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Shavuot et la résistance religieuse juive durant la Shoah (1)

Quatrième épisode de la série « La résistance religieuse juive durant la Shoah », écrite par Sonia Sarah Lipsyc et publiée en partenariat avec le Musée de l’Holocauste de Montréal.
La fête de Shavuot célèbre le don de la Torah au travers du déploiement des dix commandements au mont Sinaï et de l’acceptation par le peuple juif de sa mise en pratique et de son étude. Or l’idéologie nazie exécrait l’héritage du Sinaï, à portée universelle, mais incarné par les Juifs dont ils voulurent l’extermination totale tant physique, culturelle que spirituelle et religieuse. Comment les nazis ont‐​ils tenté d’effacer ce legs religieux au travers des autodafés et des meurtres ? Quelle était la dimension métaphysique de cette confrontation ? Et comment les Juifs ont‐​ils résisté durant la Shoah sans interrompre la chaîne de transmission jusqu’à nos jours ?

Publié le 15 mai 2026

12 min de lecture

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La série « La résistance religieuse juive durant la Shoah » écrite par Sonia Sarah Lipsyc pour Tenoua
est produite en partenariat avec le Musée de l’Holocauste de Montréal.

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La fête de Shavuot au cœur de l’antagonisme avec le nazisme

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« L’Holocauste des livres » : des rouleaux de la Torah, des traités de Talmud, des bibliothèques brûlent…

Dès le début de son Journal dans le ghetto de Vilna, en août 1941, le poète yiddish Avrom Sutzkever raconte une scène poignante. Il voulait, après avoir caché son étoile jaune, s’enfuir, mais il fut attrapé par un S.S. ivre : « Ce soir, je te laisserai partir mais maintenant, tu vas venir avec moi, tu vas jouer dans un cirque. » Rejoints par deux autres S.S. et deux Juifs pris aussi au piège, un rabbin de 80 ans, Kassel et un jeune garçon Moyshke, ils furent conduits devant la vieille synagogue de la rue Wilkomir. « Le chien courant devant, comme le messager de la Mort (…) une foule nous attendait. » Ils furent contraints de se déshabiller et de danser nus en chantant autour d’un bûcher où brûlaient des rouleaux de la Torah. On leur ordonna également de déchirer d’autres rouleaux de la Torah et de les jeter au feu. Lorsque ce sordide « spectacle » pour les nazis fut terminé, ils furent autorisés à se rhabiller. « Les S.S. partirent, ravis. Le rabbin entra dans la synagogue en ruine et se mit à prier. Le garçon s’enfuit. Je suis également entré dans la synagogue et je me suis allongé dans un coin, dans l’attente du lendemain. »[1] Malheureusement ces exemples se sont multipliés durant la Shoah. Toujours en 1941, en Lituanie, le rabbin Ephraim Oshry relate que « les Allemands capturèrent des chiens et des chats et les amenèrent dans (…) une maison d’étude à Slobodka, la banlieue de Kovno (… où) ils les abattirent (…). Mais le plaisir macabre de ces meurtriers brutaux ne fut pas assouvi par la simple profanation de ce sanctuaire transformé en charnier de chiens et de chats. Ils se mirent à forcer un certain nombre de Juifs à déchirer entièrement de leurs propres mains un rouleau de la Torah et à se servir de feuilles de parchemin pour couvrir les carcasses des animaux abattus. D’autres Juifs étaient forcés de regarder le rouleau de Torah en train d’être déchiré et le nom de Dieu souillé par le sang (…) »[2] L’érudit en Torah rapporte également le témoignage d’un homme qui, ayant vu « des non-Juifs sur la place du marché envelopper du poisson et d’autres articles dans les pages arrachées aux traités de Talmud et autres textes saints, (…) éclata en sanglots »[3].

Autodafé à Berlin (USHMM)

Le dessein morbide des nazis était d’assassiner les Juifs physiquement, culturellement et spirituellement. Dès la montée du nazisme et durant la Shoah, ils détruisirent les synagogues, brûlèrent les livres d’auteurs juifs ainsi que les livres du judaïsme. Ce fut pour reprendre une expression d’un chercheur américain, Philippe Friedman, un véritable « Holocauste des livres »[4]. Ils s’acharnèrent notamment sur le Talmud et ses soixante‐​trois traités, à telle enseigne qu’après la guerre, il fut « impossible de trouver sur tout le territoire allemand le moindre volume (…) pas plus (…) qu’en Pologne, en Lituanie, en Tchécoslovaquie »[5]. Des bibliothèques juives entières furent détruites, autant les ouvrages que les êtres incarnant ces livres. D’ailleurs, dans la tradition juive, il arrive que les uns se confondent avec les autres puisque lorsqu’un rouleau de Torah est défectueux on l’enterre avec les honneurs[6]. Et que l’on dit d’un être ayant consacré sa vie à l’étude des textes qu’il est « une Torah vivante ».

