
Chaque semaine, des Israéliens et des Juifs progressistes protègent des Palestiniens en Cisjordanie contre les agressions verbales et physiques de colons violents. Pour ces Juifs, cette action n’est pas de l’antisionisme, mais au contraire l’expression même de leur propre sionisme, profondément ancré dans les valeurs du judaïsme tels qu’ils le voient et du Tikkoun Olam [“réparation du monde”].
Le grand écrivain israélien Amos Oz, aujourd’hui disparu, disait que le sionisme était un nom de famille. Dans toutes les familles, il existe de véritables divergences, et être qualifié de sioniste ne dit rien des convictions politiques d’une personne, au‐delà de l’idée très simple du droit du peuple juif à disposer d’un État sur sa terre ancestrale. Le sionisme peut être de droite ou de gauche, laïque ou religieux, ce qui disqualifie les notions d’« ultra‐sioniste » ou de « sioniste extrémiste ».
En Occident, l’idée même du sionisme a été diabolisée par certains, jusqu’à être assimilée au colonialisme, au racisme et, plus largement, au péché ultime dans leur vision binaire du monde opposant le « bien » au « mal ». Les autorités israéliennes, consciemment ou non, viennent de renforcer ce récit antisioniste qui déteste plus que tous les sionistes libéraux en ce qu’ils humanisent cette idéologie prétendument « maléfique ». En cela, les autorités israéliennes font leur jeu en excluant de facto certains « mauvais » Juifs de l’éthos sioniste, qui devient ainsi la propriété de la droite.
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En refusant à des Juifs progressistes le droit de devenir Israéliens, les autorités sapent l’essence même du projet sioniste : un État pour les Juifs, pour tous les Juifs. S’il devient un État pour certains Juifs, de droite ou religieux, le projet change de nature : il devient idéologiquement de droite, et l’antisionisme peut alors prétendre s’opposer à la droite et aux colons. Être sioniste et propalestinien, en défendant une solution à deux États, relève de l’hérésie pour les antisionistes occidentaux – et cela semble le devenir pour les autorités israéliennes. C’est donc un cadeau tombé du ciel pour les antisionistes : leur mouvement peut alors se présenter comme un mouvement non pas opposé au droit du peuple juif à disposer d’un État, mais comme un mouvement opposé aux sionistes de droite qui bloquent les aspirations nationales des Palestiniens.
Les autorités israéliennes trahissent ainsi une fois de plus les Juifs qui tentent de défendre le sionisme pour ce qu’il est, et que ce gouvernement fragilise chaque jour. Comme dans tant d’autres cas – la peine de mort défendue par Ben Gvir pour les Palestiniens mais pas pour les Israéliens, la fin des détentions administratives pour les Juifs mais pas pour les Arabes, ou encore la rhétorique extrémiste de ministres irresponsables — elles deviennent les idiots utiles et les alliés objectifs des antisionistes en Occident.
Les sionistes libéraux doivent lutter non seulement contre leur isolement croissant au sein des milieux progressistes, mais aussi contre leur rejet par l’actuel gouvernement israélien. C’est particulièrement vrai pour la majorité des Juifs américains, dont le sionisme est profondément ancré dans la protection des droits humains et le Tikkoun Olam, et cela démontre une fois de plus que l’actuel gouvernement israélien est prêt à s’aliéner la plus importante communauté juive en dehors d’Israël.
Les organisations juives de la diaspora, y compris – et surtout – les organisations historiques, doivent donc se mobiliser contre cette profanation du sionisme, avec cette remise en cause de ce qui en est au cœur, la Loi du retour. Cette dernière a déjà été accordée à des voyous dans le passé mais il semble que, pour les autorités israéliennes d’aujourd’hui, un Juif soucieux des droits des Palestiniens soit moins acceptable que des escrocs ayant volé des centaines de millions de dollars aux citoyens français dans le cadre de l’arnaque aux quotas carbone…
Le 27 octobre, au‐delà de la nature de l’État d’Israël, c’est l’essence et la légitimité du sionisme, aujourd’hui attaquées par l’actuel gouvernement israélien, qui seront donc au cœur du scrutin.




