Hanoukka, ombre et lumière

© Arik LEVY Fractal Giant - 2016

Le commentaire de David Isaac Haziza C’est une idée communément admise, aussi bien par les antisémites que par nombre de Juifs, que notre peuple serait aveugle à la beauté. Parfois, notamment si l’on est religieux, ce jugement devient même maxime de vie : il faudrait avoir cette insensibilité pour être meilleur juif. De grands esprits l’ont malheureusement cru ; Levinas lui-même, pour ne citer qu’un exemple, n’était pas loin de tenir un tel discours. Ah ! Le spleen du petit Juif devant Notre-Dame… Quand on a grandi dans l’une de ces familles laïques et néanmoins maladivement juives qui font Noël en prétendant que c’est là chose normale mais qui n’en pensent évidemment pas moins (plus facile d’agir ainsi en France, où la fête de la Nativité est largement vidée de son sens originel, qu’aux États-Unis…

Parasha Vayétsé : Et moi, je ne savais pas…

© Loui Jover

Drasha (sermon) du rabbin Delphine Horvilleur Les Shabbatot s’enchaînent et ne se ressemblent pas toujours… et parfois ne se ressemblent pas du tout. Il y a sept jours exactement, Shabbat dernier, j’étais en visite à Hong Kong, invitée à y donner une série de conférences. J’ai décidé ce soir, non pas de vous raconter Hong Kong, mais de poursuivre le Dvar Torah, le commentaire de la Parasha que j’ai débuté là-bas, la semaine dernière à la synagogue libérale. Ce soir, je vais donc reprendre à l’endroit où je me trouvais la semaine dernière; et si cela ne vous paraît pas clair… et bien il fallait être là ! La semaine dernière, rappelez-vous, en commentant la Parasha Toledot, j’ai donc parlé de Jacob, ce patriarche qui n’est encore qu’un enfant et qui déjà…

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?

© Katharina Gaenssler and Barbara Gross Galerie, München Photo: Bernd Kuchenbeiser, München - www.katharinagaenssler.de

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné, loin de mon salut et des paroles de mon rugissement ? Mon Dieu, j’appelle au jour et Tu ne réponds pas, à la nuit : nul repos pour moi.[1]” Il n’est pas innocent que ces paroles du Psalmiste soient aussi les dernières prononcées par Jésus sur la croix : ce qui nous relie à nos frères chrétiens n’est pas une certitude mais un doute. “Depuis la sixième heure il y eut des ténèbres sur la terre jusqu’à la neuvième heure. Vers la neuvième heure Jésus clama à grande voix : […] Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?[2]” Ce n’est pas seulement le pieux qui doute ici : c’est Dieu. L’incarnation l’exigeait : le doute, c’est l’homme et si Dieu s’incarne, il lui faut…

Leonard Cohen, Le voici

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Un malheur n’arrivant jamais seul, nous avons appris ce matin au réveil la mort de Leonard Cohen. Sorti tout récemment, le dernier album de Leonard Cohen annonçait déjà ce triste jour : dans You Want It Darker, le chanteur se disait prêt pour la mort : Hineni, Hineni, I’m ready my Lord… Me voici, me voici, je suis prêt mon Dieu À 82 ans, le chanteur juif canadien nous quitte riches de son oeuvre nourrie de tendresse, de spiritualité, de gravité et du questionnement permanent de Dieu. Avec ses chapeaux à bords courts, sa voix profonde devenue caverneuse, à la fois très présente et déjà en partance dans son dernier album, avec son élégance sobre et sombre, avec ses tubes et ses chansons moins connues, Leonard Cohen a pénétré le coeur et les larmes de…

Vayishlah – Esaü et Jacob: pourquoi tant de haine?

© Adi Nes, Jacob & Esau

Le commentaire de la parasha par David Isaac Haziza Qui est Esaü ? Le frère de Jacob, son jumeau, fils d’Isaac et de Rebecca, qui a vendu son droit d’aînesse et perdu la bénédiction paternelle ? L’ancêtre des Edomites comme le dit la Bible, de ces habitants antiques de l’actuelle Jordanie, peuple qui disparut il y a plus de deux millénaires ? Ou plutôt, comme le suggère le Talmud, l’ancêtre des Romains païens et de cet Antonin dont on nous raconte l’amitié pour Rabbi ? Ou alors, comme on l’a cru au Moyen Âge et par la suite, l’ancêtre de la Rome chrétienne ? Mais dans ce cas il faut choisir, les chrétiens ne pouvant être à la fois appelés « Esav » et « minim », ce dernier terme impliquant qu’ils sont des juifs hérétiques, le premier faisant référence à…

