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Cette semaine, la Knesset a approuvé par un vote préliminaire le projet de loi sur la gestion du Mur des Lamentations (Kotel) proposant que tout « comportement contraire aux instructions et aux décisions du Grand Rabbinat puisse être passible d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à sept ans. »
Derrière cette proposition se tient un homme : Avi Maoz, membre de Noam, parti d’extrême droite dont le combat central est la lutte contre les droits LGBT.
La difficulté à faire coexister toutes les sensibilités religieuses dans le lieu le plus emblématique du judaïsme n’est pas nouvelle, et les tensions et polémiques autour des Femmes du Mur (Women of the Wall, WOW) en sont certainement le symptôme le plus médiatisé. Fondée en 1988, cette association rassemble des femmes de diverses sensibilités religieuses, de libérales à modern‐orthodoxes, qui se retrouvent chaque mois à Rosh Hodesh (la célébration du nouveau mois) pour prier dans la section féminine de l’esplanade du Mur occidental. Ces femmes sont régulièrement victimes de violences, tant verbales que physiques. Des cars de jeunes adolescents et adolescentes ultra‐orthodoxes y sont délibérément acheminés pour couvrir leurs prières de cris et de quolibets – une violence dont j’ai pu faire l’expérience à leurs côtés. Récemment, de jeunes hommes ultra‐orthodoxes sont allés jusqu’à détruire des livres de prières ; geste paradoxal, constituant un acte de désacralisation de textes saints, mais justifié aux yeux de ses auteurs par la profanation plus grave encore que constituerait une prière féminine publique. Les Femmes du Mur peinent à trouver protection et soutien auprès de la police israélienne : les auteurs de ces actes de vandalisme n’ont par exemple pas été inculpés. Mais Tammy Gotlieb, l’une des responsables de WOW, a, elle, été détenue la semaine dernière. Son crime ? Avoir lue la Torah dans la section féminine du Kotel.
Se pourrait‐il qu’en Israël, la voix d’une femme s’élevant en prière soit jugée plus attentatoire à l’ordre public que la violence physique des ultra‐orthodoxes ?
Mais au‐delà de ce groupe très médiatisé, qui cristallise les irritations d’une partie du public israélien, la loi en cours d’examen vise également un espace important et assez méconnu du grand public. En effet, la proposition de loi s’étend à l’esplanade de l’Arche de Robinson, une section en contrebas du Kotel où les prières peuvent se tenir sans mehitsa ( séparation physique entre hommes et femmes).
Il est peut‐être utile de rappeler ici succinctement la chronologie de l’aménagement du Kotel. En effet, la présence d’une mehitsa au Kotel ne va pas de soi, et constitue un fait relativement récent.
Lors de la conquête israélienne de cet espace en 1967, le grand rabbin Shlomo Goren confia sa gestion au ministère orthodoxe des Affaires religieuses et, le 19 juillet 1967 une mehitsa fut installée. Pour la première fois de son histoire, le Kotel devint exclusivement une synagogue orthodoxe. Fort des tensions que cela générait, et afin de permettre à tous les Juifs d’accéder au Kotel, le plan Sharansky fut approuvé par la Knesset en janvier 2016. Ce plan constituait un compromis : une partie du du Mur était maintenue sous l’égide des règles ultra‐orthodoxes, avec une séparation des genres stricte et une police discrète mais présente, chargée de faire respecter les règles de pudeur aux femmes. En contrebas, un espace de taille moindre était désigné sur l’esplanade du Kotel et rebaptisé Ezrat Yisrael, comme espace de culte égalitaire.
Mais aujourd’hui, cette discrète concession aux Juifs et Juives progressistes semble insupportable à la coalition d’extrême droite. Au lendemain du vote de mercredi, Maoz a déclaré : « Aujourd’hui, la Knesset a posé une limite claire à l’ingérence de la Cour suprême dans la sainteté du Mur occidental », qualifiant toute prière mixte de « profanation ».
Que nous soyons de ceux qui prient au Kotel ou que ses pierres nous laissent de marbre, que notre pratique inclue ou non une mehitsa, ce projet de loi devrait alarmer chacun d’entre nous. Aujourd’hui, le site de culte juif le plus visité au monde est sur le point d’être remis au contrôle exclusif du Grand Rabbinat ultra‐orthodoxe. Demain, d’autres lieux pourront être jugés trop sacrés pour que les Juifs non‐haredim y accèdent et les souillent de leur présence.
Si nous n’agissons pas, nous risquons de laisser advenir un Israël où une tenue jugée impudique, ou la consommation d’aliments non‐kasher, pourraient valoir à leurs auteurs une peine de prison.
La tradition (Pirkei Avot 5,5) rapporte que le Temple, aux jours de pèlerinage, contenait miraculeusement tous ceux qui venaient chercher Dieu en son sein, sans jamais en laisser un seul sur le seuil. C’est là, peut‐être, la définition la plus juste du sacré : la capacité à accueillir, à faire place.
Je prie pour que, de même que le Temple était réputé contenir en ses murs tout le Klal Yisrael, le Kotel soit autorisé, et protégé, comme un lieu qui embrasse l’intégralité du peuple juif.
Une pétition initiée par MERCAZ Olami et soutenue par une douzaine d’organisations juives israéliennes et de diaspora est ouverte à signature.



