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Élections israéliennes : “Makom Lekoulanou”,le nouveau parti judéo‐arabe 

Le 27 octobre prochain auront lieu les élections législatives israéliennes. Pour la première fois dans l’histoire du pays, un parti judéo‐​arabe avec la parité absolue se présente. Fondé en juin 2026 par Rula Daood et Alon‐​Lee Green (les leaders du mouvement social israélo‐​palestinien Standing Together), Makom Lekoulanou (מקום לכולנו “Un lieu pour nous tous”) se veut une alternative aux politiques actuelles du pays. Rencontre avec les candidats Alon‐​Lee Green, Ghadir Hani et Yonatan Zeigen.

Publié le 18 septembre 2026

5 min de lecture

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© Makom Lekulanou

Le 6 septembre à Nazareth, un meeting électoral est organisé. Dans la salle, autant de Juifs que d’Arabes israéliens. Avant de rejoindre les autres membres du parti, la candidate Ghadir Hani prend le temps de m’expliquer la situation : « On a des partis juifs qui parlent aux Juifs et des partis arabes qui parlent aux Arabes. Il faut un parti qui parle aux deux, parce qu’Arabes et Juifs, on a des intérêts communs. C’est ce qu’on essaye de faire avec Un lieu pour nous tous. On a une liste strictement paritaire entre citoyens juifs et citoyens arabes et aussi entre hommes et femmes. C’est la première fois que cela arrive dans le pays ».

Originaire d’Acco [dans le nord du pays], Ghadir Hani a lutté toute sa vie pour une coexistence judéo‐​arabe. Elle a milité pour la reconnaissance des villages bédouins du Néguev et contre la violence dans la société arabe (la criminalité y a augmenté de 240 % ces trois dernières années). Elle est également membre du mouvement Women Wage Peace (Les femmes mènent la paix), qui unit les femmes pour un accord de paix israélo‐​palestinien.
« On ne veut pas que les gens votent pour ou contre Bibi, ou pour ou contre les orthodoxes, explique‐​t‐​elle. On veut qu’ils aient un vrai choix, qu’ils votent pour de vraies propositions. Avec Makom Lekoulanou, on revendique la fin de l’occupation des territoires palestiniens, et l’établissement d’un État palestinien indépendant aux côtés d’Israël. Et de mon point de vue, on ne peut pas séparer ce combat des luttes sociales et économiques du pays : la lutte contre la pauvreté, la lutte contre la violence dans la société arabe, la lutte pour une éducation gratuite de la naissance jusqu’à l’université, et une augmentation du salaire minimum de 35 à 50 shekels de l'heure. C’est l’ensemble de ces luttes qui permettront de construire la paix. »

Le 7 octobre 2023, son amie Vivian Silver, grande militante pacifiste israélienne et cofondatrice de Women Wage Peace, est assassinée par le Hamas. Ghadir Hani écrit un livre pour lui rendre hommage : « Ça s’appelle Tisser la paix dans un monde en guerre en français et ça relaye les voix de militantes israéliennes et palestiniennes. Je continue de lutter pour la paix parce c’est ce que Vivian aurait voulu. Le Hamas n’a pas assassiné sa vision ».

Yonatan Zeigen, le fils de Vivian Silver, est également membre du parti. Makom Lekoulanou a fait appel à lui, ainsi qu’à d’autres figures de la gauche israélienne tels Avraham Burg, l’ancien président de la Knesset, et Sally Abed, une politicienne et militante arabo‐​israélienne, pour gagner en légitimité. Yonatan Zeigen n’a pas été difficile à convaincre : « C’était un désaccord qu’on avait avec ma mère : rejoindre ou non un parti politique. Elle pensait que le changement ne devait venir que du mouvement social. Moi je pense que ça peut aussi venir des partis politiques, ça se complète. J’ai rejoint Makom Lekoulanou parce que j’aimais leurs revendications et que je ne les trouvais dans aucun autre programme. C’est dans la continuité de ma lutte pour la paix. »

Il rappelle que le 7 octobre n’a en rien ébranlé ses convictions pacifistes : « Après la mort de ma mère, je n’ai pas eu de colère, ni de transformation, ni de perte de confiance en un avenir commun avec les Palestiniens. J’aurais aimé, ça aurait été un récit plus vendeur d’être en colère puis de me rendre compte plus tard que la seule solution possible est la paix. Mais la vérité, c’est que j’ai eu une belle éducation grâce à ma famille, et que ça a été facile pour moi de ne pas céder à la haine. Je suis chanceux. » 

