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Hillelouyah ! Le disco‐​funk hassidique s’invite au Jazz’N’Klezmer Festival
Publié le 5 novembre 2026

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© Antoine Strobel‐​Dahan/​Tenoua

“HaShem is a winner! That’s why you’re amazing!”
Sur la scène de la Bellevilloise à Paris, en ce froid mardi de novembre, un drôle de personnage s’adresse à la foule : “Dieu est un gagnant ! C’est pour ça que vous êtes fantastiques !” 

Mais nous n’en sommes pas encore là : la soirée débute et presque rien ici n’indique qu’on est dans un environnement juif. Les indices, pourtant, commencent à pointer : sur scène en première partie, Jon Onj chante “Efo” [“Où ?” en hébreu], une chanson de rupture qui donne envie de chalouper et aussi de sangloter, puis enchaîne en faisant entonner “Joyeux anniversaire” à la foule pour “ma maman” qui est aux premières loges – la mère juive jusque dans les scènes RnB. Jon Onj emporte la salle par un dernier morceau, risqué, mélodique, calme, puis qui convoque les orgues. Et vibrent le plancher et les murs, et la salle est mûre pour Hillel. 

Avec son streimel en boule à facettes, ses longs payes qui se déroulent sur ses tempes et ses lunettes noires, Hillel, chanteur israélien, prend à témoin les plus de 400 spectateurs venus assister à son premier concert ever en France. Flashs stroboscopiques, lumières bleues, vertes, rouges, le chanteur bondit sur la musique de “Disco shel-haShem” (“La disco de Dieu”) puis change de couvre‐​chef. Le personnage scénique alterne entre son chapeau de groover psychédélique et une casquette qui reprend son motto : “HaShem is a winner!” lors de moments plus posés qui permettent de percevoir l’agilité du pianiste derrière le chanteur tsadik. Milieu de concert, les boîtes à rythme se taisent et Hillel entonne en piano‐​voix “Ossé shalom bimromav”, suivi par la foule, avant d’embrayer sur du Mariah Carey. Des rythmes plus reggae, de la funk et, sans prévenir, la lumière devient sage et seul le piano accompagne un niggoun hassidique auquel se joignent les “laï-laï-laï” des spectateurs. Mystique. Joyeux. Magique.

Dans la fosse, on croise des casquettes “HaShem is a winner”, on croise un rabbin et, avec quelques spectateurs, on rit et on imagine les déclinaisons, le rabbin dit “HaShem is a loser too, HaShem is everything”, on tente “HaShem may be”, “HaShem is…” ; les plus taquins osent “HaShem is a wiener” et on se prend à rêver à un concert Hillel ft. Shammaï. 

Durant une heure et demie, Hillel fait du dancefloor une scène de kavana, dansante et mystique en même temps. Il chante aussi bien la disco divine que les mots de Rabbi Nahman de Breslev, il ambiance et fait prier un public à la diversité surprenante. Ici se côtoient des fans absolus du chanteur qui connaissent toutes les paroles, des jeunes à l’élégance naturelle et sophistiquée à la fois qui sont arrivés là par Midrash, le collectif à l’origine de cette soirée, et des personnes nettement plus âgées qui suivent toute la programmation du festival Jazz’N’Klezmer. On tire des chaises au milieu de la salle pour ceux à qui le debout fait mal, mais on reste là ensemble et les vieux sur les chaises sont des jeunes sur le flow. 

Midrash, justement, le collectif formé de Gabriel Amzallag et Joséphine Tapiro, a rêvé de cette soirée, l’a proposée à la directrice du festival, Laurence Haziza, et l’a coproduite. Rapidement, le concert est sold-out. Midrash invite aussi la cheffe Or Bitan à présenter sa “cuisine levantine brute”, et putain que ça sent bon dans cet entre‐​deux quelque part entre la terrasse des fumeurs et la salle des kiffeurs. 

C’est un mardi soir de novembre à Paris, il fait froid et gris mais, dans un temps si anxieux, disons‐​le, au cœur de Belleville bat un cœur hassidique et battent avec lui des centaines de cœurs kiffomanes. Merci la Bellevilloise pour cette ambiance et ce public, merci le Festival Jazz’N’Klezmer de rendre l’improbable tangible, et merci Midrash pour ce takeover où on peut sauter électro, danser disco, vibrer funk et chanter tous ensemble des niggounim.
En ce soir froid de novembre à Paris, et malgré l’ambiance anxiogène, on s’ambiance oxygène et, tout d’un coup, tout est moins grave. Nul ce soir ne s’est senti en danger, ni évalué ni questionné ; ce soir on a chanté, on a dansé et, putain, qu’est-ce qu’on a kiffé ! Hillelouyah ! Be'ezrat Midrash !

Retrouvez la programmation du Jazz'N'Klezmer Festival /​Suivez l'actualité de Midrash Collective