Le rabbin Shimon Huberband (1909−1942) qui, au sein du groupe de résistance Oneg Shabbat, fondé par l’historien Emmanuel Ringelblum[7], documenta, jusqu’à sa déportation en août 1942, la vie religieuse dans le ghetto, écrit au sujet de cette frénésie systématique d’autodafés et de destructions des livres : « Des centaines de milliers de livres saints juifs avaient été détruits durant le cours de la guerre, incluant des livres rares, des manuscrits hors de prix et des archives communautaires des temps anciens. Quand les maléfiques [nazis] pénétrèrent les cités, ils s’acharnèrent à déchirer, brûler et annihiler des dizaines de milliers de livres incluant des exemplaires uniques et des manuscrits rares. À Varsovie, ils confisquèrent les bibliothèques de la Grande Synagogue, du professeur Schhorr, de la Kehila (structure communautaire) et d’autres bibliothèques privées. À Vilna, ils incendièrent les bibliothèques. De même, à Bialystok »[8].

Page de couverture de la traduction en anglais du livre Kiddush Hashem : Jewish religious cultural life in Poland during Holocaust du rabbin Simon Huberband

Pourquoi cet acharnement ? Précisément car les nazis savaient que la singularité originelle et permanente des Juifs tenait à leur attachement et à l’étude de ces ouvrages. Un legs direct de la fête de Shavuot qui célèbre le don de la Torah au mont Sinaï (Matan Torah) et le déploiement de toute la littérature rabbinique.

Les nazis souhaitaient éradiquer cet enracinement des Juifs aux textes qui représentaient pour ces derniers le lien avec une transcendance[9]. Aux yeux des Juifs, tout se passe comme si Dieu se trouvait et se cachait dans la combinaison des lettres hébraïques et le dénouement d’un sens à scruter inlassablement. Les criminels nazis ne voulaient garder que quelques exemplaires de tous ces livres[10] comme les vestiges d’une humanité surannée exclue de la terre. Mais « le reste d’Israël »[11] ne l’entendit pas ainsi…

La fête de Shavuot et l’origine métaphysique de l’antisémitisme nazi

Il est possible d’avancer que l’un des fondements majeurs de l’antisémitisme, en l’occurrence allemand et nazi, était un antisémitisme métaphysique[12] qui ne visait pas seulement tel ou tel trait du Juif, mais son existence même en tant que porteur d’une autre réalité. De quelle autre réalité s’agissait-il ? Celle introduite par le don de la Torah aux Hébreux au mont Sinaï. Ce don scellerait, comme un contrat de mariage, l’Alliance d’un peuple, tout juste sorti de l’esclavage, avec le Créateur de ce monde. Ce que marque précisément la fête de Shavuot quelques semaines après Pessah. L’identité narrative juive situe cet événement au XIVe siècle avant l’ère commune. Et qu’il soit fictif ou réel, cela ne change rien à son héritage et à sa dimension symbolique.

Cet héritage est celui du monothéisme, et de l’éthique, la loi, les rituels, l’enseignement et les récits qui lui sont inhérents. Déjà potentiellement présent dans les Dix commandements[13], au moment de la Révélation au mont Sinaï, il se déploie à la fois dans la Torah écrite (les cinq livres de Moïse) et la Torah orale. En effet, selon la tradition juive, au cours des années de traversée du désert du peuple hébreu, Dieu aurait transmis à Moïse simultanément une Torah écrite et une Torah orale. Celle‐​ci était constituée d’éclaircissements et de règles d’herméneutique dont les Sages d’Israël vont user durant des siècles pour interpréter le texte. La transcription de cet enseignement initial de Moïse ainsi que les avis et discussions des Sages seront retranscrits dans le Talmud, notamment celui de Babylone (VIe siècle)[14]. Ce don et la réception qui en est faite par les Hébreux au mont Sinaï, suivis au cours de l’Histoire juive par la pratique de la Torah et son étude, en particulier du Talmud, inscrivent, dans plusieurs registres de l’Humanité, des axes disruptifs et novateurs auxquels l’idéologie nazie se confrontera hargneusement.

