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Vers une loi du retour en arrière

Après la présentation d’un projet d’amendement (ensuite retiré) à la Loi du retour proposé par un député du parti du Sionisme religieux, qui prévoyait d’exclure des bénéfices de cette loi qui permet à tout Juif dans le monde d’immigrer en Israël, Sébastien Lévi explique en quoi, même retirée, cette proposition creuse encore un peu plus le fossé entre l’État des Juifs et les Juifs de diaspora.

Publié le 20 mai 2026

3 min de lecture

Arrivée en Israël de 240 nouveau immigrants Bnei Menashe, originaires du Nord‐​Est de l’Inde, en avril 2026 (photo : ministère israélien de l’Aliya et de l’Intégration)

La Loi du retour permet à tout Juif de diaspora de se voir octroyer la nationalité israélienne à son arrivée en Israël pour s’y établir. Un comité ministériel projetait, avant d’y renoncer au moins temporairement, de faire voter un texte pour restreindre le champ d’application de la Loi du retour, outre les Juifs de naissance, aux Juifs convertis selon le rite orthodoxe.

Cette proposition de texte visait à contrer une décision de la Cour suprême israélienne, ennemie absolue de ce gouvernement, qui avait statué en 2021 que les Juifs convertis, sans distinction de rite, étaient éligibles à la loi du retour en Israël. Elle s’inscrit également dans le danger d’isolement croissant pour Israël vis‐​à‐​vis des autres pays du monde mais aussi d’une partie importante des Juifs de diaspora. 

Cette mesure, qui réapparaîtra sans doute en cas de reconduction de la coalition actuelle, ne serait que la dernière d’une longue série depuis des années, entre la limitation de l’accès des femmes au Mur des lamentations, le harcèlement des commerces ouverts le Shabbat ou l’exemption de service militaire pour les ultra-orthodoxes. Ces mesures, disparates à première vue, disent toutes la volonté de coercition religieuse et le pouvoir exorbitant accordé aux sionistes religieux d’extrême-droite et, plus encore, aux Haredim dans la coalition de Benjamin Nétanyahou – qui en a fait ses partenaires prioritaires dans cette mandature et, plus largement, depuis son irruption sur la scène politique.

Cette évolution de la loi du retour marquerait un rétrécissement identitaire après l’isolement politico‐​diplomatique assumé et théorisé par Nétanyahou et sa vision d’Israël comme une Sparte auto-suffisante des temps modernes, dans une logique d’assiégés que ce gouvernement revendique et entretient. Après la pureté du soutien diplomatique qui ne souffre d’aucune critique selon le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, la pureté ethno‐​raciale demandée par les ultra‐​orthodoxes et les sionistes religieux d’extrême-droite de la coalition viendrait ainsi compléter le racisme débridé anti‐​arabe de son aile d’extrême-droite…

Les Juifs américains seraient les premiers visés et affectés par un tel changement, alors que 80% d’entre eux sont soit libéraux soit massorti (Reform, Reconstructionist, Conservative). Alors que leur défiance envers la politique du gouvernement israélien s’accroît et coexiste encore avec un réel attachement à l'État d’Israël, cette mesure aurait des conséquences dramatiques sur leur lien avec le pays. Au‐​delà des Juifs américains, d’autres communautés seraient affectées par une mesure qui marquerait une rupture radicale, avec l’affaiblissement voire la disparition de l’idée d’un seul peuple juif.

L’impact de cette mesure prise par le gouvernement israélien affecterait en fait beaucoup plus les Juifs de diaspora et leur intégration potentielle à l’État d’Israël que les Juifs israéliens. Cet état de fait démontre en creux la légitimité des Juifs de diaspora à s’exprimer sur Israël, alors que le gouvernement intervient sur des aspects concernant directement leur judéité.

Cette proposition, même retirée, n’en est pas moins un nouveau rappel des enjeux pour les Israéliens appelés aux urnes, a priori d’ici octobre 2026, qui vont devoir choisir non pas entre deux visions politiques mais entre deux définitions de leur pays : une démocratie libérale imparfaite ou un régime dérivant vers une théocratie d’extrême-droite. Elle est aussi un test majeur pour les diasporas du monde entier, libérales ou non, sur leur mansuétude envers les expressions les plus rétrogrades et fermées du judaïsme en Israël. Le silence habituel des organisations juives traditionnelles envers les dérives du gouvernement israélien n’est plus une option devant cette attaque délibérée contre une partie importante de la diaspora. 

La légitimité de l’État d’Israël comme État du peuple juif sur sa terre historique est remise en cause aujourd’hui par l’antisionisme d’extrême gauche – qui lui applique à tort une vision colonialiste et raciste –, et par celui d’extrême droite – qui voit sa main partout dans les désordres du monde. Elle l’est également par ces zélotes israéliens qui souhaitent considérablement restreindre la loi du retour, qui est pourtant le cœur même du projet sioniste. Ils doivent être combattus avec la même énergie que les antisionistes pour leur tentative de diviser et fracturer le peuple juif, et de vider, à terme, de sa substance, la nature de l’État d’Israël comme État juif et démocratique.