
Le Gorille, publié aux éditions Grasset, est le premier roman écrit en langue française du poète et traducteur israélien Dory Manor. "Je me sens comme un primo-romancier, c’est très excitant", se réjouit-il. Lui qui a traduit Baudelaire ou encore Mallarmé en hébreu n’en est pas à son premier ouvrage, loin de là. Il aura fallu la barrière de la langue pour enfin oser écrire sur son père. C’est donc en français, dans cette langue qu’il a apprise au lycée, que Dory Manor a décidé d’écrire sur sa jeunesse aux côtés du Gorille, son père, Ezer Manor, membre de l’unité des gardes du corps des renseignements intérieurs israéliens. C’est contre la virilité exacerbée de ce père, dont la société israélienne est elle aussi imprégnée, que Dory Manor se construit. Devenu poète en exil, Dory Manor écrira plus tard contre ce virilisme, dans une langue qui lui est propre, celle de sa liberté.
Victoria Géraut-Velmont - Dory Manor, vous êtes poète et romancier mais vous êtes aussi traducteur du français vers l’hébreu. On vous doit la traduction en hébreu des textes de Baudelaire par exemple, ou de Mallarmé… Pour Le Gorille vous avez choisi d’écrire en français. C’est la première fois que vous publiez un texte en français, pourquoi ce choix ?
Dory Manor - J’ai choisi le français pour des raisons familiales et sentimentales. Le français est ma langue, une langue que j’ai acquise et qui n’était pas la langue de mes parents. Le français était comme une langue séparée de mon existence avec eux. Pour ce livre, il m’a fallu trouver un moyen de dire des choses sur ma famille, sur mon père, le Gorille, qui n’auraient pas pu être dites dans une langue qu’il pouvait comprendre. Certes, mon père est décédé en 2019, mais sa mort n’était pas suffisante. Une mort n’est jamais suffisante parce qu’on porte avec soi trop de souvenirs, trop d’odeurs, trop de voix. Il m’a donc fallu trouver un autre moyen pour surmonter cette forte présence de mon père. C’était pour moi, comme je le dis dans le livre, une sorte de double sceau, c’est‐à‐dire le sceau de la mort et le sceau de la langue, pour qu’il ne puisse pas regarder derrière mon épaule pour voir ce que j’étais en train de dire de lui.
VGV - D’où vous vient cette passion pour la langue française ?
DM -C’est une histoire qui remonte à mon adolescence. Comme je l’évoque dans mon livre, tout a commencé avec ma professeure de français au lycée, Madame Haïmon. C’est elle qui m’a transmis cet amour de la langue. Cette langue est devenue pour moi un territoire à part, une « langue acquise » qui n’était pas celle de mes parents. Elle m’a offert un espace de liberté et de vérité, loin des non‐dits familiaux, me permettant d’exprimer des choses qui auraient été impossibles à formuler en hébreu. Pour moi, le français est bien plus qu’une langue de traduction ; c’est une langue de révélation.
VGV - Avez-vous d’abord essayé d’écrire en hébreu ?
DM - Oui, j’ai essayé. Techniquement c’était tout à fait possible mais je savais qu’en hébreu, je devrais mentir. Alors qu’en français, je ne dis pas que des faits vrais, mais je dis la vérité.
VGV - Vous commencez ce livre par évoquer la circoncision de votre père, ou plutôt par la non-circoncision de celui-ci. De quoi cette non-circoncision était-elle le symbole ?
DM - Mon père était un cadre du Shin Bet [service des renseignements intérieurs israéliens] et était un archétype de la virilité israélienne. Le fait qu’il ne soit pas circoncis revêt une importance symbolique majeure. À l’époque de la jeunesse de mon père, qui était né en 1930, et même bien après, être un Juif non‐circoncis à Tel Aviv était très rare. Dans ce livre, la non‐circoncision joue un double rôle : cela rend le Gorille singulier car cela le différencie des autres et cela conserve aussi un petit bout de ce qu’il refoule. Car cette décision de ne pas circoncir Ezer a été prise en Europe, dans l’Allemagne des années trente, par ses parents. Comme je l’écris dans le livre, je ne connais pas la raison exacte de cette décision. Uriel, mon grand‐père, était le fils rebelle d’un rabbin allemand ; Zizi, ma grand‐mère, était une comédienne d’une grande excentricité. Peut‐être que cette non‐circoncision était un acte excentrique et rebelle à leur image.
