous, les Juifs et qu’à chaque fois qu’il devra blâmer quelqu’un, ce sera nous.
Que Dieu nous protège dans le monde sombre et inquiétant qui s’annonce, qu’Il protège l’Amérique et nos amis américains. Que la paix se fasse au Proche‐Orient et que tous les otages soient rendus à leurs proches. Barukh ata Adonai, matir asufim.