Nouveau numéro : Juifs et Chrétiens, face à face

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Cet hiver, Tenou’a interroge la relation entre Juifs et Chrétiens aujourd’hui, dans l’Histoire et dans le texte. S’ouvrant par les voeux croisés du Grand rabbin de France Haïm Korsia et de l’Archevêque de Paris André Vingt-Trois pour les fêtes de Hanoukka et de Noël, ce numéro vous propose d’explorer cette relation dans les textes et dans l’Histoire ancienne et moderne. Vous pouvez consulter le sommaire de ce numéro en cliquant ici et le commander ou vous abonner en cliquant là. חג חנוכה שמח

Parasha Shemot : Moïse, Trump and Twitter

Attention, ceci est une parodie.

Drasha du Rabbin Delphine Horvilleur – Parasha Shemot, Shabbat du 20 janv. 2017 Trump, Moïse et Twitter (Exode 1 :8) : וַיָּקָם מֶלֶךְ חָדָשׁ עַל מִצְרָיִם אֲשֶׁר לֹא יָדַע אֶת יוֹסֵף. Vayakom melekh h’adash al mitsrayim asher lo yada et yossef « Un nouveau roi régna sur l’Égype, qui n’avait pas connu Joseph » Ces quelques mots ouvrent l’épisode de la Torah que nous lisons ce shabbat. Un étrange verset biblique qui relate l’arrivée au pouvoir d’un nouveau dirigeant, à la tête d’une superpuissance. Son investiture marque l’entrée dans une ère nouvelle pour les Hébreux. Ce nouveau roi « n’a pas connu Joseph », c’est-à-dire qu’avec son arrivée au pouvoir, le passé est révolu. Débute alors un autre temps qui, dans la Bible, n’est pas très réjouissant: celui de l’esclavage et de la servitude. Mesdames et messieurs,  permettez…

Autour des propos de Georges Bensoussan

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L’historien Georges Bensoussan, qui contribue régulièrement à Tenou’a, est poursuivi pour « provocation à la haine raciale » à la suite de propos tenus sur France Culture dans l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut en octobre 2015. Ce procès suscite la polémique. Nous vous proposons ici deux visions nuancées et complexes autour de cette affaire, deux visions qui se rejoignent parfois mais n’y reconnaissent pas nécessairement les mêmes enjeux : celle de David Isaac Haziza, sous le titre « Georges Bensoussan n’est pas raciste » et celle, en dialogue, de Brigitte Stora, sous le titre « Des propos injustes ». Georges Bensoussan n’est pas raciste Par David Isaac Haziza Georges Bensoussan, historien et intellectuel d’un grand courage, est accusé de racisme. J’entends ici prendre sa défense. Le propos incriminé ne relève pas selon moi de l’appel à la haine. Je veux cependant aussi distinguer…

Les limites du féminisme religieux

© Andi Arnovitz, 'Kidnapped'

Article paru Dans BibliObs le 17 janvier 2017 – Lire l’article d’origine « Je choisis librement de me voiler » : les limites du « féminisme religieux » Par le rabbin Delphine Horvilleur, directrice de la rédaction de Tenou’a Delphine Horvilleur, qui est rabbin, ne manque pas de critiquer le patriarcat au sein de la tradition juive. Elle s’interroge ici sur le discours de certaines femmes. Le scénario est connu et trouve fréquemment le chemin des plateaux télés. Une femme à la tête couverte, généralement élégante, cultivée et se disant « féministe », est invitée à témoigner devant un homme politique, un journaliste ou un intellectuel. Ses arguments sont le plus souvent ainsi énoncés: « Je choisis librement de me voiler. Mon droit est bafoué par une société qui décide à ma place que mon voile est un étendard…

Vayehi – Qui aime bien châtie bien

© Dina Bova, Eternal Story

Le commentaire de la parasha par David Isaac Haziza Il est devenu terriblement habituel, à chaque occasion où un Juif « critique » les siens, sa religion, lui-même, de se débarrasser sans autre forme de procès de l’exigence qu’il peut ainsi vouloir exprimer, en l’attribuant à la « haine de soi ». « Self-hating Jew », disent les Américains. Ce que ces procureurs autoproclamés ne voient pas, c’est qu’à peu près toute la tradition prophétique est passible de la même accusation. Il y a un choix à faire entre chauvinisme et judaïsme. Le second implique un amour de soi authentique, c’est-à-dire également critique : qui aime bien châtie bien. C’est vrai aussi de l’amour qu’on se porte, de l’amour qu’on porte aux siens. La critique, c’est la vision de la crise. Toute chose a en elle le bon…

