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Israéliens en France : Lital Tyano, marionnettiste dans le Sud de la France, penseuse en hébreu

Lital Tyano, 54 ans, a connu une première fois la France pendant ses études de mime. Quelques années plus tard, son activité de marionnettiste l’amène à parcourir la France, pays qui sait valoriser ses artistes. Mère célibataire, elle vit désormais dans le Sud de la France avec sa fille, l’hébreu reste leur langue commune, celle du quotidien, celle de l’expression spontanée. 

Publié le 10 juillet 2026

5 min de lecture

© Gali Eytan

Nom : Lital Tyano  
Âge : 54 ans  
Profession : Marionnettiste  
Ville d'origine : Tel Aviv  


Pourquoi vous êtes-vous êtes installée en France ?  

Je suis arrivée à Paris une première fois en 1991 pour étudier le mime à l’École internationale Marcel Marceau. C’était un rêve d’adolescence que je voulais absolument réaliser. Une fois mes études terminées, je suis rentrée en Israël pour essayer de démarrer ma carrière. J’ai travaillé dans le théâtre de rue, la mise en scène et enseigné le mime à des enfants sourds et malentendants. Puis, en 2000, on m’a invitée à passer une audition en français pour un spectacle de marionnettes. J’ai été retenue et je suis partie en tournée en France. Très vite, le nombre de représentations est devenu tel que j’ai compris qu’il fallait faire un choix. J’ai décidé de revenir m’installer en France et, en 2001 je me suis installée définitivement à Paris. C’est là que ma carrière dans le théâtre de marionnettes a véritablement commencé. C’est un métier que je continue d’exercer encore aujourd’hui. 

Pourquoi avoir choisi le Sud de la France ?  

Après quinze années passées à Paris et la naissance de ma fille, j’avais envie d’une autre qualité de vie. Je cherchais le calme, la nature, le vert. Je voulais l’élever dans un village plutôt qu’au cœur d’une grande ville. Je souhaitais aussi rester dans une région bien desservie, avec des vols directs vers Israël. Et puis il y avait la lumière, le climat… Quelque chose qui me rappelait un peu le pays.

Qu'avez-vous apporté  avec vous en France ?  

Ma passion pour mon métier ! Après les premières tournées en France, j’ai eu envie de créer ma propre compagnie. C’est ainsi qu’est née la Compagnie Neshikot (« Bisous » en hébreu) ma compagnie de théâtre.

Quand avez-vous compris que la France était devenue votre maison ?  

Quand les spectacles se sont enchaînés, que les projets se sont multipliés et que j’ai obtenu ici un statut d’artiste, d’intermittente du spectacle, j’ai compris que c’était ma place. J’ai senti que c’était ici que je pourrais vivre de mon art et réaliser mes rêves. En Israël, cela me paraissait presque impossible. 
Je suis très émue par la place que prend la culture en France, le respect qu’on lui accorde, c’est impressionnant. Le statut d’intermittente du spectacle existe nulle part ailleurs, et permet aux artistes de vivre de leur art, je suis très reconnaissante d’en faire partie.

Dans quelles situations vous sentez-vous« plus dici, et dans lesquelles plus de là-bas » ?  

Il y a toujours une petite partie de moi qui n’est pas d’ici. C’est un sentiment qui m’accompagne au quotidien, et je pense qu’il sera toujours là. 
Parfois, au détour d’une conversation avec des amis, lorsqu’ils évoquent leurs souvenirs d’école, la musique de leur enfance ou certaines références culturelles, je réalise que nous ne partageons pas tout à fait la même nostalgie. Les codes sociaux sont aussi différents. Pourtant, j’ai grandi avec une mère française. La culture française ne m’est pas étrangère. Mais malgré cela, je ne me sens y appartenir que partiellement.

Comment avez-vous réagi au 7 octobre et comment avez-vous vécu après ce jour ? 

Ce jour‐​là a été extrêmement difficile. Être loin d’Israël ce jour‐​là a provoqué chez moi un profond sentiment d’impuissance. J’avais l’impression que personne autour de moi ne mesurait réellement l’ampleur de ce qui était en train de se passer. Je me suis sentie très seule, comme enfermée dans une bulle.

Comment vit-on avec linquiétude permanente pour sa famille restée en Israël ? Et avec l’éloignement des parents, surtout lorsquils vieillissent ? 

C’est une question très sensible pour moi. Comment fait‐​on ? On continue à vivre… On s’appelle tous les jours, en vidéo, quand c’est possible. On s’envoie des photos, on partage les petits moments du quotidien, et on essaie de rentrer en Israël aussi souvent qu’on le peut. Mais ce n’est jamais simple.

Quand on vous demande d’où vous venez, que répondez-vous ?

En général, je réponds que je viens de Tel Aviv. Mais si je sens que le contexte est délicat ou que la discussion pourrait devenir inconfortable, il m’arrive de dire que je suis française. J’ai la chance de ne pas avoir d’accent israélien en français, donc cela ne pose pas de difficulté.

Votre identité juive a-t-elle évolué depuis votre départ d’Israël ? 

Je crois que quelque chose a changé lorsque je suis devenue mère, et plus encore lorsque je suis devenue mère célibataire. J’ai ressenti le besoin de transmettre davantage à ma fille : une culture israélienne, une mémoire familiale et certaines traditions juives, même si notre vie est profondément laïque.

Qu’est-ce qui vous manque le plus en vivant hors d'Israël ? Et que demandez-vous toujours qu’on vous apporte d’Israël ? 

Beaucoup de choses me manquent. Mais s’il fallait en choisir une, ce serait le fromage cottage… malheureusement, c’est impossible à transporter dans une valise ! Alors je demande du thé à la cannelle de Wissotzky, de la pâte à tartiner HaShahar pour ma fille, du Chocolit, des Bamba… Ce sont des petites choses, mais elles ont le goût de la maison.

Quelle place occupe lhébreu dans votre vie aujourdhui ? 

Une très grande place. Je ne parle qu’en hébreu avec ma fille. Chaque fois que je monte dans la voiture, j’écoute Galgalatz (une station de radio israélienne, émanation de la radio de l’armée Galei Tsahal-Galatz). C’est ma façon de rester connectée à Israël, même à distance. Je lis presque exclusivement en hébreu. J’ai peur qu’avec le temps la langue ne s’efface peu à peu. Et quand j’écris – que ce soit une simple liste de courses ou les premières idées d’un nouveau spectacle – c’est toujours en hébreu que les mots me viennent. L’hébreu reste la langue dans laquelle je pense, j’écris et je transmets quelques choses à ma fille.

Racontez-nous une rencontre surprenante, drôle ou émouvante vécue ici, avec des Israéliens ou en tant quIsraélienne en France. 

Lorsque nous sommes arrivées dans le Sud de la France, je cherchais une école Steiner‐​Waldorf pour ma fille. Choisir la première école de son enfant est toujours une décision importante. Nous avons visité une petite école dans un village près d’Aix-en-Provence. La directrice, très accueillante, nous faisait découvrir les lieux. À un moment, elle m’a entendue parler hébreu avec ma fille et m’a dit : « Venez, il faut absolument que je vous présente quelqu’un. » Elle m’a conduite vers le buffet où son mari servait les boissons. Il s’appelait David, il était grand, très Israélien, ancien kibboutznik, installé en France depuis de nombreuses années. Nous avons immédiatement commencé à parler en hébreu. Je me souviens de l’émotion que j’ai ressentie à cet instant. Dans un si petit village du Sud de la France, je me retrouvais soudain à parler ma langue maternelle. J’y ai vu un signe. Je me suis dit que nous étions arrivées au bon endroit.