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Tallit : comment le porter quand on est une fille ?

Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes adolescentes préparent leur bat mitsva au sein du mouvement juif libéral. Elles accèdent aux mêmes droits et responsabilités que les garçons. Pour autant, le port du tallit ou de la kippa n’est pas toujours une évidence chez elles. Nous avons échangé avec Héloïse, Anna et Sarah, trois jeunes bat mitsva (qui sont aussi copines) sur le port (ou pas) de ces signes rituels. Cette idée d’article nous a été suggérée par Mia, 12 ans, rédactrice en chef adjointe de notre édition spéciale « bar mitsva de Tenoua ».

Publié le 8 mai 2026

6 min de lecture

Une jeune fille porte le tallit lors de sa bat mitsva dans la synagogue Beaugrenelle de JEM, à Paris. (Archives familiales)

Comment avez-vous entendu parler du tallit, quelle a été votre première rencontre avec ce châle de prière ? 

Héloïse - J’ai appris ce que c’était à Kippour, à chaque fois que mon père déploie son tallit et qu’il nous couvre, mes deux grands frères (qui possèdent eux aussi leur tallit) et moi. Nous sommes tous réunis, comme protégés par ce châle. 

Anna - Dès que je me rends à la synagogue, je vois des hommes qui le portent, des femmes qui le portent aussi – certaines femmes. Mais avant de faire ma bat mitsva, je ne savais pas ce qu’il représentait.

Et à quel moment de la préparation de vos bat mitsva, la question du tallit s’est-elle posée ? C’est vous qui avez demandé si vous pouviez le porter ? Qui a suggéré qu’il était possible pour vous aussi de le porter ?

Héloïse - J’ai fait ma bat mitsva à Copernic, qui est une synagogue plus « traditionnelle » que les autres synagogues libérales. Ce qui veut dire qu’en général, les filles ne portent pas le tallit ou la kippa. Ce ne sont pas des choses que l’on voit. Aussi, mes grands frères avaient fait leur bar mitsva dans une synagogue consistoriale, à Chasseloup‐​Laubat. Je n’ai pas été élevée avec l’idée que les femmes portent un tallit. J’ai même suivi une partie de mon Talmud‐​Tora chez les Loubavitch. Ce qui ne veut pas dire que je considère que c’est un problème d’en porter un. Je ne suis pas du tout habituée à cela. Quand ma professeure de prières m’a demandé si je voulais porter un tallit le jour de la cérémonie, j’en ai discuté avec mes parents et on en est arrivés à la conclusion que c’était en décalage avec mon éducation religieuse. 

Anna - Quand je vais à la synagogue, une partie des femmes portent le tallit, donc, pour moi, c’est presque normal que de le porter. Et, concernant la kippa, ce n’est pas que je ne veux pas la porter, c’est que je n’y pense même pas. Tandis que le tallit, j’aspirais à le porter. Et, quand j’ai évoqué l’idée de porter la kippa le jour de ma bat mitsva, mes parents n’étaient pas tellement convaincus. Même s’ils me laissaient le choix de la mettre ou pas. Mais je n’en avais pas spécialement envie. C’est aussi une question d’usage, de regard, je vois peu de femmes avec la kippa

Sarah - Parfois, j’allais à la synagogue, je croisais des femmes qui portaient le tallit, ça ne m’interpellait pas plus que ça, ça me paraissait même assez normal. Et quand on m’a posé la question, j’ai réfléchi et je me suis dit pourquoi pas. Pourquoi je ne le porterais pas ? 

Anna, en échangeant avec ta mère et toi pour préparer cet entretien, j’ai compris qu’il était important pour toi que ton tallit ne ressemble pas à celui de ton père ou de ton frère, qu’il se distingue, à travers des motifs « plus féminins », il est décoré de fleurs roses. Sarah, toi aussi, tu souhaitais un tallit dont l’esthétique était plus travaillée ? 

Sarah - Ma grand‐​mère m’a offert un tallit fabriqué en Israël, sur lequel des grenades sont cousues. 

Héloïse - Quand je vois Anna ou Sarah avec le tallit, je trouve ça très adapté. Même si, dans la culture de ma famille, les femmes ne portent pas le tallit, pas la kippa, comme elles ne posent pas non plus les tefilin. Mais, je me revois à Shabbat, petite, porter la kippa pour faire rire. Pour faire comme mes frères. 

Je me demandais pourquoi vous aviez voulu faire votre bat mitsva parce que j’ai le sentiment, et j’espère que je me trompe, que c’est toujours plus évident pour les garçons, que ça s’impose, tandis que chez les filles, c’est davantage un choix ? Est-ce que c’était une manière d’avoir accès aux mêmes droits que les garçons ? 