Ce legs pose d’abord une égalité entre tous les êtres humains créés à l’image de Dieu. Pour les nazis, cette vision d’une humanité une et universelle s’opposait à la hiérarchie des races. Elle impose de respecter les droits de la personne (interdiction du vol, du faux témoignage, de la diffamation, etc.) et de protéger les plus vulnérables (veuve, orphelin, étranger)[15]. L’idéologie nazie rejetait toute compassion car seul le plus fort (aryen) avait le droit de vivre. Les autres devaient être éliminés ou devenir des esclaves.

Cet héritage du Sinaï instaure un impératif de justice dans ce monde‐​ci et dans l’au-delà. Cette exigence était vécue comme une entrave au permis de tuer que s’octroyaient les nazis pour instaurer leur ordre censé être millénaire voire éternel.

On ne s’étonnera donc pas qu’Hitler aurait dit : « La conscience est une invention juive. C’est une tache comme la circoncision », lors de l’une des conversations privées avec Herman Rauschning, ancien membre du Parti National Socialiste allemand, devenu un opposant[16].

Le Juif, par sa seule existence, est le témoin que « tout n’est pas permis ». Et que, comme le rappelait à l’aube du XXe siècle, le poète yiddish Isaac Leib Peretz : « Oh mein nicht less din veless dayan/Oh ne crois pas qu’il n’y ait ni justice, ni juge". Cette limite aux pulsions, les impératifs éthiques d’un Dieu présent mais insaisissable voire dont le Nom ne pouvait se prononcer et cette entrave à une toute puissance sauvage avaient déjà pu peser, par ses exigences, dans l’Histoire de l’humanité[17] : celles‐​ci étaient insupportables pour les nazis.

Le Talmud avait déjà souligné ce défi des Juifs. Par la bouche de Rabbi Hisda, de Raba et Rabbi Yossi ben Hanina, il avait énoncé, en usant en hébreu, d’un jeu de mots entre Sinaï et Sina (la haine) que : « la haine des nations a pris naissance en ce lieu »[18]. Elle prendra plusieurs formes au cours de l’Histoire depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours au travers d’un antijudaïsme composante essentielle d’un antisémitisme. Pour les nazis, il s’agissait de substituer à l’héritage éthique du Sinaï l’inégalité brutale de la loi aryenne. Éradiquer toute trace d’une transcendance dont les Juifs gardaient et rappelaient le souvenir. Et ce, que le Juif soit visiblement ou non porteur de cette Alliance, qu’il apparaisse comme religieux ou pas.

Un traité du Talmud qui brûle (Aish) – Il ne s’agit pas d’une photo d’époque mais d’un montage extrait d’un article protestant contre la menace de brûler le Talmud à Londres proféré par un activiste d’extrême droite fasciste. Heureusement, il fut arrêté avant la manifestation prévues et condamné.

On comprend mieux l’obsession qu’avaient les nazis du Talmud dont ils usaient régulièrement dans leur propagande haineuse et auquel ils faisaient dire n’importe quoi.

Dès 1933, le journal antisémite Der Hammer publiait des caricatures antisémites de Karl Relnik accompagnées de citations talmudiques non référencées, le plus souvent inventées. Et, comme le relève Daniel Lipson, chercheur et bibliothécaire à la Bibliothèque Nationale d’Israël, dans le journal Der Stürmer dont le rédacteur en chef était Julius Streicher : « De nombreux intellectuels nazis publièrent des attaques virulentes (…) contre le judaïsme et sa littérature, visant principalement le Talmud.  (…) Le plus haut dignitaire nazi à avoir écrit sur le Talmud fut sans aucun doute Alfred Rosenberg, principal idéologue du mouvement nazi et, plus tard, responsable des territoires occupés d'Europe de l'Est »[19].

Les nazis s’appuyaient sur des écrits antisémites précédant leur venue au pouvoir et accusaient les Juifs, à partir de citations erronées du Talmud, d’immoralité, de haine et de conspiration assassine contre les non‐​Juifs. Arielle Goodman, rédactrice du contenu en ligne de Yad Vashem souligne : « Les millions de lecteurs du Stürmer, déjà avides de calomnies, ne remettaient pas en question le thème récurrent du journal, selon lequel le Talmud ordonnait aux Juifs de massacrer les Gentils comme ils massacrent les animaux (…). Non seulement le Talmud sanctifiait ce type d'abus sexuel (viols) sur les femmes allemandes, soutenait Streicher, mais le Juif cherchait à coucher avec elles car il savait que cela corrompait leur 'pureté raciale'»[20].

Et bien sûr, les nazis accusaient les Juifs de vouloir dominer le monde en prétendant notamment être le « peuple élu » alors même que, dans la pensée juive traditionnelle, le peuple juif se voyait comme « un peuple de prêtres » au service de l’humanité (Exode 19,22).

