
Comment pourrais-tu raconter ce film à un proche ?
C’est l’histoire de Vincent Dayan, un enfant de 13 ans qui se prépare à passer sa bar mitsva, un moment important dans sa vie. Pendant cette période, l’adolescent se pose beaucoup de questions, notamment sur son identité : Est‐il le messie ? Est‐il juif, français ou africain ?
J’ai eu l’occasion de réfléchir à cette dernière question avec d’autres élèves du Talmud‐Tora de JEM (Judaïsme en Mouvement). Dans la tradition juive, il est dit que, quand on s’installe dans un pays et qu’on est juif, on respecte d’abord la loi du pays. Donc, si je devais répondre à la question posée par Vincent sur son identité, je dirais qu’il est d’abord français, juif ensuite, et, enfin, d’origine africaine. Je pense qu’il est important de respecter cet ordre. On vit en France, dans un pays de culture chrétienne, donc la loi du pays compte avant toute chose. Dans un second temps, on peut affirmer sa religion.
Quel moment dans le film a retenu ton attention ?
À un moment, Vincent se trouve à l’arrière dans la voiture de ses parents, il s’impose et dit qu’il n’est pas comme ses parents, qu’il ne veut pas suivre leurs opinions. Ses parents voudraient l’empêcher de continuer de voir sa copine (alors qu’ils sont amoureux l’un de l’autre). Je suis un peu d’accord avec lui : je n’ai pas envie de suivre les choix de mes parents si je ne suis pas en accord avec.
Dans le film, on voit que Vincent n’est pas tellement occupé par sa bar mitsva. Il prend surtout le temps de vivre son adolescence avec ses copains, de tomber amoureux, de regarder d’un air dubitatif ses parents et son frère. Que penses-tu de sa manière de préparer ce moment ?
Dans le film, Vincent ne paraît pas très sérieux, il n’est pas tellement assidu, il oublie de mettre sa kippa quand il répète en présence du rabbin. Il n’est pas tellement concentré, d’autres choses semblent prendre le dessus.
De ton côté, comment organises-tu tes "révisions" ?
Toutes les semaines, je révise mes prières et ma parasha en écoutant des enregistrements vocaux, je me rends au Talmud‐Tora les dimanches matins, ces cours m’apprennent beaucoup de choses sur l’identité juive et ses multiplicités. Je n’ai pas encore écrit mon discours puisque ma bat mitsva est dans quelques mois mais j’aimerais, dans mon discours, faire un lien entre ma parasha, Vayétsé, et ma vie. Je trouve que la plupart des discours se ressemblent et parlent des relations entre frères et sœurs, avec les parents et remercient les invités… J’aimerais faire quelque chose de plus personnel.
Quels sont vos points communs malgré la distance temporelle, Vincent vit dans les années quatre-vingt, toi dans les années 2020. Qu'est-ce que ça change ?
Vincent est un adolescent : il va au collège, il a des amis, il se dispute avec ses parents, il se pose des questions. Moi aussi, je suis dans une période de transition : je suis encore une enfant, mais plus tout à fait.
Comme Vincent, j’ai aussi appris des choses sur mes origines récemment. Avant, je ne connaissais pas vraiment l’histoire de ma famille. J’ai réalisé un arbre généalogique et j’ai découvert où mes grands‐parents sont nés et où ils ont vécu avant de rejoindre la France.
Mon grand‐père maternel est né à Tunis, et il y a vécu jusqu’à à peu près mon âge, puis il a dû partir à cause des violences, comme les parents de Vincent. Ma grand‐mère maternelle vivait en Algérie. Avant, je pensais qu’ils étaient partis par choix, mais j’ai compris qu’ils avaient dû partir dans la précipitation.
Dans les années quatre‐vingt, quand on était un garçon juif, on n’avait pas vraiment le choix : on faisait sa bar mitsva, c’était une décision des parents et on ne la discutait pas. Aujourd’hui, j’ai le sentiment que c’est plus libre, que l’on peut choisir. Moi, en tout cas, j’ai choisi de la faire pour continuer à transmettre un héritage, dans la continuité des générations précédentes.
Qu’as-tu appris de la génération de tes parents ?
J’ai l’impression qu’avant, c’était plus accepté d’assumer sa religion à l’école, plus libre, moins difficile. Aujourd’hui, c’est plus compliqué, surtout quand les autres ne comprennent pas vraiment ce que ça implique.Dans le film, les amis de Vincent sont très impliqués. Il y en a même un qui se rend chez le rabbin de Vincent pour lui dire qu’il aimerait lui aussi faire sa bar mitsva (même si ce n’est pas véritablement son intention). Je ne pense pas que mes amis feraient ça aujourd’hui.
Propos recueillis par Léa Taieb



