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Israël : le harcèlement tristement symbolique de Lucy Aharish

Présentatrice star de la télévision israélienne, la journaliste Lucy Aharish est aujourd’hui victime d’une vaste campagne de harcèlement et de dénigrement. Son crime ? Être une « femme libre, une Musulmane non voilée, une Arabe attachée à Israël », explique le journaliste Sébastien Lévi.

Publié le 5 mars 2026

3 min de lecture

Lucy Aharish présente le journal sur Hadashot 13 (capture d’écran)

La journaliste arabe israélienne Lucy Aharish subit depuis quelques semaines un harcèlement continu de la part de nervis d’extrême droite israélienne, dans le silence complice du gouvernement. Alors que les journalistes sous Nétanyahou sont aujourd’hui devenus des cibles, Lucy Aharish « aggrave son cas » en étant une femme, arabe, et viscéralement attachée à la démocratie. Dans l’Israël de 2026, elle cumule les « défauts ».

Aux accusations d’être un régime d’apartheid, l’État d’Israël réplique (de manière justifiée) en mettant en avant les droits de la minorité arabe, qui peut voter, se faire élire à la Knesset, accéder à des postes à responsabilité comme médecin, juge de la Cour Suprême ou journaliste.

À ce titre, Lucy Aharish devrait être un emblème pour Israël. Femme libre, Musulmane non voilée, Arabe et attachée à Israël, en pointe pour défendre les familles des otages ou la démocratie israélienne lors du coup d’État judiciaire en 2023, Lucy Aharish devrait être le visage d’Israël. Un visage qui montrerait à la jeunesse des campus anglo‐​saxons que leurs schémas préétablis avec leur grille de lecture colonisatrice oppresseur/​opprimé sont inopérants avec Israël.

On assiste pourtant au contraire. Aharish est victime depuis plusieurs semaines d’un véritable harcèlement, dont d’autres journalistes sont les victimes, comme Guy Peled, harcelé pour avoir révélé un document vidéo incriminant des soldats israéliens pour maltraitance de prisonniers palestiniens à la prison de Sde Teiman.

Mais Lucy Aharish subit un traitement à part. Son « crime » est d’ailleurs symptomatique du recul de la démocratie et de la hausse du racisme en Israël dans les dernières années. Aharish a eu en effet le « toupet » d’appeler les citoyens arabes d’Israël à se mobiliser en masse aux prochaines élections pour faire tomber une coalition qui aura laissé prospérer en son sein une criminalité sans précédent dans la société arabe, en plus de ses autres méfaits comme le désastre du 7 octobre qu’il n’a pas su empêcher, l’intensification de la colonisation ou le coup d’État judiciaire. Circonstance « aggravante », elle a terminé son propos en prononçant « Inch Allah » avec l’accent arabe, faisant dire à la droite et à l’extrême droite qu’elle révélait ainsi sa « vraie » nature anti‐​israélienne… Le ridicule ne tue certes pas mais il permet de menacer une journaliste et une citoyenne exemplaire.

Cette chasse à la femme révèle un rapport tout à fait particulier à la minorité arabe, tolérée pour beaucoup par mansuétude mais non considérée comme des citoyens totalement égaux. À certains égards, il leur est demandé d’être reconnaissants, de ne pas trop se plaindre. Il y a également un non‐​dit dans cette affaire. Lucy Aharish a non seulement pris sa place dans la société israélienne mais aussi un des « nôtres », en l’occurrence un acteur très populaire israélien, juif, Tsahi Halevi, qu’elle a épousé et avec qui elle a un enfant. En d’autres termes, Lucy Aharish se permet tout et ne se contente pas de « rester à sa place ».

Lucy Aharish et Tsahi Halevi lors de leur mariage en 2018.

Cette affaire est révélatrice de la crise d’identité que traverse l’État d’Israël, qui n’est pas un projet colonial malgré les accusations des antisionistes. Mais une frange de la droite israélienne a une mentalité colonialiste envers la minorité arabe, et cette mentalité n’est plus uniquement à l’œuvre dans les territoires palestiniens mais à l’intérieur même d’Israël, à l’intérieur d’une ligne verte en voie d’effacement géographique, politique et donc culturel et psychologique.

Une vidéo a circulé récemment en Israël montrant un policier israélien disant à un citoyen arabe « qu’en Israël on parle hébreu et pas arabe ». Elle en dit beaucoup sur la police sous le ministre raciste d’extrême droite Itamar Ben Gvir et sur le degré de racisme qui a pénétré une partie de la société israélienne, au‐​delà des kahanistes historiques. Cette affaire Aharish interroge donc tout un pays sur son rapport à la démocratie et au racisme, à travers le traitement de sa minorité arabe et de l’égalité pleine et entière qu’il est prêt ou non à lui accorder, au‐​delà de l’égalité civique bien réelle dans le pays.