M

Thématiques

Newsletter

Chaque semaine, recevez les dernières actualités de Tenoua

À propos

Qui sommes-nous

L'équipe

Les partenaires

Contact

Archives

Informations

Mentions légales

Sara Nétanyahou, alliée objective des complotistes antisémites

Les propos de Sara Nétanyahou laissant entendre que Yair Golan était au courant de l’attaque du 7 octobre ne sont pas seulement un mensonge éhonté visant un rival politique de son mari avant des élections cruciales. Ils sont aussi une légitimation irresponsable des théories du complot visant Israël et les Juifs, dans un contexte d’explosion d’antisionisme radical et d’antisémitisme.

Publié le 4 septembre 2026

3 min de lecture

0:00
0:00
Streetart par Grafitiyul et Daniel Amit à Tel Aviv, représentant Yair Golan. En hébreu, il est écrit תודה לשלושת האלופים, “Merci aux trois champions”, en référence aux militaires Yair Golan, Israel Ziv et Noam Tibon dont le comportement héroïque a sauvé des vies le 7 octobre 2023.

Interrogée à la radio israélienne, Sara Nétanyahou a donc laissé entendre que Yair Golan, chef du parti d’opposition HaDemokratim [les Démocrates], et qui s’est comporté avec une bravoure exceptionnelle ce jour-là, était au courant pour l’attaque du 7 octobre. Cette défense visait surtout à disculper son mari, et à accuser les services de sécurité du pays qui ne l’auraient pas informé à temps, pour le mettre en difficulté, ou par manque de confiance en lui. Il est d’ailleurs symptomatique que cette charge ait eu lieu exactement au moment où le premier ministre lui-même déclarait que les services de sécurité, avec à leur tête le chef d’État-major de l’armée, Herzi Halevy, le chef du Shin Beth, Ronen Bar, et celui de l’Aman, Aharon Haliva, n’avaient pas cru bon de le réveiller alors que les signaux d’alerte se multipliaient, car ils anticipaient une réaction forte et résolue de sa part, ce qu’ils souhaitaient éviter par peur de l’escalade. Ce véritable revisionnisme serait pathétique et ridicule s’il ne soulignait pas une nouvelle fois l’incapacité absolue de Nétanyahou d’assumer la moindre part de responsabilité, en rejetant la faute sur les autres : ces services de sécurité, membres des « élites » et de l’« État profond » contre lesquels il aura ferraillé toute sa vie politique au nom du peuple israélien dans son propre récit mythique et mensonger.

Yair Golan, ancien chef d’état-major adjoint, est l’archétype de cette armée honnie et indigne de confiance. En insinuant que Golan « savait », Sara Nétanyahou ne fait que renforcer le discours de défausse de son mari avec des accents conspirationnistes qui pullulent en Israël et ailleurs depuis le 7 octobre. C’est précisément cela qui rend sa sortie non seulement indigne, mais irresponsable.

L’antisémitisme et l’antisionisme radical explosent depuis le 7 octobre, avec un été 2026 particulièrement douloureux, comme relaté dans ces colonnes. Celui‐​ci se nourrit de clichés, de simplifications, d’accusations fausses et réductrices, et également de théories du complot, qui ont toujours accompagné les vagues d’antisémitisme dans l’Histoire. Alors que New York s’apprête à commémorer les 25 ans de l’attaque du 11 septembre contre les tours jumelles, la théorie selon laquelle les Juifs ne seraient pas allés travailler au World Trade Center et que le Mossad serait derrière cette opération continue de prospérer. Dans les heures qui ont suivi l’attaque du 7 octobre, des théories complotistes ont commencé à circuler sur le fait que l’armée israélienne savait, que les morts avaient été tués par Tsahal, et que cette dernière avait laissé se dérouler l’incursion pour mieux pouvoir justifier l’attaque contre Gaza puis le « génocide » des Palestiniens. Ces théories ont d’autant mieux prospéré que la vision d’une armée invincible, technologique n’était pas cohérente avec celle d’une déroute majeure contre le Hamas, capable de massacrer 1.200 personnes en quelques heures et de ramener plus de 250 otages à Gaza. En Israël même, certaines de ces théories ont circulé très tôt sous une autre forme, notamment parmi des soutiens de Nétanyahou qui visaient à le disculper, comme l’a fait sa femme cette semaine, en chargeant l’armée, qui lui aurait dissimulé des éléments cruciaux pour lui faire endosser l’échec de cette catastrophe, le forcer à démissionner, et se venger ainsi de la réforme judiciaire qu’il avait engagée et qui avait amené des centaines de milliers d’israéliens dans la rue pour s’y opposer. 

Sara Nétanyahou vient donc alimenter cette machine infernale de mensonges avec sa dernière prise de parole. Cette dernière est sans doute stupide politiquement, car elle a conduit à inonder les écrans de télévision d’images de Yair Golan en uniforme se rendant au festival Nova pour sauver des jeunes, mais elle est aussi et surtout un cadeau du ciel pour tous les complotistes antisémites qui peuvent étayer leurs mensonges avec les propos de la propre femme du Premier ministre israélien. Les accusations de « génocide » peuvent désormais être renforcées par de la « préméditation d’un régime sioniste assassin » qui savait mais qui a laissé faire pour assouvir sa « passion génocidaire », par la grâce d’une première dame irresponsable, qui sera sans doute érigée en lanceuse d’alerte courageuse par des antisémites comme Candace Owens, Nick Fuentes ou Tucker Carlson.