
Yaakov Agam est mort dimanche à l’âge de 98 ans. Précurseur de l’art cinétique, il travaillait sur le mouvement et la couleur dans des installations parfois monumentales à l’image du Salon Agam initialement créé pour le palais de l’Élysée sous Pompidou et qui a intégré ensuite la collection permanente du Centre Pompidou.
Il naît en 1928 au coeur du yishouv palestinien, et grandit à Rishon Lezion. Son père, Yehoshua Gibstein, est un rabbin kabbaliste originaire, comme la mère de Yaakov, Kendel Yokheved Powembrowski, de la ville polonaise d’Augustów.
Lorsque nous l’avions rencontré à Paris en 2015, il nous avait raconté comment sa passion pour le mouvement était née de ses escapades d’école buissonnière, enfant, lorsqu’il s’échappait de l’école pour parcourir les dunes du centre d’Israël, fasciné par le mouvement perpétuel du sable. Cet amour des effets optiques créés par le mouvement de la matière et des couleurs sera la signature artistique de celui qui se verra, enfin, en avril 2026, lauréat du Prix Israël.
Il vient de fêter ses 18 ans lorsqu’il est arrêté et emprisonné pour plusieurs mois par les forces britanniques de Palestine lors de l’opération Agatha (Shabbat noir), une opération de répression contre les mouvements nationalistes juifs en juin 1946 qui vise à empêcher la proclamation unilatérale de l’État d’Israël.
Il étudie à l’académie Bezalel de Jérusalem, puis à l’École d’arts appliqués de Zürich avant de s’installer à Paris en 1951 où il devient un proche de Chagall et Breton. Il commence alors à créer des sculptures cinétiques basées non pas sur le mouvement de la matière mais sur celui du spectateur. Ses lamelles colorées dévoilent les formes à mesure que l’on se déplace.
À Tel Aviv, on peut voir ses œuvres au centre de la place Dizengoff ou sur la façade de l’hôtel Dan. À Paris, vous le croiserez sur le parvis de la Défense avec sa Fontaine monumentale, installée en 1988. Lors de la remise du Prix Israël des Beaux‐Arts en avril dernier, il déclarait : "La créativité est le fondement du judaïsme".
Un musée lui est consacré dans sa ville natale de Rishon Lezion. Yaakov Agam est aussi le père de la méthode Agam, une méthode d’apprentissage visuel qui permet aux jeunes enfants d’améliorer leur développement cognitif et émotionnel, en créant, à l’aide de cercles et de carrés colorés, des mots visuels et des phrases visuelles. Cette méthode, largement utilisée de la maternelle au CE1 en Israël aujourd’hui, a été distinguée par l’UNESCO en 1996.








