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Podcast : “Galim Galim”, des adolescents juifs nous confient leur parole et laissent une trace de ce qui les traverse

Tenoua co‐​produit le podcast Galim Galim, un podcast dans lequel des adolescents juifs mettent des mots sur leur culture juive, comment ils l’éprouvent. Comment est né cet espace de discussion ? Comment libérer la parole – parfois secrète ou confidentielle – de cette génération ? Comment cette voix se distingue‐​t‐​elle de celle des adultes ? Autant de questions que nous avons posées à Diane Uzan, créatrice de Galim Galim. Et si l’avenir des Juifs, c’était d’écouter l’adolescence (ou de la faire écouter) ?

Publié le 24 septembre 2026

4 min de lecture

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Lire nos impressions à l’écoute du premier épisode du podcast

Galim Galim, c’est un podcast qui donne la parole à des adolescents juifs français. Il y a peu d’espaces qui accueillent cette parole-là. Comment est née l’idée de réunir régulièrement des adolescents, de les faire réfléchir à un pan de leur identité pour faire entendre leur voix ? 

La période de l’adolescence m’a toujours beaucoup touchée et intéressée : c’est un temps où les questions débordent, foisonnent, tout en restant très intérieures, sans être vraiment partagées. Certains adolescents ne parviennent pas toujours à les exprimer, à savoir ce qu’ils sont, vers où ils vont. Tout cela est un peu flottant. Au départ, ma mère Sylvia, qui dirige la Maison de la Culture Juive de Nogent‐​sur‐​Marne où nous sommes accueillis pour enregistrer, m’avait demandé de réfléchir à une activité dédiée aux ados, autour de la culture juive. J’avais d’abord pensé à un atelier d’écriture. Mais, après réflexion, nous nous sommes dits qu’un podcast pouvait être plus intéressant, pour faire en sorte que cette tranche d’âge puisse être entendue, pour qu’elle puisse dire ce qu’elle a à dire sur son rapport à l’Histoire, l’héritage ou la transmission. Si nous étions restés un atelier d’écriture, nos échanges seraient restés entre nous, n’auraient pas pu être partagés. Après coup, je réalise que ce projet était aussi un moyen de m’investir à ma façon après le 7 octobre.

Comment avez-vous accompagné ces adolescents dans l’exploration de leur identité, de leur voix ? Comment les amener à se confier, à considérer leur parole comme précieuse, comme faisant partie du récit collectif ?

Je ne voulais pas réaliser quelque chose de formaté, je ne voulais pas non plus écrire pour eux. Je voulais que ce soit leur écriture, leurs textes. Que le résultat soit authentique. J’ai donc d’abord commencé par parler de culture juive, de rites, de traditions, de ce qui est visible, pas de l’identité juive. Parce que si je demande à un adolescent – dont l’identité est flottante par définition –, “raconte‐​moi ton identité juive”, il ne va pas savoir par où commencer. Il me fallait donc un point d’entrée sensoriel, amener ces jeunes à écrire sur ce qui peut les dépasser, sur leurs sensations. 

Nous avons réalisé un épisode sur la bar mitsva / bat mitsva, où je leur avais demandé de revenir sur cette journée. Et, sans que ce ne soit prévu, une conversation autour du 7 octobre s’est invitée. Un des garçons a raconté que cette tragédie l’avait comme privé de sa foi, ce qui l’obligeait à repenser ce rite de passage. 

Nous allons bientôt enregistrer un épisode sur le prénom, ce qu’il dit de leurs origines et de leur histoire familiale. Je vais d’abord commencer par leur demander s’ils possèdent des souvenirs autour de leur prénom, ce qu’ils ressentent à l’évocation de leur prénom. Donc, d’abord, on lâche les émotions et tout ce qui nous passe par la tête et, après, on creuse. La culture juive me sert de porte d’entrée pour aller plus loin. 

Dans le podcast, on comprend qu’il vous importe d’évoquer l’identité juive dans la joie et la poésie, autrement qu’à travers l’actualité. Comment choisissez-vous les sujets de conversation, les thématiques ?

En suivant l’actualité, on peut avoir tendance à oublier tout ce qui fait la richesse, la pluralité de la culture juive. J’avais donc envie de m’investir en rappelant que la culture juive crée des liens, nourrit la curiosité, la sienne comme celle de personnes qui la découvrent. Ces adolescents qui participent au podcast, arrivent aussi avec le désir de faire connaître leurs traditions à leurs amis, avec leurs mots, en ayant réfléchi à ce que ça implique pour eux. Dans ce contexte assez anxiogène, ce podcast peut parfois faciliter le dialogue, pour que d’autres puissent avoir accès à “nos fêtes, nos traditions”. 

Pour le moment, nous n’avons pas vraiment envie d’évoluer vers quelque chose de plus “militant”. Il s’agit simplement de partager ce qui les constitue. 

Après plus d’un an à travailler sur ce podcast, avec ce groupe d’adolescents, qu’avez-vous entendu de la parole de ces pas-encore-adultes, plus-tellement-enfants ? En quoi se distingue-t-elle de celle des adultes ?

Déjà, le discours, même s’il n’est pas toujours léger, m’apparaît comme authentique, sans préméditation. J’ai aussi été étonnée par la richesse de leurs réflexions, par leurs opinions souvent bien tranchées, par la poésie de leur écriture, les détails qui donnaient vie à un plat ou à un souvenir. Je me rends aussi compte, en ayant un peu accès à leur vie intérieure, que leurs parents ne peuvent pas soupçonner cette profondeur‐là. 

Par exemple, l’une des ados semble très attachée à la laïcité et peut se montrer assez critique vis‐​à‐​vis d’un certain communautarisme juif. Une autre adolescente, lors de la rencontre avec Madeleine, a été très honnête sur son rapport à la Shoah, elle disait qu’il s’agissait d’une tragédie lointaine, et qu’en exprimait cela, elle culpabilisait aussi. 

En fin de compte, ces adolescents juifs – je pense aussi à ce que j’ai pu ressentir – peuvent se retrouver coincés entre deux temporalités, la mémoire du passé, le poids de l’héritage, et les projections des parents, leurs espoirs, leurs choix aussi. Selon l’opinion des parents, la perpétuation de l’identité juive passe par tel ou tel acte, telle ou telle pratique. À cette strate, s’ajoutent les questions d’actualité, de positionnement par rapport à Israël, par exemple. Tout ça peut les piéger, et ce podcast peut, dans une certaine mesure, les aider à échapper à ces déchirements, en se posant des questions sur ce qu’ils ne peuvent pas toujours dire en famille. Pas toujours non plus entre amis. 

Est-ce que vous avez le sentiment de contribuer à la création d’une archive, l’archive de récits d’adolescents de 2025-2026 qui s’expriment librement sur ce qu’ils vivent, sur leur esprit vagabond ?

Je n’y avais pas pensé au départ. Mais, c’est une époque particulière et ce podcast porte le témoignage d’une certaine tranche d’âge, d’une certaine communauté. Ces enregistrements nous permettent de laisser à la fois une trace de cette parole et aussi une trace pour les familles des adolescents, pour les adolescents qui pourront se souvenir de comment ils pensaient. Après l’écoute de notre épisode consacré à la mémoire de la Shoah, des parents m’ont remerciée pour l’échange entre Madeleine, enfant cachée, et cette génération. 

Propos recueillis par Léa Taieb