Par la suite, cet héritage allemand a été refoulé par mon père qui voulait être le plus sabra qui soit. Ce morceau de chair est quelque chose qui l’empêche de l’être vraiment. D’une manière plus générale, il s’agit d’une réflexion sur le judaïsme, ou plutôt la judéité, dans le contexte israélien.
VGV - Ce livre, finalement, est un livre sur la virilité et la masculinité dans la société israélienne, et notamment des sabras qui souhaitaient se défaire d’une image fragile qui serait incarnée par les Juifs d’Europe. Ça dit donc quelque chose de la société israélienne : de ce qu’elle veut montrer d’elle et de comment elle se construit. Mais cela dit aussi quelque chose de votre famille car il y a votre père, le Gorille, qui a une masculinité exacerbée et qui en fait un point fondamental de son identité et il y a vous, qui avez du mal à vivre avec cette virilité…
DM – Je pense que le titre du livre, Le Gorille, évoque cette masculinité, cette virilité. C’est ainsi – les gorilles – que l’on désignait ceux qui faisaient partie de l’unité des gardes du corps. C’était emprunté au français au départ, mais aujourd’hui, on n’utilise plus ce terme en Israël pour désigner les membres de cette unité.
C’est un livre sur la manière d’être masculin ou viril dans une société qui regarde la virilité comme un de ses éléments les plus sacrés, hélas. La virilité, à l’époque de la jeunesse de mon père, se faisait par opposition à ce qu’on considérait comme une certaine féminité du Juif exilé, du Juif de la diaspora. Avec le temps, la société israélienne a continué de renier l’aspect « féminin » de l’existence – l’aspect plus doux, plus tendre, qui se permet d’exprimer ses émotions. Dans le contexte israélien actuel, c’est malheureusement une virilité monstrueuse qui règne. Israël est devenu un poing qui ne sait plus que frapper. C’est donc contre cette virilité israélienne que j’écris. Mais c’est aussi une virilité qui, dans le contexte de ce livre, est incarnée par mon père, le garde du corps.
VGV - Était-ce une pression d’être le fils de deux membres éminents du Shin Bet (les renseignements intérieurs) dont votre père fait partie et du Mossad (les renseignements extérieurs) pour lequel votre mère travaille ?
DM - Je ressentais surtout la pression du secret. Je n’en étais pas conscient avant la fin de mon adolescence car je baignais dedans. Quand on est né dans un univers, on n’est pas conscient qu’il y a d’autres possibilités d’existence. C’est vrai que dans mon enfance, j’ai été entouré de documents tenus « top secret » mais il s’agissait pour moi de la chose la plus naturelle au monde. Je me souviens de ce jour, alors que je devais avoir six ans environ, où je ne souhaitais pas aller à l’école. Ma mère avait donc été obligée de m’emmener au bureau. Or, j’étais assez curieux et je tapais sur les nerfs de tout le monde. Alors, le patron de ma mère, qui était le chef de ce service, m’a demandé pour me calmer de choisir des noms et slogans pour les opérations futures. Pendant des heures, j’inventais des centaines de noms pour de futures opérations, qu’elles soient petites ou grandes, que ce soient des opérations militaires ou même des guerres. Jusque dans les années 2000, j’ai été responsable du nom de ces opérations !
VGV - Parmi les souvenirs de votre enfance, il y a aussi ces mois où, alors que votre grand frère Boaz a quitté la maison, vos parents louent la chambre de votre frère aux services du Shin Bet. Dès lors, des membres du renseignement et leurs informateurs, généralement des Palestiniens, se retrouvent dans l’appartement alors que vous êtes seul avec eux.
