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Le discours de Meir Zohar, père de Bar, assassinée le 7 octobre 2023, sur le site du Festival Nova

Bar Zohar, 23 ans, a été assassinée le 7 octobre 2023 sur le site du Festival Nova, près de Re’im. Lors de la commémoration de ce massacre, le 7 octobre 2026, son père, Meir Zohar, prononcera un discours, à la fois hommage et exigence. Nous le reproduisons ici en français avec l’autorisation amicale de Meir.

Publié le 6 octobre 2026

4 min de lecture

Meir Zohar sur le site du massacre du Festival Nova, en octobre 2025 ( capture d’écran d’un reportage de la chaîne publique israélienne Kan 11)

Lire aussi : “7 octobre : Continuer à raconter l’histoire de Bar Zohar, 23 ans”,
un entretien avec Kati Zohar, entretien avec Kati, la mère de Bar Zohar 


Monsieur le Président de l’État,
Chères familles – frères et sœurs dans le deuil,
Mesdames et Messieurs,

Trois ans.

Trois ans que notre temps s’est arrêté à 6 h 29,
un samedi matin,
et trois ans que notre cœur continue de battre, parce qu’il n’a pas d’autre choix.

Nous nous tenons ici ce soir, pour la troisième fois,
aux côtés de nos partenaires dans la création de ce site : le KKL, l’artiste Amir Khodorov et l’association de la Tribu Nova.

Ici, à Re’im, la terre ne se tait pas.
Elle se souvient.
Elle a absorbé leurs rires, leurs pas de danse, leurs étreintes face au lever du soleil,
et le sang de nos fils et de nos filles.
Un lieu choisi pour célébrer la vie, la musique, la liberté,
est devenu, en un instant, une vallée de l’ombre de la mort.

Il y a quelque temps, j’ai eu une conversation profonde et bouleversante avec Delphine Horvilleur, écrivaine et penseuse juive de renommée internationale.
Nous avons parlé à cœur ouvert de la grande fracture, de la douleur et de notre avenir à tous, comme peuple et comme société.
Et, au cours de cette conversation, elle m’a posé une question qui, depuis, ne me quitte plus :

Sommes‐​nous encore aux jours de l’école de Hillel et de l’école de Shammaï ?
Ou sommes‐​nous déjà à Yavné, après la destruction ?

Les Sages de Yavné se sont retrouvés face à un monde parti en flammes : le Temple détruit, Jérusalem incendiée, le peuple dispersé et brisé.
Et ils ont compris une chose, simple et profonde : après la destruction, on ne se relève pas dans la querelle.
On se relève dans l’humilité. Dans une écoute patiente. Dans la capacité de recueillir les morceaux, un à un, et de les réunir pour les réparer.
Et à cet instant, face à la question de Delphine, j’ai senti que la réponse montait tout simplement de cette terre.

La réponse, ce sont nos enfants.

Durant ces heures d’enfer, le 7 octobre, ces jeunes si beaux et si courageux nous ont enseigné à tous une leçon que nous ne devons jamais oublier.

Dans les moments de feu, lorsqu’ils se cachaient ensemble, lorsqu’ils se protégeaient les uns les autres, lorsqu’ils sauvaient d’autres personnes et donnaient leur vie, aucun d’entre eux ne s’est arrêté pour demander :

« Quelles sont tes opinions politiques ? »
« Pour qui as‐​tu voté ? »
« Quelle est ta foi ? D’où viens‐tu ? »

Ils n’ont pas vu d’étiquettes.
Ils ont vu un être humain.
Ils ont vu un frère.
Ils ont vu une sœur.

Ils ont agi dans un esprit de solidarité mutuelle absolue, dans le respect sacré de la vie, et avec un courage sans mesure.
Ils ont prouvé, par leur corps et par leur âme, qu’au fondement même de notre existence, nous formons tous un seul corps. Une seule âme.

Et depuis, une question m’accompagne chaque jour, une question qui doit résonner dans le cœur de chacun et chacune d’entre nous :
Comment serons-nous dignes d’eux ?

La réponse commence par un regard.
Je vous demande maintenant, pour un seul instant : regardez la personne qui se tient à côté de vous.
Regardez‐​la dans les yeux.
Et voyez en elle, simplement, un être humain, débarrassé de toute définition, de toute étiquette, de tout désaccord.

Ce regard‐​là, emportons‐​le avec nous en quittant ce lieu, ici, à Réïm :
Sur la route, dans le fait de céder le passage et d’offrir une parole bienveillante.
Dans la file d’attente de la caisse d’assurance-maladie, avec un sourire et une main tendue.
Au travail, dans la rue, autour de la table de shabbat et dans nos échanges.
Puissions‐​nous savoir écouter réellement.
Puissions‐​nous savoir prendre dans nos bras celui qui ressent autrement.
Puissions‐​nous savoir parler les uns avec les autres, et non les uns sur les autres.

Nos enfants nous ont laissé un testament, gravé dans le sang et dans l’âme :
La vie est trop précieuse, et ce qui nous unit est plus fort que tout ce qui nous sépare.

S’ils ont trouvé, au cœur de l’enfer, la force d’âme de mourir les uns pour les autres,
à nous de trouver, dans la vie quotidienne, la force de vivre les uns aux côtés des autres.

Merci du fond du cœur à nos chers partenaires, qui préservent avec nous ce lieu sacré :
à l’association de la Tribu Nova et à Rif Peretz ;
au KKL, qui entretient ce site avec un dévouement sans limites, comme s’il s’agissait de son propre jardin ;
à Amir Khodorov, qui donne à ce message une voix, des couleurs et une âme à travers les œuvres d’art qui se dressent ici devant nous ;
à ma partenaire sur ce chemin, Hila Lior, sœur de Matan ז״ל ;
à Lisa Levy, qui nous accompagne depuis trois ans et participe à la production de cette cérémonie ;
et à vous, Monsieur le Président de l’État, pour être un point d’ancrage de responsabilité institutionnelle et d’unité, et pour l’étreinte chaleureuse que vous offrez aux familles, encore et encore.

À nos fils et à nos filles bien-aimés :
Vous avez dansé ici face au lever du soleil.
Nous vous promettons de préserver la lumière.

Que la mémoire de nos filles et de nos fils bien‐​aimés soit liée au faisceau de la vie, et préservée à jamais dans nos cœurs.