Claude Tovel Posternak a connu plusieurs vies. Forain, vigneron, publicitaire, engagé dans le monde politique – de la gauche rocardienne aux débuts du macronisme –, le voilà primo‐romancier avec La Promesse de Leiba (Robert Laffont). C’est un livre à plusieurs tiroirs : une histoire d’amour doublée d’une fresque historique à cheval entre les XIXᵉ et XXᵉ siècles, mais aussi une plongée dans la culture juive ashkénaze.
On y suit Leiba, un jeune garçon brillant qui vit avec ses parents dans une colonie juive agricole près d’Odessa. Il a soif de liberté et de poésie, souhaite quitter son shtetl et rêve de fièvre révolutionnaire. « Vous me reprochez quoi, au juste ? Mon romantisme ? », lance‐t‐il, bravache, à ses professeurs.
Il rencontre Chana, une jeune fille encore traumatisée par les pogroms. Un lien amoureux se tisse entre eux. Mais l’accélération de l’Histoire fait dévier leur trajectoire. Leiba s’intéresse à la révolution russe de 1917 et approfondit son engagement politique. Dans la famille de Chana, la peur de la violence antisémite est viscérale ; il faut partir. Chana émigre aux États‐Unis. À Duluth, une petite ville du Minnesota, la jeune fille tente de reconstruire sa vie malgré le choc culturel et espère, un jour, retrouver Leiba, son grand amour.
Un dessein assombri par l’accélération de l’Histoire. « Combien faudra‐t‐il encore de massacres ? Il y a eu les morts de 1821, ceux de 1859, 1871, 1881 et 1886. Il y en aura d’autres, et tu le sais. Tu préfères que l’on attende notre tour ? », demande sa sœur Temerla à leur père, juste avant leur départ. Celle‐ci poursuit : « Un Juif sans terre est comme un homme sans toit. Voilà ce que nous sommes, un peuple qui mendie l’autorisation d’exister. Papa, malgré tout ton amour et ta générosité, tu ne pourras rien contre ce flux de haine qui ne cesse de grossir. Rien n’est plus banal, d’Odessa à Kichinev, de Damas à Babylone, que de tuer un Juif. » Des paroles prémonitoires qui résonnent encore aujourd’hui.

La Promesse de Leiba, Claude Tovel Posternak, Robert Laffont, 2026, 20€