DM - Je les accueillais, leur servais à boire. Je savais très bien de quoi il s’agissait et, en même temps, je ne savais rien. J’avais 15 ans à cette époque, et je n’avais absolument pas conscience du danger auquel j’avais été exposé. Mes parents non plus n’étaient pas conscients de ce danger. Ils s’en sont rendus compte lorsqu’un informateur est venu seul dans l’appartement en forçant la porte. C’est là que ma mère a mis fin à ce cirque.
VGV - Alors que vous avez 15 ans, le 11 janvier 1987 vous êtes kindappé durant la nuit par votre frère et ses camarades, à la demande de votre père, et emmené dans un hôpital psychiatrique pour "soigner" votre homosexualité. Une homosexualité dont vous n’êtes d’ailleurs pas encore totalement conscient. Dès lors, vous faites preuve d’une grande malice et vous vous sortez, in extremis, de cette situation. Comment se remet-on d’un tel traumatisme ? Comment pardonne-t-on ?
DM - J’ai mis des dizaines d’années à pardonner. J’ai essayé d’en parler avec mon père et ma mère mais je n’ai jamais eu de réponse. Cet événement a été très traumatisant et cela a été une rupture dans ma vie. Mais disons que, lorsque j’y repense maintenant, j’en suis presque reconnaissant finalement. Je ne sais pas ce que je serais devenu s’il n’y avait pas eu cet événement. Grâce à cette nuit‐là, j’ai dû trouver d’autres moyens d’exister. Grâce à cette expérience, j’ai trouvé la littérature, j’ai trouvé l’expression poétique, j’ai trouvé le français. Tout ça est né de cette rupture.
VGV - J’aimerais justement revenir sur votre exil. Votre premier exil, à Paris, était une manière de fuir vos parents… Quelle a été votre vie à Paris ?
DM - J’ai fait mon service militaire à la radio de l’armée puis j’y ai travaillé quelque temps encore en tant que civil. Ensuite, je suis parti. J’avais 22 ou 23 ans lorsque je suis arrivé à Paris, c’était en 1995. Je suis arrivé à Paris avec une maîtrise de la langue française qui était bonne mais je parlais un français soutenu, celui du XIXe siècle car j’avais déjà traduit Baudelaire, Flaubert et bien d’autres. Mon français n’avait rien à voir avec le français contemporain. Et puis, j’avais l’accent marseillais de ma professeure adorée du lycée. Je me baladais dans la rue avec ce français baudelairien à l’accent marseillais et on me prenait pour ce que j’étais : un fou ! J’ai mis un an avant de parler « normalement ».
À Paris, j’ai pu vivre mon homosexualité pour la première fois. Pour la première fois aussi, je pouvais vivre mon judaïsme. Car, en Israël, je ne m’étais jamais vraiment senti juif. En Israël, je n’avais pas de modèle de judaïsme auquel je souhaitais m’identifier. Il y avait le modèle de mon entourage : un judaïsme qui ne voulait rien dire, qui était une donnée extérieure, uniquement marquée sur la carte d’identité. Ce n’était pas l’absence de religiosité qui me gênait, car je ne suis toujours pas religieux, mais l’absence de contenu. C’était vide. Une autre façon d’être Juif en Israël était celle des colons, de ce qui est devenu aujourd’hui une monstruosité messianique, souvent violente, parfois terroriste. Même à l’époque ! Et puis, enfin, il y avait les ultra‐orthodoxes et là encore cela ne me ressemblait pas.
VGV - Et encore, quand vous quittez Israël, nous sommes en 1995. Vous quittez le pays à un moment charnière de l’histoire des relations israélo-palestiniennes, juste après les accords d’Oslo. Vous quittez le pays dans un moment d’espoir.
DM – Oui, et j’étais heureux de quitter Israël non pas dans un moment de crise mais dans un moment d’espoir. De laisser ma famille et mes amis dans ce qui paraissait être un pays prospère ; et pourtant je suis parti seulement deux mois avant l’assassinat de Yitzhak Rabin. En réalité, il y avait déjà des signes avant‐coureurs. C’était devenu évident que la droite nationaliste et les extrémistes allaient faire quelque chose, même si on ne savait pas quoi.