Avec Makom Lekoulanou, Yonatan Zeigen fait campagne, se rend dans des localités arabes et juives, rencontre la population dans la rue ou dans leurs maisons, et organise des meetings« Rien que le fait qu’un parti comme le nôtre existe, avec un partenariat total, égalitaire et authentique entre citoyens juifs et citoyens arabes, ça envoie un message fort. Ce qu’il faut comprendre, c’est que nos problèmes quotidiens sont communs, nos problèmes politiques sont communs, alors les solutions doivent être communes également. » 

Ce discours est‐​il encore audible aujourd’hui, après trois ans de guerres et de traumatismes ? D’après les sondages, seuls 12 % des citoyens juifs se déclarent encore de gauche. Le chiffre monte à 50 % chez les citoyens arabes. « Dans les quartiers arabes, notre message est passé tout de suite. Ils ont trouvé nos idées très belles et croient réellement en une coexistence avec les Juifs. Ils n’attendent que cela, que l’on s’organise ensemble. En deux mois, on a eu entre 70.000 et 100.000 nouvelles personnes prêtes à voter pour nous, et la majorité était de la communauté arabe. J’étais vraiment agréablement surpris. Dans les quartiers juifs, bien que l’on ait eu une réception négative, j’ai aussi été agréablement surpris, parce que ce n’est pas sur le fond que l’on était en désaccord, mais sur la tactique politique. Les gens ont trop peur, pour ces élections, de voter pour notre parti, pas parce qu’ils ne croient pas en nos idées, mais parce que la situation du pays est très instable à cause des guerres, et que la priorité pour eux est de faire barrage à Nétanyahou. Pour eux, notre parti a raison sur le plan idéologique, mais ne fonctionne pas sur le plan pratique. Je pense qu’il faudrait que l’on ait plus de longévité – on n’existe que depuis deux mois, et que plus de médias nous soutiennent pour convaincre la population ».

Le co‐​dirigeant du parti, Alon‐​Lee Green, poursuit cette analyse : « Ce sont les premières élections depuis le 7 octobre 2023, depuis qu’Israël a vécu le pire traumatisme de son histoire et depuis que 20.000 enfants ont été tués à Gaza. On propose un choix de paix, d’égalité, de vie et de coexistence entre Juifs et Arabes, parce que c’est la seule solution qu’on ait : c’est soit on vit tous ensemble, soit on continue à s’entretuer. Nous avons déjà essayé la guerre, alors essayons maintenant les accords de paix parce qu’ils sauvent des vies ». Pour lui, la paix n’est pas seulement un choix de solidarité, mais aussi un choix d’intérêt personnel : « Quel est mon intérêt à moi personnellement d’aller en guerre avec le Liban, après que mon père a déjà été en guerre avec le Liban dans les années quatre-vingt, et peut-être même que mon fils sera aussi en guerre avec le Liban dans trente ans. Est-ce que c’est ce que je souhaite à mon fils, qu’il aille tuer ou se faire tuer ? Est-ce que c’est à ça que doit ressembler notre vie ? Une vie de guerres ?  Il faut arrêter la guerre et, pour cela, il faut aussi que l’on arrête l’occupation des territoires palestiniens. Je sais que ce discours n’est pas encore audible par tout le monde,  mais c’est important qu’un parti politique le porte aujourd’hui, parce que si personne n’essaye de lutter pour la paix, c’est certain qu’elle n’arrivera jamais. »

Pour avoir un siège à la Knesset, Makom Lekoulanou a besoin de 3,25 % des voix, un seuil qui sera difficilement atteignable selon Alon‐​Lee Green. « On aimerait s’allier à l’opposition. Mais si on n’y parvient pas, on se retirera. On ne veut pas leur prendre des voix ». Il dit voir au long cours et se préparer pour les prochaines élections qui auront lieudans quatre ans : «  Aujourd’hui, l’important est de porter des revendications qui ne figurent pas dans les autres programmes politiques. Parce que si aucun parti ne parle de la paix, les gens n’oseront même plus l’imaginer. Peu importe que l’on siège à la Knesset ou pas, on permet aux gens de garder à l’esprit qu’une paix est possible ».