M

Thématiques

Newsletter

Chaque semaine, recevez les dernières actualités de Tenoua

À propos

Qui sommes-nous

L'équipe

Les partenaires

Contact

Archives

Informations

Mentions légales

La bar mitsva, une manière de rendre hommage à nos ancêtres

Le podcast Galim Galim questionne différents jeunes sur leur rapport à leur identité juive. Le troisième épisode est consacré à la bar et bat mitsva, cette journée pas comme les autres. Nous avons écouté cet épisode avec une sœur et un frère, Capucine, 16 ans, et Stanislas, 13 ans, qui ont fait leur bat et bar mitsva cette année. Enfants d’un mariage mixte, leur famille n’est « pas très pratiquante ». Mais quand leur mère leur propose de faire leur bat et bar mitsva, ils se lancent.

Publié le 30 avril 2026

6 min de lecture

Photo de la famille

« À treize ans, dans la tradition juive, on devient bar mitsva, ou bat mitsva pour les filles. Littéralement, ça veut dire "fils [ou fille] du commandement". C'est la majorité religieuse, le moment où l’on est responsable de ses actes, où l’on peut lire la Torah à la synagogue, où l’on entre symboliquement dans la communauté des adultes. À chaque bar ou bat mitsvaà laquelle j’assiste, la même question me revient. Comment, sincèrement, les adolescents vivent-ils ce passage ? À 13 ans, se tenir devant une assemblée, lire, chanter, être regardé, célébré, alors qu’on ne sait pas encore très bien qui l’on est : c’est une expérience à part », se demande Diane Uzan, créatrice et hôte du podcast Galim Galim. Treize minutes d’immersion, pour se replonger dans l’effervescence de la bar mitsva, avec celles et ceux qui l’ont vécu. C’est à partir de ce troisième épisode enthousiasmant, à la réalisation soignée et joyeuse, que nous avons entamé notre discussion avec Capucine et Stanislas.


JL - Comment se sent-on lorsqu'on fait sa bar ou bat mitsva ?

Stanislas - T’es à la fois stressé, à la fois trop content, fier de toi… Tout, quoi ! T’es fier de l’avoir fait, t’es content d’être là avec tout le monde… Je sais pas… C’est quelque chose d’unique !

Capucine - Oui, c’est très spécial.

Julia Lasry -  Qu’avez-vous ressenti en écoutant cet épisode où Ben, Luna et Simon nous refont vivre toutes les étapes de leur journée ?

Stanislas - Ça remet en mémoire ce qu’on a vécu, et c’est vrai ce qu’ils ont dit, sur tout, du début à la fin. C’est comme si c’était moi qui vivais ça ! Leurs discours, les moments de stress, de joies, de difficultés…

Capucine – Oui, en fait, on ressent toutes les émotions en même temps !
C’est comme si on le revivait, c’est vraiment bien fait ! Moi, ce podcast m’a fait pleurer. Parce que, vraiment, on se replonge dans tous ces préparatifs et tout le reste… Quand les enfants parlaient, ceux qui avaient vécu leur bar mitsva, je trouvais que c’était super parce qu’on avait leurs émotions, leurs sentiments… Et c’est vrai que je me suis un peu revue, moi aussi. Tu revis ton moment et c’est magique ! 

JL - Y a-t-il des choses décrites dans le podcast que vous ne vous étiez jamais formulées ? Ou qui vous ont permis de réaliser des choses sur lesquelles vous n'aviez pas vraiment mis de mots ?

Capucine - J’étais d’accord avec eux, à part que, pour moi, la bar mitsva, c’est plus qu’une question spirituelle et plus que le passage à l’âge adulte dans la religion juive. Pour moi, c’est une manière de rendre hommage à nos ancêtres qui se sont battus pour que cette religion se transmette d’une génération à une autre et qu’elle perdure dans le temps. 


JL - C’est ce que tu avais dit dans ton discours ?

Capucine - Oui ! 

Stanislas - Oui c’est toi qui l’as fait, ton discours, et tu as été parfaite !

JL - Pourquoi tu précises ça, Stan ? 

Stanislas – Parce que moi, je me suis fait aider par maman ! 

Capucine - Et par ChatGPT ! [rires]

Stanislas – Non, non, arrête ! 

JL - Donc, Capucine, tu disais que tu étais d’accord avec l’ensemble, mais qu’il y a des choses qui ont été différentes pour toi, dans ton expérience de bat mitsva. Lesquelles ?

Capucine - Oui, déjà, on n’a pas vraiment été élevés dans la religion. C’est plus la tradition, les fêtes, qui sont importantes pour nous. On l’a fait aussi pour dire merci à nos grands‐​parents, pour ce qu’ils nous ont transmis, pour s’être battus pour que la religion se perpétue et pour qu’on puisse la transmettre à notre tour.

Stanislas - Oui, la différence, c’est que nous, on n’a jamais été très religieux, très pratiquants, surtout. Et à la synagogue, ils ont vraiment été super sympas avec nous. On est arrivés et ils nous ont accueillis comme on était, ils n’ont pas fait de différences, ils n’ont pas fait d’exception. Je trouvais ça super. J’espère que ça restera comme ça.