C’est donc à Paris, en Europe, que j’ai pu vivre ma judéité en tant que minorité. J’aimais cette existence minoritaire, le fait d’être entouré de gens qui n’étaient pas comme moi. En fait, j’y étais habitué : j’étais homosexuel, j’étais poète. Nous autres homos, nous autres poètes, nous sommes habitués à vivre en minorité. Le minoritarisme juif m’était d’une part naturel, d’autre part souhaitable. Cela renforçait mon existence juive qui est une existence culturelle, c’est un judaïsme qui ne peut exister qu’en diaspora. C’est le judaïsme d’Hannah Arendt, de Marcel Proust, d’Albert Cohen, de Paul Celan, etc. C’est un judaïsme qui n’a pas besoin d’un territoire ni de frontières. Évidemment, je suis heureux que l’État d’Israël existe ! Mais le judaïsme que je préfère est un judaïsme d’exil, de diaspora. Un judaïsme qui est, comme le définissait très bien le poète juif allemand Heinrich Heine : "une patrie portative", une partie qui ne peut que bouger. Il parlait ainsi de la Bible ;pour moi, c’est le Livre, avec une majuscule, c’est la culture juive toute entière.
VGV - Pourtant, malgré tout cela, vous revenez en Israël en 2006.
DM - J’y suis revenu pour vivre auprès de mes parents qui vieillissaient. Je savais qu’il fallait boucler la boucle, qu’il fallait une réconciliation. Cela s’est très bien passé car mon père avait changé ! C’était sûrement dû à l’âge… Il n’était plus guidé par son instinct sexuel, lui qui avait tant de maîtresses. Ce changement m’a rendu très optimiste. Il est devenu plus doux, plus attentif, plus capable de montrer certains sentiments. Le Gorille est devenu un homme.
VGV - Et enfin, vous partez à nouveau en 2019, pour Berlin. Ce second exil n’est plus en lien avec vos parents. Il s’agit, cette fois-ci, d’un exil politique. Vous quittez désormais un pays qui ne vous convient plus.
DM – Israël est un pays qui m’a littéralement chassé. J’avais une belle carrière littéraire en Israël. Et puis c’est devenu de moins en moins possible à la fois pour moi et pour des dizaines, voire des centaines, de milliers d’Israéliens. On nous a poussés dehors. Des intellectuels, des artistes, musiciens, cinéastes et écrivains. À Berlin, où je vis désormais, il y a une petite communauté israélienne. À Paris, il y en a encore plus. Beaucoup d’Israéliens s’installent aussi au Portugal et en Grèce. À Berlin, il s’agit d’une communauté composée de beaucoup d’écrivains, de musiciens et d’artistes. C’est toute une élite qu’Israël a perdue. Le pouvoir israélien est loin de le regretter, au contraire, c’est consciemment qu’il pousse dehors ses intellectuels.
Cela a été mon cas : j’ai été licencié de mon rôle de rédacteur en chef de Sal Tarbut, une maison d’édition appartenant au ministère de l’Éducation nationale. Le ministre de l’époque se débarrassait de tous ceux qu’il considérait de gauche, alors que je ne voyais pas mon travail comme politique. Il suffisait que je sois à ses yeux une figure connue comme étant de gauche pour qu’il trouve une raison de me licencier. Je n’ai pas été le seul. Je travaillais aussi dans la radio nationale et, au fur et à mesure, on m’interdisait certains invités, notamment l’historien et politologue israélien spécialiste de l’idéologie fasciste Zeev Sternhell. J’ai fini par claquer la porte.