Héloïse - Moi, j’ai toujours voulu faire ma bat mitsva et j’ai toujours été encouragée à le faire. Mais on évoluait davantage dans des milieux traditionalistes et loubavitch, des mondes dans lesquels je pouvais faire ma bat mitsva mais pas monter à la Torah. Sauf que moi, depuis toute petite, j’ai l’envie de lire la Torah, c’était un de mes rêves. Donc, le seul moyen pour moi de lire dans la Torah, c’était d’aller chez les libéraux. Si j’avais pu le faire chez les orthodoxes, j’y serais restée.

Et pourquoi était-ce un rêve de lire dans la Torah ?

Héloïse - Je pense que je voulais faire comme mes frères. Parce que je pensais aussi être capable de faire comme eux, autant qu’eux. 

Et, Anna, Sarah, pourquoi avez-vous eu envie de célébrer votre bat mitsva

Anna - Il y a quelques années, je n’étais pas particulièrement motivée, je le voyais un peu comme une punition que d’apprendre des prières, que de passer autant de temps à travailler… Même si j’ai toujours su que je la ferai. Puis, plus j’ai étudié, plus j’ai eu envie de continuer et de montrer que j’en étais capable. J’ai été très impliquée dans la préparation et j’y ai pris beaucoup de plaisir. 

Sarah - Dans ma famille, presque personne ne l’a faite au sens où je l’entends. Sans faire du par‐​cœur et en comprenant ce que ce moment signifie vraiment. Donc, dans mon esprit, je pouvais faire quelque chose que les autres (mes parents, notamment), ne savent pas faire ou pas comme ça. 

Aujourd’hui, en ayant appartenu ou en appartenant à la communauté juive libérale, vous avez le sentiment que c’est bon, l’égalité entre les femmes et les hommes est atteinte, que c’est presque normal de voir une femme porter un tallit, une kippa ?

Sarah - Je trouve que chez les libéraux, il n’y a pas grand chose à redire.Chez les traditionalistes, les regards doivent encore évoluer. 

Héloïse - Dans certaines communautés orthodoxes, les femmes sont reléguées à l’arrière-plan. Et je trouve que cette situation ne devrait pas exister. Après, dans la Torah, il est écrit que Dieu nous a appris à distinguer les femmes des hommes… Donc, je ne sais pas si les femmes devraient porter kippa et tefilin. Et, en même temps, je trouve ça génial qu’une femme puisse monter à la Torah, qu’on puisse approfondir, qu’on ait le droit à une vraie éducation religieuse.

Maintenant que vous êtes bat mitsva, est-ce que vous comptez poursuivre votre éducation religieuse ? Comment continuer à approfondir ?

Sarah - Désormais, lors des fêtes, ce n’est plus mon oncle ou ma tante qui conduit l’office, c’est moi !

Anna - Je vais à la synagogue de temps en temps. Et j’accompagne mes anciens camarades de Talmud‐​Tora dans leurs révisions. Je continue à venir au cours hebdomadaire pour assister la professeure, pour aider à transmettre. J’aimerais bien, aux alentours de 16 ans, pouvoir enseigner. 

Depuis l’époque de vos mères, la tradition autour de la bat mitsva a complètement évolué (et c’est bien heureux !). Si vous deviez imaginer la bat mitsva de vos filles dans une trentaine d’années, à quoi cela pourrait ressembler ? Comment la tradition pourrait encore nous étonner ? 

Sarah - J’espère que le mouvement libéral sera encore en activité, qu’il y aura aussi bien des femmes rabbins que des hommes rabbins, qu’on ne marquera pas de différence dans l’accès à l’étude entre les filles et les garçons. Peut‐​être que le tallit ne sera même plus une question !

Anna - Je respecterai le choix de ma fille, si elle souhaite faire sa bat mitsva chez les orthodoxes, je la laisserai faire. Mais, si c’est dans le futur, les choses auront avancé, et, je pense que toutes les filles qui feront partie du mouvement libéral mettront, en plus du tallit, la kippa et les tefilin. Enfin, si j’avais fait ma BM dans le futur, il y a de grandes chances que j’aurais mis kippa et tefilin, parce que d’autres femmes les porteront aussi, auront donné l’exemple. 

Héloïse - Ma réponse dépend aussi de la religion de mon mari. S’il n’est pas juif, je respecterai aussi sa culture, et je ne sais pas dans quelle mesure mes enfants feront leur bar/bat mitsva. Sinon, je laisserai ma fille faire ce qu’elle souhaite faire (chez les libéraux ou chez les orthodoxes), elle pourra choisir. Comme j’ai pu choisir. Je ne sais pas si je serai prête à la voir porter tallit, kippa, tefilin. Ça me semble encore un peu bizarre qu’une femme fasse autant que les hommes. Donc, j’imagine que ma fille, si elle le souhaite, pourra lire dans la Torah, faire une grande fête dans la joie.

Propos recueillis par Léa Taieb


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