JL - Quand on parle de bar mitsva, on a souvent une idée de symboles et de rites qui reviennent, qu'on fait de manière traditionnelle, comme le passage à la téva, le discours, la fête, etc.  Y a-t-il des choses que vous vous êtes appropriées, que vous avez faites différemment ?

Stanislas - Quand j’ai appris ma parasha, je n’ai jamais trop aimé l’air que mon prof m’enseignait. Et du coup, je l’ai complètement refait, je le lisais avec un air que j’inventais et je trouvais ça beaucoup mieux. Et même mon prof me disait que c’était beaucoup mieux que la version originale et c’est très bien passé. 

Capucine - Moi, je ne l’ai pas fait à 13 ans – enfin, à 12 ans pour les filles – mais à 15 ans. Pour moi, c’est chouette déjà que les filles puissent le faire, parce que ça n’a pas toujours été le cas. Pour moi, c’est important. J’étais honorée de pouvoir la faire. C’est compliqué à expliquer mais, je sais pas… montrer à Mamone [son arrière grand‐​mère] qu’il y a des gens derrière elle qui vont récupérer ce qu’elle a créé. Vraiment, ça a été très important pour moi. 
Au début, quand maman nous a dit : « J’aimerais que vous fassiez vos bar et bat mitsva », c’était bizarre, parce qu’en soi, dans notre quotidien, on n’avait pas de rapport à la religion à part en célébrant les grandes fêtes. Au début, j’y allais un peu à reculons, et au final, c’était génial.

Stanislas - Je n’ai pas d’autres mots à ajouter. J’ai adoré ça. J’ai même limite envie d’en faire une autre !

JL - Ce jour a-t-il changé quelque chose dans votre rapport à votre judaïsme ou à votre famille ?

Stanislas - Ça m’a fait un vide après ! Le dimanche matin, j’attendais mon prof, je me disais : « Mais… il vient pas ?! » Pour moi, c’était devenu habituel. Je l’attendais et il ne venait plus ! Je pensais que ça continuerait. J’avais un prof super, je m’entendais à merveille avec lui. J’ai même essayé de trouver des cours après‐bar mitsva, mais je n’ai pas trouvé.
Après ma bar mitsva, j’étais fier, j’étais grand. Je ne sais pas comment le dire, j’étais plus intelligent, au‐​dessus du moi d’avant. Je me sentais mieux que moi. Mieux que moi d’avant.

JL - Comment avez-vous raconté à vos copains non juifs ce qu’est une bar mitsva ?

Stanislas - Moi, je leur disais que c’était le passage à l’âge adulte, mais ce n’est pas vraiment ce que je ressentais.

Capucine - C’est difficile de décrire quelque chose qu’on n’a pas encore vécu. On expliquait dans les grandes lignes ce que c’était, ce que ça représentait, et on a fait des parallèles avec la religion catholique pour qu’ils comprennent plus ou moins l’importance de cette fête. Je sais que je disais à mes copines qu’une bat mitsva, c’est comme la communion chez les Cathos. Du coup, c’était perçu comme un engagement important ! 

JL - Que gardez-vous de votre bar/bat mitsva?

Capucine – Pour moi, déjà, ce n’était pas l’aspect spirituel le plus important. Je ne sais pas si je crois en Dieu, mais pour moi, on croit en Dieu dans les moments importants de notre vie et quand on a besoin de lui. Pour moi, c’était pour rendre hommage , c’est une manière d’être attachée à mes racines et à ma famille. Et le discours, c’est là où les mots prennent tout leur sens et que tu dis ce que tu penses, mais tu le dis avec le cœur, tu le dis vraiment… Je savais qu’il y aurait des gens qui pleureraient et que ce serait émouvant, ce qui est logique dans un moment pareil. Mais je ne m’attendais pas, moi, à être émue à ce point‐là. 

Stanislas – Ce qui compte plus depuis, c’est l’aspect héréditaire, le fait de transmettre, de garder… Le fait de garder ce qu’on a commencé et de ne pas stopper toutes ces choses que nos grands‐​parents et nos ancêtres ont commencées. Il faut entretenir. C’est comme une flamme dehors, sous la neige, qu’il faut protéger et entretenir.

JL - Pourquoi dis-tu « sous la neige » ?

Stanislas : Parce que la neige, ça peut faire référence aux choses qui sont arrivées, aux événements passés, aux difficultés, aux obstacles qui se mettent en travers du chemin. Il faut le protéger à tout prix.

JL - Donc, pour toi, faire ta bar mitsva, c'est être un protecteur de cette flamme-là ?

Stanislas - Oui, et se remettre à la place de mes ancêtres qui y étaient, sur cette flamme, qui l’ont protégée, qui ont fait face à toutes les difficultés et qui sont encore là dans nos cœurs, nos mémoires.

Galim Galim, un podcast de Diane Uzan pour la Maison de la Culture Juive.