Hanoukka, ombre et lumière

© Arik LEVY Fractal Giant - 2016

Le commentaire de David Isaac Haziza C’est une idée communément admise, aussi bien par les antisémites que par nombre de Juifs, que notre peuple serait aveugle à la beauté. Parfois, notamment si l’on est religieux, ce jugement devient même maxime de vie : il faudrait avoir cette insensibilité pour être meilleur juif. De grands esprits l’ont malheureusement cru ; Levinas lui-même, pour ne citer qu’un exemple, n’était pas loin de tenir un tel discours. Ah ! Le spleen du petit Juif devant Notre-Dame… Quand on a grandi dans l’une de ces familles laïques et néanmoins maladivement juives qui font Noël en prétendant que c’est là chose normale mais qui n’en pensent évidemment pas moins (plus facile d’agir ainsi en France, où la fête de la Nativité est largement vidée de son sens originel, qu’aux États-Unis…

Parasha Vayétsé : Et moi, je ne savais pas…

© Loui Jover

Drasha (sermon) du rabbin Delphine Horvilleur Les Shabbatot s’enchaînent et ne se ressemblent pas toujours… et parfois ne se ressemblent pas du tout. Il y a sept jours exactement, Shabbat dernier, j’étais en visite à Hong Kong, invitée à y donner une série de conférences. J’ai décidé ce soir, non pas de vous raconter Hong Kong, mais de poursuivre le Dvar Torah, le commentaire de la Parasha que j’ai débuté là-bas, la semaine dernière à la synagogue libérale. Ce soir, je vais donc reprendre à l’endroit où je me trouvais la semaine dernière; et si cela ne vous paraît pas clair… et bien il fallait être là ! La semaine dernière, rappelez-vous, en commentant la Parasha Toledot, j’ai donc parlé de Jacob, ce patriarche qui n’est encore qu’un enfant et qui déjà…

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?

© Katharina Gaenssler and Barbara Gross Galerie, München Photo: Bernd Kuchenbeiser, München - www.katharinagaenssler.de

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné, loin de mon salut et des paroles de mon rugissement ? Mon Dieu, j’appelle au jour et Tu ne réponds pas, à la nuit : nul repos pour moi.[1]” Il n’est pas innocent que ces paroles du Psalmiste soient aussi les dernières prononcées par Jésus sur la croix : ce qui nous relie à nos frères chrétiens n’est pas une certitude mais un doute. “Depuis la sixième heure il y eut des ténèbres sur la terre jusqu’à la neuvième heure. Vers la neuvième heure Jésus clama à grande voix : […] Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?[2]” Ce n’est pas seulement le pieux qui doute ici : c’est Dieu. L’incarnation l’exigeait : le doute, c’est l’homme et si Dieu s’incarne, il lui faut…

Leonard Cohen, Le voici

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Un malheur n’arrivant jamais seul, nous avons appris ce matin au réveil la mort de Leonard Cohen. Sorti tout récemment, le dernier album de Leonard Cohen annonçait déjà ce triste jour : dans You Want It Darker, le chanteur se disait prêt pour la mort : Hineni, Hineni, I’m ready my Lord… Me voici, me voici, je suis prêt mon Dieu À 82 ans, le chanteur juif canadien nous quitte riches de son oeuvre nourrie de tendresse, de spiritualité, de gravité et du questionnement permanent de Dieu. Avec ses chapeaux à bords courts, sa voix profonde devenue caverneuse, à la fois très présente et déjà en partance dans son dernier album, avec son élégance sobre et sombre, avec ses tubes et ses chansons moins connues, Leonard Cohen a pénétré le coeur et les larmes de…

Vayishlah – Esaü et Jacob: pourquoi tant de haine?

© Adi Nes, Jacob & Esau

Le commentaire de la parasha par David Isaac Haziza Qui est Esaü ? Le frère de Jacob, son jumeau, fils d’Isaac et de Rebecca, qui a vendu son droit d’aînesse et perdu la bénédiction paternelle ? L’ancêtre des Edomites comme le dit la Bible, de ces habitants antiques de l’actuelle Jordanie, peuple qui disparut il y a plus de deux millénaires ? Ou plutôt, comme le suggère le Talmud, l’ancêtre des Romains païens et de cet Antonin dont on nous raconte l’amitié pour Rabbi ? Ou alors, comme on l’a cru au Moyen Âge et par la suite, l’ancêtre de la Rome chrétienne ? Mais dans ce cas il faut choisir, les chrétiens ne pouvant être à la fois appelés « Esav » et « minim », ce dernier terme impliquant qu’ils sont des juifs hérétiques, le premier faisant référence à…