Nouveau numéro de Tenou’a : Yom Kippour, mode d’emploi

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Et si, cette année, vous vous prépariez autrement à Yom Kippour? Le nouveau numéro de Tenou’a, sorte de livre de prière parallèle qui suit précisément le déroulé de la liturgie de Yom Kippour, office après office, vous accompagnera, nous l’espérons, tout au long de cette journée. Avec la participation du Grand rabbin de France Haim Korsia, des rabbins Philippe Haddad, Delphine Horvilleur et Marc-Alain Ouaknin et, notamment, de Raphaël Enthoven, Lionel Naccache, Anne Sinclair, Sonia Wieder-Atherton, Valérie Zenatti ainsi que de nombreux autres auteurs et artistes contemporains… AUX PORTES DE KIPPOUR Édito du rabbin Delphine Horvilleur Le judaïsme aime marquer constamment les passages, qu’il s’agisse de transitions dans le temps ou de traversées d’espaces. Bien des rites sont, à leur manière, des mezouzot placées sur les linteaux de nos vies, comme une conscience des…

Ounetané Tokef : la mort ne sert à rien

© Shahar Marcus ​​Leap of Faith, 2010, One channel video​, 03:03 min. Courtesy of the artist and Braverman Gallery, Tel Aviv

À Rosh Hashana le destin est écrit, et à Yom Kippour il est scellé Combien mourront et combien naîtront Qui vivra et qui mourra Qui atteindra la fin de ses jours et qui ne l’atteindra pas Qui périra par l’eau, et qui par le feu Qui par l’épée et qui par les bêtes sauvages Qui par la famine et qui par la soif Qui par les séismes et qui par les épidémies Qui par strangulation et qui par lapidation Qui pourra se reposer et qui devra errer Qui sera en paix et qui sera poursuivi Qui sera tranquille et qui sera tourmenté Qui sera exalté et qui sera dans l’embarras Qui deviendra riche et qui s’appauvrira Et par la repentance, la prière et la justice, le rude décret peut être passé. Extrait…

Parashat Noah : A History of Violence

© Zamir Shatz

Le commentaire de la parasha par David Isaac Haziza A History of Violence D’Adam à Noé, la Genèse nous raconte l’homme poussé à l’envie puis à la violence et à la cruauté par le manque auquel il est soumis. Dieu l’a séparé en deux : le masculin et le féminin, désunis, complémentaires ; il voudra toujours, dès lors, « se retrouver », fût-ce au prix de la relation même car s’« il n’est pas bon à l’humain d’être seul »[1], nombre d’individus croient devoir substituer à cette solitude une fusion mortifère. Dans l’engloutissement du « fruit », c’est-à-dire dans la quête morbide de l’unité primale, étaient déjà contenus le premier meurtre, et toutes les rapines, tous les massacres, la génération du Déluge, intensément violente, et celle de Babel qui devait faire passer sa violence renouvelée pour civilisation, et le déni…

Drasha du Rabbin Delphine Horvilleur – Parasha Lekh Lekha

© Ronen Siman Tov

LEKH LEKHA: le sondage erroné et la loi de l’imprévisible… En ce soir de Shabbat, à l’heure de prononcer une Drasha hebdomadaire, j’aimerais vous livrer une information « confidentielle ». J’aimerais vous expliquer comment les Rabbins rédigent leur Drasha hebdomadaire. Parfois, les Rabbins ne préparent rien et improvisent. Parfois le vendredi, quelques heures avant l’office, ils décident de ce dont ils vont parler, de la façon dont ils vont se tourner vers leur communauté et du thème qu’ils vont développer, en fonction de la Parasha de la semaine ou de l’actualité. Et puis parfois, bien à l’avance, ils ont une idée très claire de ce dont ils vous parleront tel ou tel Shabbat. Et bien, chers amis, sachez que c’est précisément ce qu’il m’est arrivé il y a quelques jours. En tout début de…

Parashat Bereshit : Au commencement

© Chem Assayag, "Eclore"

Le commentaire de la parasha par David Isaac Haziza   Au commencement Le récit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, au début de la Genèse, est peut-être le plus étrange de toute la Bible, et en même temps – et pour cause – le plus fondamental. Que l’on songe à tout ce qui a découlé de ces quelques lignes, croyances, œuvres d’art, lois, culpabilité occidentale… On s’en souvient, Dieu place Adam au Jardin d’Eden et lui permet de manger de tout végétal à l’exception du fruit de cet arbre-là, qui se trouve au milieu du jardin. Il y a aussi l’arbre de la vie, que nulle interdiction ne vient d’ailleurs frapper : normal, dira-t-on, Adam était alors immortel, et c’est après sa faute que cet autre arbre lui…