Tout ce genre d’incitations à la haine qui contribuèrent au génocide des Juifs furent retenues comme preuves à charge au procès de Nuremberg en 1946 contre ces dignitaires nazis, comme le montre, par exemple, la pièce à conviction PS‐​2698. Il s’agit de l’article « Deux petits Juifs du Talmud » publié en décembre 1938 dans
Der Stürmer et qui décrivait le Talmud comme « le grand livre juif des crimes que le Juif applique dans sa vie quotidienne »[21].

Au procès de Nuremberg, la pièce à conviction PS‐​2698 montrant la propagande antijuive du journal dirigé par Julius Streicher, Der Stürmer, No 50, page 1, Décembre 1938, et relevant l’article « Deux petits Juifs du Talmud » (HLS)

Dans son jugement, le Tribunal a établi que Julius Streicher, en utilisant des représentations stigmatisant les Juifs comme « ennemis de l’humanité », parmi lesquelles figurent ses accusations contre le Talmud, avait justifié et incité à leur extermination[23]. Et lui qui affirmait sans vergogne, au moment du nazisme, que « cinquante ans plus tard, les tombes juives proclameraient que ce peuple d'assassins et de criminels a enfin reçu le sort qu'il méritait »[24], fut pendu à Nuremberg pour crimes contre l’humanité tout comme Rosenberg.

Mahzor, livre comprenant les prières de Shavuot, donné à Belgrade en 1884 à Elias Lévi pour sa bar mitsva (tel que spécifié sur la page de couverture) et remis par l’un de ses descendants au Musée de l’Holocauste de Montréal. 

Iconographie : Mahzor, livre comprenant les prières de Shavuot, donné à Belgrade en 1884 à Elias Lévi pour sa Bar Mitsva (tel que spécifié sur la page de couverture) et remis par l’un de ses descendants au Musée de l’Holocauste de Montréal.


L’une des coutumes à Shavuot, d’origine kabbalistique, est d’étudier toute la nuit de la fête pour réitérer le don et la réception de la Torah. Mais comme il faut considérer que l’on reçoit chaque jour la Torah, l’étude, commandement cardinal du judaïsme, est un impératif toute l’année : « tu la méditeras jour et nuit», rappelle Josué, le successeur de Moïse[25].

Et, de fait, les Juifs durant la Shoah n’ont cessé d’étudier et d’enseigner la Torah et le Talmud et d’autres textes dans des conditions parfois les plus invraisemblables. Ils se sont également tournés vers les plus érudits d’entre eux pour tenter de trouver des réponses afin de respecter la loi juive au sein de l’enfer. C’est la tradition des shoutim ou responsa rabbiniques. Ils ont continué d’écrire des Journaux dans lesquels ils témoignaient de la persévérance de leurs études et de leurs pratiques ainsi que des questionnements spirituels qui étaient les leurs. Certains de leurs écrits regroupent également des enseignements et commentaires sur la Torah, pensés et transmis au cœur de la tourmente nazie. Ils ont aussi tenté de préserver les sifré kodesh, les livres de la tradition juive.

Nous donnerons, dans les prochaines parties de cet article, quelques exemples de cette héroïque et persistante résistance spirituelle. En rappelant déjà que, lorsqu’un Juif ou une Juive ouvrait alors un livre de Torah, il ou elle réitérait un geste antique qui reste sans discontinuité jusqu’à nos jours.


