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Décryptage – L’enquête Ifop/​CRIF sur le boycott des artistes israéliens en France

Cette semaine a été dévoilée une enquête de l’Ifop pour le CRIF, « Le regard des Français sur le boycott des artistes israéliens et des artistes français pour leur soutien présumé à Israël ». Rassurante par bien des aspects, elle ne marque pas moins une dérive radicale à l’œuvre, notamment chez les plus jeunes et les sympathisants LFI. Cette enquête est publiée alors que des appels au boycott ont visé récemment plusieurs artistes juifs français (Barbara Butch, Joann Sfar) ainsi que des artistes israéliens (Amir, Nadav Lapid, Sigalit Landau…).

Publié le 3 juillet 2026

3 min de lecture

Des militants perturbent une représentation de l’Orchestre philharmonique d’Israël, le 6 novembre 2025 à Paris (photo issue du compte X de Yonathan Arfi)

L’enquête « Le regard des Français sur le boycott des artistes israéliens et des artistes français pour leur soutien présumé à Israël » de l’Ifop pour le CRIF rendue publique cette semaine a beau être alarmante sur certains aspects, elle montre aussi un désaveu massif des Français quant à l’idée d’un boycott culturel des artistes israéliens et/​ou juifs. 

Enquête très courte réalisée mi‐​juin par questionnaires en ligne auprès de 1.000 personnes, elle s’articule en trois questions principales : les manifestations lors d’événements culturels impliquant des israéliens, le boycott d’artistes français supposés soutenir Israël, et l’impact du boycott culturel. 

Concernant les manifestations, 80% jugent non justifié de « manifester devant des salles de concert, de spectacle où se produisent des artistes israéliens », 86% de s’introduire dans une salle pour perturber le spectacle par des cris ou des fumigènes et 89% de « s’en prendre physiquement à des artistes israéliens pour les empêcher de se produire ». La désapprobation très large cache toutefois des disparités malheureusement pas inattendues : 31% des sympathisants LFI ne voient aucun inconvénient à s’en prendre physiquement à des artistes, contre 12% pour l’extrême droite et les écologistes, et 5% pour les socialistes et Renaissance, 3% pour LR. Tout aussi inquiétant, 25% des 18–24 ans justifient l’agression physique d’artistes (7% pour les 35 ans et plus). 

À la question « Trouvez‐​vous justifié ou pas justifié que des artistes français soient visés par des appels au boycott de leurs œuvres ou de leur participation à des manifestations culturelles en raison de leur soutien présumé à Israël ? », seul un quart de Français répond « justifié » mais, là encore, c’est parmi les sympathisants LFI (71%) et écologistes (40%) qu’on trouve le plus de partisans de ce type de boycott. Là encore, les plus jeunes sont plus radicaux que leurs aînées avec un taux de justification à 54% pour les 18–24 ans (20% pour les plus de 35 ans).

Enfin, le dernier bloc, qui touche à l’efficacité du boycott culturel, montre un désaveu très franc des sondés : 80% jugent qu’il ne contribue pas à faire progresser la paix au Moyen‐​Orient et, globalement, 70% considèrent que boycotter ces artistes « revient à les assimiler automatiquement à la politique de leur gouvernement alors que certains d’entre eux s’opposent à celle‐​ci », que cela « crée un climat de tensions et contribue à faire monter l’antisémitisme », et que « l’univers de la culture et du spectacle n’a pas à être mêlé à des considérations ou des revendications politiques ».

Cela dit, c’est à nouveau côté sympathisants LFI qu’on trouve le plus fort déni du lien avec l’antisémitisme (64%) mais, même chez les LFIstes, moins de la moitié (45%) estime que cela fait progresser la paix…

Que retenir de cette enquête ? Très clairement, les sympathisants LFI sont de très loin les plus favorables au boycott parfois accompagné d’actions radicales y compris pour des artistes français. Loin derrière suivent les sympathisants écologistes et extrême droite (RN et Reconquête). Et c’est à proximité du centre que le rejet du boycott culturel, surtout dans ses formes violentes, et la conscience de ses conséquences néfastes sont les plus forts. 

Cette enquête a un mérite : elle montre sans ambiguïté, et malgré une poussée radicale à l’extrême gauche, un rejet massif par les Français de l’idée du boycott culturel qu’il s’agisse de d’artistes israéliens ou d’artistes français supposés proches d’Israël. 

Mais on aurait aimé qu’elle soit plus fournie, qu’elle aille plus loin dans les questions posées, par exemple en demandant ce qu’il en est des artistes israéliens qui clament haut et fort leur opposition à la politique israélienne mais ne sont pas épargnés par le boycott (comme le cas de Nadav Lapid au FID Marseille l’a montré) ou en demandant aux personnes interrogées si, à titre personnel, elle s’abstiennent de participer à des événements culturels impliquant des Israéliens. Car le boycott n’a pas besoin de manifestations ou d’agressivité pour invisibiliser ceux qui le subissent, ces artistes israéliens ou juifs qui, pourtant, sont souvent les voix qui relaient le plus fort à l’étranger l’opposition à la politique du gouvernement Nétanyahou. 

Lire aussi : Boycott des artistes : « Je ne vais pas batailler pour montrer que je suis un “bon Juif” »