
Rappelons les faits : le 7 novembre 1938, un certain Herschel Grynszpan tire sur le diplomate Ernst vom Rath à l’ambassade d’Allemagne à Paris. Ce dernier succombera à ses blessures quelque temps plus tard. Herschel Grynszpan, né à Hanovre dans une famille juive venue de Pologne, est donc responsable de l’assassinat d’un haut cadre du régime nazi. Arrêté dans la foulée par la police française, Herschel Grynszpan est emprisonné à la prison de Fresnes. Dès lors, naissent les différentes interprétations de cet acte certes individuel mais lourd de sens.
Si cet acte est particulièrement instrumentalisé par le ministre de la Propagande, Joseph Goebbels, et par Adolf Hitler lui‐même pour justifier la Nuit de Cristal – la nuit du 9 au 10 novembre 1938 durant laquelle, sur tout le territoire du Reich, 1.400 synagogues seront brûlées, des milliers de commerces vandalisés, les maisons pillées, et 26.000 hommes juifs emprisonnés et déportés – d’autres y verront plutôt un crime passionnel. Car ce n’est un secret pour personne à Paris : vom Rath était homosexuel, et l’avocat du jeune garçon compte bien s’en servir… C’est cette explication qui empêchera plus tard tout procès d’Herschel Grynszpan. Mais en attendant, Herschel refuse de faire de son acte politique un fait divers. Dès les premiers interrogatoires – archives précieuses de ce documentaire – Herschel expliquera ce geste comme une réponse à la déportation, quelques jours plus tôt, de ses parents Zyndel et Ryfka Grynszpan vers la frontière polonaise.
Grâce à des archives exceptionnelles, des dessins d’animation, des entretiens avec les membres de la famille, des interviews de journalistes et historiens, Isri Halpern nous plonge dans cette terrible nuit du 7 novembre 1938 et dans les années qui ont suivi.
Ainsi, plusieurs questionnements apparaissent dans ce documentaire. Peut‐on considérer, par exemple, que l’assassinat de vom Rath ait déclanché la Kristallnacht ? On peut en douter, au vu de l’organisation nécessaire à la concrétisation d’un pogrom comme celui‐là. Pourtant, Hitler et le regime nazi n’hésitèrent pas à faire de la Nuit de Cristal la réponse à l’assassinat du diplomate allemand, cherchant à tout prix des justifications au génocide à venir.
Aujourd’hui encore, les interprétations de l’acte de Herschel Grynszpan sont diverses. Pour certains, Herschel était un « idiot », un jeune de 17 ans un peu fougueux qui déclancha la colère du régime nazi. Pour d’autres, très nombreux en Israël, Herschel est un héros à qui l’on doit le premier acte de résistance juive durant la Shoah, comme l’affirme Haïm Lewek, rabbin et descendant de Herschel Grynszpan : "Si tous les Juifs avaient fait comme lui, peut-être aurions-nous évité la Shoah".
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