[1] Avrom Kutzkever, Le Ghetto de Wilno. 1941–1944, Denoël, Paris, 2013 pp. 64–68.
[2] Rabbi Ephraim Oshry, La Torah au cœur des ténèbres, Albin Michel, Paris, 2011 pp. 48–49.
[3] Op cite p. 267.
[4] Voir Phillip Friedman, « The Fate of the Jewish Book  » in Roads to Extinction: Essays on the Holocaust, Ada June Friedman (ed), New York, 1980, cité dans The Us Army Talmud. Relevons toutefois que cette expression fut déjà employée par le magazine américain Newsweek en mai 1933 après les premiers autodafés en Allemagne. Voir Fernando Baez, Histoire universelle de la destruction des livres, Fayard, Paris, 2004 p. 299 et note 8 (p. 446).
[5] Pierre‐​Henry Salfati dans « Survivor’s Talmud » in Talmud, Enquête dans un monde très secret, Albin Michel, Paris, 2009, p. 187.
[6] Voir les traités Moèd Kattan 25a et Shabbat 105b du Talmud de Babylone (T.B.).
[7] Voir notamment l’un de mes précédents articles « Pourim et la résistance religieuse durant la Shoah », en particulier les notes 7 et 8.
[8] Kiddush Hashem : Jewish religious cultural life in Poland during Holocaust, pp. 215–216. Nous empruntons une large partie de cette traduction à Emmanuel Feinermann, La Tradition juive et sa survivance à l’épreuve de la Shoah, Éditions L’Harmattan, Paris, 2017, p. 283.
[9] « Je me suis donné dans le texte (Ana Nefshi Ketivt Yabit) », ainsi interprète Rabbi Yochanan l’acrostiche du premier terme (Anochi/​Je) des 10 commandements dans la phrase : « Je suis l’Éternel qui t’a fait sortir d’Égypte » (Exode 20,2). Voir traité Shabbat 105a du T.B. Dans cet esprit, l’étude serait la voie royale pour rencontrer le divin.
[10] Voir à ce sujet le premier article de cette série «La résistance religieuse juive durant la Shoah » notamment la note 6.
[11] Dans la tradition juive, l’expression hébraïque « Sheerit (ou Shear) Israel », en s’inspirant des Prophètes (par exemple Isaïe 46,3, Jérémie 36,6−7 ou Michée 2,12) fait référence à la persistance d’un « Reste d’Israël » (du peuple juif) qui survivra et traversera les épreuves au fil du temps jusqu’au retour en terre d’Israël.
[12] La mise en valeur de cette dimension de l’antisémitisme est déjà relevée chez l’écrivain Bernard Lazare, l’universitaire Gershom Scholem et le philosophe Hans Jonas. Voir Avishag Zafrani, « De l’antisémitisme métaphysique » dans la revue K , 19.01.2022.
[13] Voir l’éclaircissement de Rachi (XIIe siècle) sur Exode 24,12 où il rapporte explicitement le rabbin Saadya Gaon (Xe siècle) à ce sujet.
[14] Pour les sources de la littérature talmudique énonçant cet enseignement fondamental voir la première partie de l’ouvrage de Marc‐​Alain Ouaknin, Le livre brulé, Lieu commun, édition poche, Paris, 1993.
[15] Voir sous la direction de Marc Agi, Judaïsme et droits de l’Homme, édition Des Idées et des Hommes, Paris, 2007 comme par exemple, l’article éponyme de Lazare Landau pp. 45–50.
[16] Voir de cet auteur, publié pour la première fois en 1939, Hitler m’a dit, édition Pluriel, Paris, 2012. Même si la recherche académique remet en cause certains passages de cet ouvrage considérant que Rauschning a reconstruit quelques dialogues, il reste que les historiens s’accordent à dire que ce livre reflète la pensée de l’idéologie nazie.
[17] Je renvoie à ce sujet aux réflexions du penseur Georges Steiner notamment dans Dans le château de Barbe-Bleue, Notes pour une redéfinition de la culture, 1971, qui relate comment l’Europe a pu ressentir ces impératifs éthiques du monothéisme introduits par la culture hébraïque et juive comme « un idéal inaccessible » ou « un chantage à la transcendance ». Il avance que : « le juif se fit, pour ainsi dire, la « mauvaise conscience » de l’histoire occidentale. Supprimez le témoin, l’importun, et vous aurez acquitté la longue dette ». C’est ce que firent à ses yeux les nazis, héritiers de ce malaise contre le monothéisme du Sinaï, et ses « rejetons », le christianisme primitif et le socialisme messianique. Voir respectivement pp. 322, 324 et 325 dans l’édition de ce livre dans ses Œuvres, Quarto Gallimard, Paris, 2013.
[18] Traité Shabbat 89a et b du T.B.
[19] Into the Depths of Evil: How the Nazis “Recruited” the Talmud for Anti-Semitic Propaganda
[20] Ariella Goodman, A Deadly Lie: Streicher's Campaign to Criminalize the Jewish People, 19.05.2025
[21] Voir HLS – Nuremberg Trials Project 1 et 2
[22] HLS – Nuremberg Trials Project
[23] Voir Judgement: Streicher. Les propos que tient l’accusé, Streicher, au cours de son procès sont édifiants…Il ne cesse d’affirmer que ses affirmations sur le judaïsme et les Juifs sont avérés et qu’ils n’ont contribué d’aucune sorte à leur massacre….!!!! Voir ici.
[24] Voir l’acte du jugement de J.Streicher à Nuremberg
[25] Voir pour ce paragraphe respectivement le Zohar 23a, le traité Berakhot 63b du T.B et Josué 1,8

Sonia Sarah Lipsyc étudie à titre personnel depuis des années cette thématique et nous livre ici les bonnes feuilles de sa recherche. L’autrice adresse ses remerciements à Abigail Hirsch.