Avec le temps, le monde littéraire est devenu de plus en plus problématique, certes de manière moins directe. Il se repliait sur lui‐même. Un bon exemple est le Prix Sapir [prix qu’ont remporté David Grossman en 2001, Orly Castel-Bloom en 2015 ou Etgar Keret en 2017]. Il s’agit du prix le plus prestigieux de la littérature israélienne. En 2014, c’est le romancier Ruby Namdar qui gagnait ce prix pour son roman La Maison en ruine, mais la droite israélienne a découvert que Namdar vivait aux États‐Unis depuis des années, alors que ce n’était un secret pour personne. Après cette victoire, il a été décidé que seuls les résidents israéliens peuvent candidater pour ce prix. Autrement dit, il ne s’agit plus d’un prix récompensant le meilleur ouvrage écrit en hébreu mais bien d’un prix pour les écrivains qui paient leurs taxes en Israël. Cela a commencé avec le prix Sapir et puis cela s’est étendu aux autres prix. Or, en Israël, gagner un prix est une question de vie ou de mort pour un livre. La situation économique de l’industrie du livre est telle que les maisons d’édition demandent aux auteurs de financer leurs livres, y compris pour des romans grand public. Chaque auteur doit aller chercher seul des financements privés. Les prix et les subventions de l’État sont donc les seuls moyens pour les auteurs de publier. Or, c’est le ministère de la Culture qui nomme les membres du jury, généralement de droite. Il n’y a donc pas de censure directe, mais il s’agit d’un système de censure bien ficelé, plus sournois. De mon côté, je publie toujours en Israël en tant qu’auteur mais aussi en tant qu’éditeur. Et puis, je suis éditeur à Berlin de livres écrits en langue hébraïque. La maison d’édition que j’ai fondée avec Moshe Sakal, Altneuland Press, est la première, depuis l’existence d’Israël, à publier des livres en hébreu moderne en dehors d’Israël.
VGV - Vous qui êtes un écrivain confirmé, comment vivez-vous la publication de votre premier roman en français en France ?
DM - C’est très excitant. Cela me rajeunit ! C’est mon premier livre en français donc je suis comme un primo‐romancier. J’ai publié de nombreux livres c’est vrai, mais changer de langue, c’est comme changer de destin, changer de lectorat aussi. C’est très émouvant. Surtout que j’ai vécu dix ans en France, je connais les librairies, j’ai des amis ici. Cela me touche de voir mon livre dans les librairies que j’ai côtoyées pendant des années, sur les tables de littérature française. C’est une grande émotion. Et cela me donne très envie d’écrire à nouveau en français.
VGV - Pourquoi d’ailleurs n’êtes-vous pas revenu en France ?
DM - Cela aurait été comme revenir avec son ex, c’est quelque chose qu’on ne fait pas. Et puis, Berlin, où je vis actuellement, est la ville de mes ancêtres. Je ne maîtrise pas l’allemand comme je maîtrise l’hébreu ou le français donc je suis un étranger en Allemagne, et cela me convient très bien. Je me sens bien quand ma patrie est mobile, quand je suis un expatrié. C’est très juif. Berlin est une ville accueillante, une ville confortable, même si ce n’est pas la même passion que j’éprouve pour Paris.
VGV - En vivant en Europe, vous rejoignez finalement tous ces Juifs de diaspora qui convoquent sans cesse plusieurs langues, celle du pays de résidence, celle des parents immigrés aussi… Alors qu’en Israël ce n’est pas le cas.
DM – Tout à fait. C’est le cas des écrivains juifs depuis toujours. C’était le cas d’Albert Cohen ou de Romain Gary, ou encore des écrivains israéliens qui étaient des immigrés au début de l’existence du pays. C’est une situation que j’aime beaucoup. Paul Celan disait qu’un poète qui écrit dans une langue qui n’est pas sa langue maternelle ment. Peut‐être. Mais pour moi c’est plutôt le contraire : c’est dans une langue qui n’est pas la sienne qu’on peut dire certaines choses, d’une manière plus vraie, plus sincère.
VGV - Dernière question, le livre va-t-il être traduit en hébreu ?
DM – C’est une bonne question ! Pour l’instant, je ne le prévois pas. Il sera traduit dans d’autres langues, en allemand, en italien, etc. Mais pour l’hébreu je n’ose tout simplement pas. C’est trop intime. Un jour, peut‐être.





